Une réflexion équine à tous fers

Publié le par Anne Cat et François

 

Les chevaux sauvages ne portent pas de fer alors pourquoi en mettre à nos chevaux ? Réflexion sur l'utilité du fer, du parage et sur les sabots des chevaux sauvages

 

Un sabot est le résultat d'un fragile équilibre entre le cheval et son environnement.

 

Il pousse en permanence comme un ongle ou une griffe. Il est influencé par des critères physiologiques et notamment par l'état de santé et la nutrition. Un cheval sain aura des sabots plus solides qu'un cheval malade ou carencé. La pousse étant continuelle, c'est l'état de santé ou de nutrition instantané qui va influencer le futur sabot.

 

A chaque foulée, le sabot va heurter le sol et va se râper, se casser ou se fissurer plus ou moins.

 

Par exemple, si le sol est composé de sable, le contact amènera une usure régulière et légère, mais, si le sol est composé de gravillons, l'usure sera plus irrégulière et plus prononcée. Un même sol abordé au pas ou au galop n'aura pas non plus le même impact à cause de la vitesse de collision entre le sabot et le sol.

 

On pourra aussi avoir une corne fragilisée par la nature du sol, son humidité ou par des bactéries ou des parasites contenus dans le milieu.

 

On a donc d'un côté une corne qui pousse et de l'autre une corne qui s'use.

 

Si la corne pousse beaucoup mais s'use peu, elle s'accumule : les sabots du cheval s'allongent.

 

Dans cette configuration, on peut en arriver à avoir un sabot trop long, qui, tout comme un ongle trop long, va se casser, se fendiller ou se tordre sous l'effet du poids.

 

Si la corne pousse peu mais s'use beaucoup, elle disparaît : les sabots du cheval se raccourcissent et comme un ongle que l'on rongerait excessivement, on en arrive à la chair.

 

Il existe un autre scénario menant à l'équilibre. Une corne qui pousse aussi vite qu'elle ne s'use.

 

Autrement dit, si l'état de santé, la nutrition et la physiologie du cheval permet une pousse identique de la corne du sabot à ce que le sol, les conditions météorologiques et la façon de vivre usent, on arrive à l'équilibre.

 

Le cheval sauvage va chercher cet équilibre en influençant les paramètres qui sont à sa portée.

 

Il ira choisir un autre terrain plus adapté et/ou modifiera son mode de vie (en ralentissant, en passant plus de temps couché ou au contraire en favorisant les allures vives) pour revenir à l'équilibre.

 

Il va aussi de soi qu'un poulain totalement inadapté ne pourra pas survivre.

 

Qu'en est-il de nos chevaux domestiques ?

 

Un cheval domestique ou un poney dispose d'une surface limitée et d'un emploi du temps décidé par l'Homme. Le sol qu'il foule, les activités qu'il pratique, les heures auxquelles il peut les faire... tout cela est organisé et étudié pour lui.

 

Le cheval domestique ne peut donc à aucun moment adapter l'usure de son sabot à sa pousse.

 

De plus, certains poulains vivent en étant totalement inadapté à leur environnement, tout comme certains chevaux vivent malgré leurs problèmes de santé. Ces individus fragiles ne sont pas laissés à la merci de dame nature, ils ont donc une pousse faible, un sabot inapproprié, mais vivent.

 

On observe donc des déséquilibres par excès de corne ou par manque de corne.

 

L'excès de corne est lié à un cheval qui manque d'exercice et/ou de sols durs. Cet excès amène à des seimes, des déformations, des cassures... un sabot trop long qui se corrige en enlevant l'excès de corne :

  • en augmentant l'activité physique,

  • en choisissant des sols plus durs,

  • en créant une usure artificielle : le parage.

 

Le manque de corne est synonyme d'un excès d'exercice et/ou de sols trop durs. Ce manque amène à des bleimes, des boiteries, des abcès... un sabot trop court à qui il faut laisser le temps de se régénérer :

  • en demandant moins d'exercices,

  • en choisissant des sols plus souples,

  • en améliorant l'état de santé, la nutrition,

  • en protégeant la corne par un moyen artificiel : le fer.

 

Quand l'excès et le manque se trouvent sur un même sabot, on en arrive au cas pathologique. L'usure étant liée au posé du sabot, on devra faire alterner parages et ferrages pour rééquilibrer la situation.

 

Il est à noter que certains chevaux démusclés suite à un manque d'activité peuvent présenter de tels états sans cause pathologique sous-jacente.

 

Le fer est donc comme le parage une possibilité de rectifier un équilibre imparfait et il n'est pas plus naturel que celui-ci.

 

La mauvaise réputation du fer est liée à la méthode et non à l'outil. Le fer est une protection, une solution pour rétablir l'équilibre tout comme le parage. Mais mal posé ou posé sur un cheval qui produit au contraire trop de corne, il devient catastrophique. La systématisation de son emploi a provoqué de nombreuses erreurs.

 

Tout comme il est aberrant de vouloir parer un cheval qui manque de corne, il est aberrant d'empêcher l'usure du surplus.

 

Et si le naturel était entre nos mains ? Un travail raisonné pour une usure suffisante, une santé et une nutrition surveillée pour une bonne pousse. Un cheval sans fer ni parage, c'est ça le naturel.

 

Mais si on ne peut s'offrir un tel luxe, si le cheval est mal-conformé, faible ou que nous avons d'autres ambitions... alors offrons à nos chevaux le luxe de ne pas en souffrir avec fers ou parages selon les cas.

 

A bientôt,

Anne Kaeffer

Les fers du monde. Photo soumise à droits d'auteurs. Techniques d'élevage 2013

Les fers du monde. Photo soumise à droits d'auteurs. Techniques d'élevage 2013

Publié dans Equitation, Elevage