Les antibiotiques par voie parentérale (injection) peuvent-ils provoquer des troubles digestifs ?

Publié le par Anne Cat et François

 

L'utilisation des antibiotiques est courante mais pose un certain nombre de problèmes chez les chevaux. En effet, le principe même d'un antibiotique est de détruire les bactéries : bactéries responsables de l'infection que l'on traite mais aussi bactéries « utiles ». Un antibiotique donné par voie orale peut donc provoquer la destruction de la flore intestinale. La voie parentérale (injection), en théorie, évite ces problèmes... Mais ce n'est que la théorie.

 

La voie orale pour les antibiotiques est une prise de risque du fait de la destruction de la flore intestinale du cheval.

 

Mais en quoi la destruction de la flore digestive du cheval est importante ?

 

La flore digestive du cheval est indispensable à la digestion de la cellulose autrement dit des fibres des fourrages ou des céréales... C'est un équilibre complexe, déterminé par l'alimentation, entre plusieurs souches bactériennes afin d'assurer la récupération des nutriments.

 

En cas de déséquilibre, les bactéries détruites libèrent une certaine quantité de toxines et peuvent dans les cas extrêmes, donner une fourbure ou une colique potentiellement mortelle.

 

Dans les cas moins graves, les places vacantes seront recolonisées par toutes bactéries présentes à ce moment. Cela peut être des bactéries normales du tube digestif mais il peut s'agir, entre autres, de bactéries du genre Clostridium pouvant produire des toxines lesquelles vont perturber les muscles de l'intestin. Cette perturbation du péristaltisme intestinal est responsable de coliques.

 

Pour éviter de perturber la flore du tube digestif, on peut essayer d'envoyer le produit par une autre voie qui ne passe pas par l'intestin et de court-circuiter le problème. Ainsi, on a tout lieu de penser que l'injection de l'antibiotique (voie parentérale) permet à tous coups de se prémunir contre ces soucis mais ce n'est pas si simple.

 

Une fois dans le sang, certains antibiotiques vont être récupérés par le foie puis éliminés par voie biliaire dans l'intestin grêle sans modification de leur structure et donc toucher, certes de manière moins intense, les microorganismes du gros intestin.

 

Il existe aussi une autre particularité : certains antibiotiques une fois dans le sang, entrent dans les entérocytes (cellules présentes dans la muqueuse intestinale) puis sont évacués vers l'intestin.

 

Nous allons prendre un cas extrême : la doxycycline. Cette molécule en injectable va non seulement retourner dans le tube digestif par voie biliaire ET via les entérocytes mais elle suit un cycle entéro-hépatique (bref, elle tourne en rond entre le foie et l'intestin !). Donc la molécule présente dans l'intestin, au lieu d'être éliminée dans les crottins, va être réabsorbée en partie, repasser dans le sang, puis le foie et être renvoyée dans le tube digestif par les mêmes voies. Les microorganismes vont donc être en contact plus longtemps avec de plus grande quantité de cet antibiotique.

 

Il est plus facile de comprendre la très grande dangerosité de la doxycycline chez les chevaux. Ceci n'est cependant qu'un exemple.

 

Bonne journée

 

François Kaeffer

Les antibiotiques par voie parentérale (injection) peuvent-ils provoquer des troubles digestifs ?
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :