Non, un cheval de trait n’est pas un mollasson !

Publié le par Anne Cat et François

« Mon cheval ne va pas bien. Je le trouve mou, pas en forme, je m’inquiète… »

« Oui, enfin, d’un autre côté, c’est un comtois (un ardennais / un percheron…). Tu sais un trait c’est toujours mollasson. Si tu voulais un cheval vif, il fallait acheter un arabe ! Aucune raison de t’inquiéter, c’est dans leur nature. »

Il y a des poncifs qui ont le don de m’énerver grave….

Non, un cheval de trait, ce n’est pas mou, apathique, sans intérêt pour ce qui l’entoure.

En un mot comme en cent, un cheval de trait, ce n’est pas un gros lourdingue avec un cerveau qui fonctionne à la vitesse d’un escargot endormi.

Un cheval de trait est un animal puissant, posé, souvent fin mais calme dans sa tête.

Si vous mettez dessus le petit dernier, un bout de chou haut comme trois pommes, dont les pieds ne dépasseront pas la selle et qui donnera de grands coups de talons en criant « yaaaaahhhh !!!!!!! », il ne va pas bouger, c’est normal. Il fait la part des choses.

S’il est en confiance et bien éduqué, il attendra patiemment que vous ayez fini de le brosser, il restera tranquille pendant que vous le harnachez.

Je dirais que devant un événement, un cheval de trait est souvent assez sûr de sa force physique et peut donc décider de passer outre, de bousculer ou de renverser ce qui se met en travers de son chemin. Et même s’il ne fait pas cela, la réaction de fuite, naturelle chez tous les chevaux sera tempérée par une phase de réflexion.

A côté de lui, Bouddha pourrait passer pour une puce hystérique.

Mais ce calme, ce comportement posé et réfléchi ne doit pas être confondu avec de la mollesse ou de l’apathie.

Si vous le lâchez au pré, un jour de beau soleil, il doit démarrer en coups de cul.

S’il y est en permanence, il doit de temps en temps faire le fou avec les copains, ou démarrer au galop pour suivre un congénère qui passe le long de la lisière du pré.

Il doit manifester sa joie de vivre, manger avec entrain, s’impatienter si le seau n’arrive pas assez vite, jouer avec son licol.

Monté, il peut partir d’un trot mou dans une carrière avec un débutant sur le dos. Mais si vous êtes en ballade, il doit « monter » dans le trot, les oreilles en avant comme n’importe quel cheval. Peut-être vous le fera-t-il plus spontanément dans la direction de l’écurie, mais s’il ne le fait jamais, il y a des questions à se poser.

Attelé, à faire du débardage, il doit donner le coup de collier lorsque c’est nécessaire. Franchement, courageusement.

On confond parfois vitesse et générosité dans l’effort, excitation et vitalité. Un trait, c’est une machine à convertir du fourrage en muscles et en travail. Il a des fibres musculaires à contraction lente. Ce n’est pas un champion du 100 mètres mais c’est un rugbyman.

Un animal quel qu’il soit qui ne manifeste pas régulièrement de la joie de vivre, du bonheur devant les petits plaisirs, ce n’est pas normal. Cela n’a rien à voir avec sa race, c’est qu’il ne va pas bien. Et comme tous les animaux, il va alors se traîner, restreindre ses mouvements, devenir plus statique.

Et le propriétaire a alors raison de s’inquiéter.

Catherine Kaeffer

La version équine de la salutation au Soleil...

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