Les vermifuges naturels expliqués : leur mode d'emploi

Publié le par Anne Cat et François

 

Avoir une recette qui marche, c'est bien. Savoir comment l'utiliser, c'est mieux. Et pouvoir l'utiliser dans des conditions optimales, c'est notre but aujourd'hui.

 

Tous les ingrédients qui fonctionnent comme vermifuge (direct ou indirect, voir l'article sur les bienfaits) sont efficaces selon un certain mode d'emploi. Il implique un dosage, une durée et une période.

 

Le dosage est le principal problème en vermifuge naturel « tout fait ». Les quantités et les doses par kilo de poids vif sont rarement évoquées. Pour en savoir plus, je vous recommande de lire cet article : Produits naturels

 

Pour la durée d'utilisation d'un produit naturel, tout dépend de ses propriétés et de ce que l'on souhaite influencer.

 

Si on souhaite avoir une action sur un système ou un organe, il faudra avoir une durée longue de traitement pour être efficace. Par exemple, si vous voulez combler une carence minérale, donner un beau poil, renforcer le sabot, le système immunitaire... vous devrez traiter sur le long terme.

 

Si c'est une action ciblée que l'on souhaite mener sans influencer les équilibres, le traitement sera court voire unique. C'est typiquement le cas du vermifuge car on souhaite avant tout expulser les vers sans modifier l'équilibre biologique du tube digestif ou le métabolisme de l'animal.

 

Dans le cas des vermifuges, il faut rajouter une contrainte liée aux parasites qui s'accommodent très bien des produits que l'on donne... plus le traitement est long, plus ils auront la possibilité de trouver des stratégies alternatives.

 

Pour la même raison, il est primordial d'être « sans pitié » et de ne pas laisser de vers survivants capables ensuite de s'adapter aux molécules utilisées. Les dégâts maximum s'obtiendront sur un traitement unique avec une dose adéquate.

 

La toxicité des ingrédients se pose alors. Car plus on traite efficacement, plus on traite fortement et plus on prend de risques. Les produits naturels ne sont pas sans effets secondaires et l'obscurité avec laquelle on traite ne facilite pas les choses.

 

Le troisième volet de la vermifugation utile est la période. Traiter contre un parasite d'été en hiver, alors qu'il hiverne bien au chaud dans le sous-sol, ne sert pas à grand chose.

 

On peut choisir d'ignorer la période mais on traitera alors dans le vide parfois (avec toutes les conséquences qui en résultent) ou à contre-temps. Or un vermifuge qui n'agit pas sur les vers, pourra agir sur l'animal jusqu'à la toxicité.

 

Et tout cela, c'est sans compter sur les risques d'allergies, qui sont d'autant plus élevés avec une utilisation sur longue durée.

 

Le seul contre-exemple notable est l'ail. L'ail n'est pas un vermifuge à proprement parler mais il participe à la lutte contre les parasites grâce à une action répulsive vis-à-vis des insectes. Son usage efficace demande des doses importantes et une durée d'utilisation longue. Cet usage quoique efficace est nuancé par les risques que l'on prend. Les effets secondaires de l'ail sont ici.

 

Ce qui nous amène aux précautions d'usage quand on emploie une molécule ou un cocktail dont le résultat est incertain, côté effets négatifs, sur l'animal. Les vermifuges naturels devront être utilisés avec prudence en mettant tous les atouts de son côté. Tant qu'on ne connait pas les réactions de l'animal, il faut éviter de traiter les dimanches et jours fériés pour avoir la possibilité d'appeler le vétérinaire en cas de doutes. Il faudra aussi demander une composition exacte au fabricant de façon à pouvoir renseigner le vétérinaire si des effets secondaires se déclarent ou avoir un moyen de l'obtenir rapidement.

 

Les animaux ne tolèrent pas tous les mêmes doses ni les mêmes ingrédients et ce, quelle que soit leur efficacité sur les parasites. Un essai est donc essentiel avant de donner un nouveau traitement.

 

Cet essai peut être mené de deux façons, en donnant un traitement de faible dosage avant le « vrai » traitement, en espaçant les deux traitements de quelques heures à quelques jours. Quelques heures permettent de savoir si le cheval fait une allergie ou une réaction aiguë mais on passe à côté de tous les effets avec retard. Ce délai d'attente diminue les risques mais de façon moins efficace que le délai de quelques jours. Ces quelques jours que le propriétaire passera à surveiller son cheval pour détecter le moindre soucis.

 

Le problème c'est que ces essais donnent le temps (pour le délai de quelques jours) aux parasites de se forger une résistance vis-à-vis du produit utilisé avec une moindre dose. Le délai de quelques heures est trop faible pour que le phénomène se produise.

 

Le propriétaire a donc le choix de ne pas tester, de tester quelques heures au préalable ou quelques jours avant et vous savez maintenant ce que chaque cas implique comme risques.

 

Il est à noter que les médicaments ne suivent pas ce protocole mais qu'on accepte, d'une part, la prise de risques, et qu'on considère, d'autre part, les dosages et durées suffisamment éprouvées pour se prémunir quelque peu.

 

Revenons maintenant au tableau du précédent article sur les vermifuges naturels : les bienfaits.

 

Dans ce tableau, on peut se rendre rapidement compte que beaucoup de parasites sont « oubliés »... aucun ingrédient ne traite par exemple les strongles qui sont pourtant des parasites courants. On peut donc se poser la question si ces ingrédients vermifuges le sont pour tous les parasites mais qu'aucune étude n'a été menée ou que leur action est bel et bien réduite.

 

Dans le deuxième cas, on se retrouve avec quelques parasites que l'on peut vermifuger au naturel et d'autres qui y sont insensibles. Ce qui signifie aussi que dans le cadre d'une vermifugation naturelle, on ne traiterait que partiellement et qu'on prend alors le risque de voir les survivants devenir envahissants faute de concurrence.

 

Dans le cas où les ingrédients vermifuges sont efficaces sur tous les parasites et que seul le manque d'étude nous amène à l'incertitude, on peut se poser la question de l'efficacité des formes utilisées dans les produits du commerce. En effet, pour des raisons de conservation, le produit est souvent sec, ce qui pose soucis.

 

Par exemple, le thym frais ou en tisane est efficace mais sa forme déshydratée perd tout intérêt. Les huiles essentielles sont efficaces mais leur faible proportion amène à se poser des questions sur l'homogénéité du mélange si on ne peut pas mélanger convenablement celui-ci.

 

Un autre donnée rarement présente sur les paquets dits « naturels » et pourtant essentielle, si vous désirez un réel effet, est la date d'utilisation optimale ou le temps d'utilisation optimale après ouverture. Les conditions de stockage sont aussi parfois un mystère. Il est préférable si vous désirez faire appel à ces produits de se renseigner sur ces caractéristiques.

 

Certains composants intéressants, pour l'efficacité du produit, peuvent être volatils, sujets à dessiccation, à maintenir à l'abri de l'humidité, de la chaleur ou au réfrigérateur (voire en congélateur). De même, si le produit n'est pas stabilisé, l'utilisateur devra se montrer prudent et maintenir des conditions non favorables au développement des bactéries et champignons.

 

Un produit mal conservé, même si ses propriétés sont bonnes, sera à terme dangereux pour votre animal.

 

Dans tous les cas, il faudra procéder à un changement régulier des « ingrédients » efficaces pour éviter toute sélection des populations parasitaires. Cette précaution est d'autant plus vrai avec les vermifuges naturels à cause des données parcellaires concernant leur efficacité.

 

Vérifiez l'adéquation des traitements donnés. Il est par exemple inutile de donner un vermifuge avec de l'argile car l'argile absorberait les composés utiles susceptibles de toucher les parasites. L'efficacité du produit s'en retrouverait fortement diminuée.

 

Les vermifuges naturels doivent être donnés en dehors des repas pour que le bol alimentaire gêne au minimum l'action des molécules.

 

Sous réserve des conditions énoncées précédemment, la vermifugation naturelle est possible.

 

Anne KAEFFER

Cheval au box. Image soumise à droits d'auteurs. Techniques d'élevage 2014

Cheval au box. Image soumise à droits d'auteurs. Techniques d'élevage 2014