Silicium : un oligoélément singulier

Publié le par Anne Cat et François

 

Voilà un minéral qui donne du fil à retordre aux scientifiques, un véritable bonheur pour les yeux (et les neurones)... Ce nouvel oligoélément à la mode en terme de complémentation a attiré notre attention. En effet, comme vous pourrez le constater le silicium est un élément nécessitant de le considérer dans sa globalité, c'est-à-dire avec ses propriétés ADMET (Absorption, Distribution, Métabolisation, Elimination, Toxicité).

 

Que cela soit dit : nous ne connaissons pas les besoins en silicium des chevaux...

 

L'absorption dépend de plusieurs paramètres mais le plus important est la solubilité dans l'eau de l'élément que l'on souhaite voir traverser la barrière intestinale. En effet, un solide ne peut pas traverser la paroi de l'intestin, ni nous ni les chevaux ne sommes des passoires, la seule chose susceptible de passer est la molécule ou encore l'ion.

 

De là se pose la question de la solubilité du silicium et sous quelle forme (ionique, complexe, organique, minérale) se trouve le silicium ?

 

Les chevaux sont plutôt bien lotis en matière de silicium puisque cet atome est très présent au niveau du sol donc les plantes en sont assez riches. Certaines le sont plus que d'autres (ortie, prêle...)

 

Les plantes présentent le silicium sous une forme insoluble, les polymères de l’acide silicique (ces polymères jouent un rôle de consolidation dans certaines feuilles) et une forme soluble, constituée d’acide silicique monomères souvent associé à des glucides ou des protéines (cette forme est dite organique).

 

On a donc une partie du silicium qui ne sera jamais absorbée, sans compter que l'absorption de la forme soluble est assez dépendante de l'individu, de son âge entre autres, nous le reverrons... Trop de facilité n'est pas bon, à méditer.

 

La distribution est aussi très particulière et expliquera l'intérêt ou non d'une complémentation. En effet, dans la période fœtale, le silicium se distribue essentiellement dans le cerveau (système nerveux central), les muscles et la rate avant de se répartir dans les autres organes : os, tissu conjonctif, cartilage, poumon, peau et phanères, tissu lymphoïde et glandes surrénales.

 

Cette donnée nous amène directement aux vertus sur les os, la peau, les cheveux et les ongles.

 

Le silicium se retrouve dans bon nombre de molécules que ce soit en consolidant la structure ou en catalysant certaines réactions dues à des enzymes : collagène (os, peau, ongles, cheveux), élastine (peau, poumon), acide hyaluronique (et bien d'autres glycoprotéines de structure ; peau , articulations) pour les principales.

 

Restons au niveau des os. Outre son implication dans la production et la consolidation de la structure de protéines essentielles à l'os, il a été démontré in vitro que le silicium a une activité inhibitrice des ostéoclastes (destructeur de l'os) et stimulatrice des ostéoblastes (fabrication de l'os).

 

La métabolisation n'a pas lieu puisque ce n'est pas une molécule complexe mais un minéral seul.

 

L'élimination s'effectue par les urines, les selles et le lait et c'est un marqueur intéressant pour connaître l'état des lieux en matière de silicium absorbé. Tout excès est très rapidement éliminé donc une cure améliorera fort peu le taux de silicium dans les tissus (surtout osseux, encore plus difficile à améliorer).

 

La toxicité est cependant possible mais à des doses fortes avec des calculs rénaux, inflammation rénale et peut promouvoir le développement d'un cancer œsophagien.

 

Les besoins évoluent dans le temps. En effet, un fœtus ou un poulain ont de fortes poussées de croissance nécessitant un cartilage de conjugaison et une formation osseuse optimaux. Pour cela, les besoins sont nettement supérieurs à l'adulte qui a fini sa croissance.

 

On dit fœtus, poulain donc on dit aussi poulinière !

 

  • La jument gestante aura besoin de davantage de silicium afin d'assurer le maximum au fœtus pour son développement intellectuel futur et pour sa croissance. Or la formation de l'os ne commence réellement qu'à partir du 80e jour, donc une complémentation avant n'est nullement nécessaire.

 

  • La jument allaitante va excréter dans le lait, une plus grande quantité de silicium lors d'une supplémentation. Or pendant plusieurs mois, la jument donne toutes les molécules nécessaires au poulain.

 

Petit aparté : on prend vraiment les juments pour des intermédiaires, non ?

 

Il existe un autre cas : le cheval âgé.

 

Le cheval âgé va nous poser un problème d'absorption. En effet, même si les besoins sont faibles, sa capacité d'absorption va se montrer dans certains cas insuffisante pour assurer le minimum, d'où la nécessité pour certaines pathologies osseuses de complémenter en silicium.

 

En conclusion, sauf pour la femelle gestante et allaitante, le poulain et le cheval âgé, la complémentation (hors contexte pathologique) est au mieux inutile puisque la quantité silicium dans les plantes est largement suffisante pour pallier le problème de la solubilité et tout surplus sera éliminé rapidement par les reins.

 

Bonne journée.

 

François KAEFFER

 

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Poulain pur-sang arabe et sa mère. Merci à Véronique et à Volgarabian. Image soumise à droits d'auteurs. Techniques d'élevage. Nantes

Poulain pur-sang arabe et sa mère. Merci à Véronique et à Volgarabian. Image soumise à droits d'auteurs. Techniques d'élevage. Nantes

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