Anomalies comportementales et problèmes ovariens chez la jument

Publié le par Anne Cat et François

 

Comédiennes aux talents de génie ou souffrantes aux milles tourments ? Les juments sont-elles irascibles ? « Pisseuses » ? Ou ne trouvent-elles pas d'autres moyens de s'exprimer quand leurs problèmes d'ovaires se mêlent à leur vie ?

 

Chez la jument, les changements hormonaux font partie de son quotidien. Lui dictant aussi bien le calme que l'excitation, les hormones influencent ses réactions. C'est elles qui lui feront accepter l'étalon ou le repousser au moment opportun. C'est aussi elles qui lui permettront d'avoir un poulain en elle, de le porter et de le mettre au monde quand l'heure viendra.

 

Mais, comme dans tout orchestre, pour que les accords se fassent et que l'harmonie de la symphonie se fasse entendre, il faut un guide, un chef.

 

Pour certaines hormones (la testostérone, les oestrogènes et la progestérone notamment), l'ovaire est un des chefs d'orchestre. Il va dicter leurs concentrations, leurs moments d'actions... et va ainsi faire valser les émotions de la jument.

 

Pour résumer, nous avons donc deux ovaires qui rythment la vie de notre jument. Elle va changer, se transformer mentalement sous les effets des hormones. Elle va être plus calme, plus nerveuse, plus agressive... tout cela en nuances car le caractère de base reste le même.

 

Imaginons maintenant que pour une raison ou un autre, un ovaire se détraque. Cette douce mélodie tournera à la cacophonie. Les hormones vont aller dans tous les sens et le mental de la jument s'en retrouvera perturbé.

 

Comportement d'étalon, agressivité et nervosité sont les comportements anormaux les plus souvent décrits.

 

D'autres symptômes s'y ajoutent : les défenses sous la selle, les chaleurs douloureuses, les coliques à répétition.

 

Dans ces symptômes, ce n'est pas le rôle de chef d'orchestre de l'ovaire qui intervient mais la douleur. Certaines atteintes ovariennes sont en effet un vrai calvaire pour la jument.

 

L'ovaire n'est pas laissé libre dans le corps de la jument. Il est retenu par un ligament qui court depuis son dos jusqu'à lui. Ce ligament est tel un élastique qui encaisse les secousses normales liées aux déplacements de la jument.

 

Quand l'ovaire grossit, devient plus lourd, il tire davantage sur cet « élastique ». Tant que cela reste raisonnable, le ligament ne fait pas mal. Mais au cours du travail, la jument va trotter, galoper... et l'ovaire va se balancer. Le ligament s'étire et encaisse mal. La jument souffre alors et rechigne au travail.

 

Si l'ovaire n'augmente plus de taille, la situation va se stabiliser car le ligament va se renforcer. Mais si l'ovaire prend davantage de poids, le ligament travaille aussi davantage, jusqu'à ce qu'il se rompe. Des micro-déchirures se font et entraînent de la douleur même au repos. Les symptômes de coliques apparaissent, la jument rechigne à bouger, refuse le pansage au niveau des reins, ne se couche plus ou ne se relève plus...

 

Cette liste de symptômes, à laquelle on peut aussi ajouter les irrégularités du cycle reproducteur, n'est pas très facile à détecter. D'autant plus que les changements ovariens sont parfois très progressifs et que les juments s'adaptent alors tant bien que mal à leur situation. Les erreurs de jugement sont nombreuses. Il faudra donc redoubler de prudence lorsque l'on suspecte ce type d'atteinte... pour ne pas juger trop hâtivement dans un sens, comme dans l'autre.

 

30 % des atteintes ovariennes suspectées se révèlent après examen être des boiteries

95 % des atteintes ovariennes sont découvertes à la suite d'un contrôle de routine post-partum

 

Ne nous restreignons pas à cette hypothèse, envisageons toutes les possibilités, mais pensons-y quand une jument présente un caractère difficile ou irrégulier. Dans ce genre de changements, le propriétaire est le premier à s'inquiéter et le seul apte à mesurer l'évolution de sa jument.

 

Si vous avez des doutes concernant les ovaires de votre jument, prenez en note tous les changements de comportement, les dates des coliques, les symptômes constatés avec les dates, les dates des chaleurs, le comportement lors de celles-ci... un historique complet vous permettra ensuite d'éliminer un certain nombre d'hypothèses d'atteintes ovariennes.

 

Dans le prochain article, nous verrons la liste des symptômes, des atteintes et les répercussions sur la jument.

 

Anne KAEFFER

Jument suitée au pré. Image soumise à droits d'auteurs. Techniques d'élevage 2014

Jument suitée au pré. Image soumise à droits d'auteurs. Techniques d'élevage 2014