Croisements ânes et chevaux, des gestations et des mises-bas difficiles

Publié le par Anne Cat et François

 

 

Leurs produits portent beaucoup de noms : les mules, les mulets, les bardots... ce sont des animaux réputés pour leur solidité et leur mental à toute épreuve, issus du croisement de l'âne et du cheval.

 

Ce croisement peut sembler banal, pourtant, la gestation issue de cet alliage nécessite beaucoup d'attention et de soins pour ne pas tourner au drame...

 

A l'heure de l'insémination artificielle et des transferts d'embryons, des tests ont été menés pour essayer de comprendre la difficulté d'une telle gestation.

 

Des scientifiques ont tenté de transférer un embryon d'âne dans une jument en vain... l'embryon n'a pas pu s'installer et toutes les tentatives se sont soldées par un avortement précoce.

 

Les recherches ont permis de déterminer deux choses : les ânes possèdent un placenta plus petit que les chevaux et les deux génomes ne se reconnaissent pas.

 

Un cheval est un étranger pour un âne et inversement. Le croisement des deux est donc soumis à la loi du hasard, tout comme la fertilité de leur produit (voir cet article).

 

Les deux génomes sont assez proches pour s'apparier mais pas assez pour éviter les complications in utero et post-partum.

 

La gestation et la naissance d'un croisement entre un âne et un cheval ne sont donc pas le fruit d'une simple formalité.

 

Voyons un peu plus en détail les difficultés de cette gestation.

 

L'embryon va hériter la taille de son placenta par son père. Ainsi, le croisement entre un âne et une jument donnera un petit placenta, à l'inverse du croisement entre un étalon et une ânesse qui donnera un grand placenta.

 

La première conséquence de la taille d'un placenta, c'est la qualité des échanges... il faut moins de voitures pour boucher un chemin de campagne qu'il n'en faut pour créer un bouchon sur une autoroute. La fluidité des échanges ne peut donc pas avoir lieu avec une même quantité. Hors, si on échange moins de déchets contre des nutriments, on obtient aussi moins d'énergie et on profite moins. C'est un peu le même soucis que dans cet article (voir).

 

L'équilibre des échanges va donc donner des petits nouveaux nés si le placenta est petit. A l'inverse du grand fœtus qui sera issu d'un grand placenta.

 

Mais voilà, le grand placenta est présent chez l'ânesse qui a l'habitude des petits placentas et des petits ânons. Ce mariage avec l'étalon va donner un grand placenta donc un grand nouveau-né qui devra passer dans un bassin prévu pour beaucoup plus petit que lui...

 

Le croisement entre un étalon et une ânesse peut donc se faire à condition de choisir un étalon de taille raisonnable par rapport à l'ânesse et en prenant soin de pouvoir pratiquer une césarienne le cas échéant. Il faudra aussi se méfier, si on passe par les voies naturelles, que le petit ne manque pas d'air trop longtemps ou ne se retrouve pas bloqué. De la même manière, on veillera à ce que la mère ne soit pas déchirée lors de la mise-bas.

 

En prenant toutes ces précautions, on aura un petit bien formé et bien développé. Mais attention à la lactation qui devra être suffisante pour garantir une bonne croissance (ou suffisamment complémentée).

 

Chez la jument, on observe des problèmes tout à fait différents. En effet, le petit placenta et donc le petit nouveau-né ne posera aucun problème physique à la mise-bas.

 

Néanmoins, cette taille réduite s'accompagne le plus souvent d'un retard de croissance marqué. Un retard qu'il faudra rattraper après la mise-bas par une lactation soutenue et une alimentation post-sevrage conséquente.

 

Au-delà de la taille des nouveaux-nés ou de leur maturité, les mises-bas de la jument posent le problème de la compatibilité génétique.

 

En effet, les juments sont connues pour avorter fréquemment quand on tente leur croisement avec un âne. Cette particularité est liée, semble-t-il, également à la taille réduite du placenta qui rend « l'accroche » de l'embryon à la paroi utérine plus fragile.

 

Mais à chaque avortement, l'embryon est partiellement détruit et la jument s'immunise vis-à-vis du génome de l'âne. La jument va donc reconnaître le génome de l'âne dans le nouveau-né.

 

Cette reconnaissance va donner lieu à une destruction des cellules sanguines du jeune qui va s'affaiblir dans les heures qui suivent la naissance. La mort est une issue fréquente. Un check-up régulier du jeune peut permettre de repérer le problème et donc de limiter les dégâts. Les symptômes les plus souvent observés sont une pâleur des muqueuses et un jeune qui peine à se redresser.

 

La naissance d'une mule, d'un mulet ou d'un bardot, n'est donc pas une mince affaire mais relève plutôt du miracle de la vie.

 

Une fois ce petit né, n'oubliez jamais qu'il n'est ni âne ni cheval et qu'il faudra sans cesse vous adapter à ses « petites particularités ».

 

Anne KAEFFER

Jument gestante. Image soumise à droits d'auteurs. Techniques d'élevage 2014

Jument gestante. Image soumise à droits d'auteurs. Techniques d'élevage 2014

Publié dans Elevage, Spéciale équidé