Être calme pour lui...

Publié le par Anne Cat et François

 

« Viens vite, Argenté s’est fait taper !! »

 

Au milieu du manège, en pleine reprise de débutants, Argenté était là, le jarret en sang.

 

La coupable était Hush, une jument de grande qualité sportive mais acariâtre comme pas deux. Et pourtant Argenté et elle étaient de grands amis, qui ne se quittaient jamais. A tel point qu’on avait construit une grande stabulation pour que les deux puissent être ensemble tout le temps. Ils mangeaient dans la même gamelle, nez à nez, la petite nerveuse toute noire et le grand calme tout blanc…

 

Mais ce jour-là, suite à une petite pagaille, elle avait tapé, par énervement, par réflexe, sans s’occuper de qui était derrière… et c’est Argenté qui avait pris le coup.

 

Distances, distances ! mais comment en vouloir à une petite gamine qui en était à sa dixième leçon…

 

Heureusement, le vétérinaire habituel, aussi cavalier, était dans l’écurie en train de seller son cheval.

 

On espérait que ce n’était que la chair qui avait trinqué. Il a ausculté le jarret d’Argenté et dans ses yeux est passée une grande tristesse. Il a articulé « C’est en miettes »

 

« J’amène le camion et je vais téléphoner » m’a dit le responsable.

 

J’ai dessellé Argenté, lui ai passé un licol, mis les protections, la couverture et l’ai embarqué dans le camion qui était à cul à la porte du manège. J’ai serré le bât-flanc pour qu’il puisse bien s’appuyer.

 

La petite cavalière est venue lui donner quelques poignées de granulés et des carottes. A la troisième, je l’ai arrêtée par habitude « Pas trop, il va nous faire des coliques » puis j’ai réalisé « Oh allez vas-y, cela va lui faire plaisir ».

 

L’abattoir était vide en cette fin d’après-midi, Argenté totalement confiant et détendu. L’employé aimait les chevaux. Pour qu’il marche le moins possible, il était venu jusqu’à la descente du camion. Il a approché tout doucement en lui parlant, a caressé Argenté… une seconde, c’était fini.

 

Aucune souffrance inutile, aucun stress. Nous avions rempli notre devoir d’humanité. Les souvenirs ont pu remonter et les larmes ont pu couler.

 

La semaine suivante, je rencontre la jeune cavalière et sa maman. Elles cherchaient Argenté pour lui donner quelques carottes…. Les bras m’en sont tombés.

 

- « Il est mort.

- Oh, zut, il n’a pas supporté les soins ? Il a fait une infection ?

- Non, c’était trop grave. Il a été abattu dans l’heure. Mais je pensais que vous le saviez puisque vous étiez là et que vous l’avez vu monter dans le camion…

- Oh non. Je n’y aurais jamais pensé ! Tout le monde était si calme. »

 

Oui, nous étions calmes… pour lui.

 

Catherine Kaeffer

Cheval en reprise. Techniques d'élevage 2014. Image soumise à droits d'auteur

Cheval en reprise. Techniques d'élevage 2014. Image soumise à droits d'auteur

Publié dans Anecdote