Saillir une jument sur les chaleurs de lait : bonne ou mauvaise idée ?

Publié le par Anne Cat et François

 

La durée de gestation de la jument est de 11 mois voire jusqu’à 360 jours. Donc si on veut avoir un poulain tous les ans, à la bonne saison, cela veut dire qu’il faut remplir au plus tôt après la mise-bas.

 

Or, même si dans l’espèce équine, la sécrétion de lait n’arrête pas les chaleurs, on risque parfois, si on laisse passer cette chaleur de poulinage, d’avoir un inter-oestrus plus long. En moyenne, le second oestrus intervient 30 jours après la mise bas… mais là encore la variabilité est énorme. Parfois aussi, le comportement maternel peut masquer le comportement de chaleur alors même que l’ovulation est tout à fait normale.

 

Les chaleurs de lait restent toutefois un peu particulières : elles sont plus courtes que les autres (2 à 7 jours) et la date d’apparition est très variable d’une jument à l’autre (3 à 15 jours après le poulinage). Cependant, il n’y a aucune différence sur le plan de la croissance folliculaire.

 

C’est une période où le poulain étant petit, pas encore bien « démarré », cela peut poser des problèmes de bouger la jument. Mais si on a la possibilité de la mettre avec un étalon calme et doux y compris avec le poulain, c’est une excellente solution. On peut aussi procéder par insémination artificielle mais si on ne fait qu’une insémination, le résultat est moins bon statistiquement.

 

Pour avoir le plus de chances de réussite, il faut faire un saut tous les deux jours et ce n'est pas différent pour les chaleurs de lait. 

 

En effet, un ovule peut survivre 12 heures dans les voies génitales et 48 heures pour les spermatozoïdes. Il faut donc être sûr qu'au moment où l'ovule sera prêt, il y aura des spermatozoïdes pour aller à sa rencontre.

 

Donc si on fait une saillie toutes les 48 heures, il y a toujours des spermatozoïdes présents. L'étalon en liberté n'a pas d'autre méthode. Lui saillit tous les jours ce qui explique que la fécondité est meilleure en liberté.

 

Ce qui différencie les chaleurs de lait des chaleurs normales, c'est qu'elles sont souvent plus courtes. Or si J est le dernier jour des chaleurs, l'ovulation a lieu entre J-3 et J +1 le plus souvent. Le problème c'est qu'on ne connaît pas J avant, d'autant que dans ce cas précis, on ne peut pas se fonder sur ce qu'on sait de la jument. 

 

Donc au lieu de commencer 2 jours après le début des chaleurs, il est plus sage de commencer le premier jour. 

 

Si on a l’étalon sous la main, on peut lui présenter la jument dès 3 jours après la mise-bas.

 

Le taux de gestation obtenu sur chaleur de lait est généralement considéré comme étant inférieur de 10 à 20 %. Il semblerait que ce soit dû au fait que dans certains cas, l'endomètre n'aurait pas complètement involué et ne serait pas totalement apte à permettre le développement d'un nouvel embryon. 

 

L'ovulation a lieu en moyenne 10 jours après la mise bas. Plutôt moins si la mise bas a eu lieu en juin, plutôt plus si elle a lieu en mars. On n’a pas observé d’effet de l’âge ni de la parité.

 

Si l'ovulation a lieu après le 10e jour post partum, les remaniements utérins sont terminés et les liquides physiologiquement présents seront évacués avant l'arrivée de l'embryon dans l'utérus. Dans ce cas la fertilité est meilleure. 

 

Il en découle qu’on peut tenter une saillie sur chaleur de poulinage à la condition sine qua non que le poulinage se soit bien passé. Il est évident qu’il est hors de question de faire saillir une jument au poulinage difficile, qui développe un problème infectieux, dont la dernière gestation s’est mal passée ou dont le poulain est faible.

 

Certains auteurs préconisent un suivi par palpation et échographie pour suivre la croissance folliculaire et l’élimination des liquides utérins. La chaleur de lait n’est alors exploitée que s’il est estimé que l’ovulation ne se produira pas avant le 10e jour et qu’il ne reste pas de liquide dans l’utérus. Si une de ces deux conditions n’est pas remplie, il est possible de faire une injection de prostaglandines 5 jours plus tard pour provoquer un nouvel oestrus. Ce type de suivi n’est évidemment envisageable que dans certaines écuries très équipées.

 

Saillir sur chaleur de lait est une erreur si le suivi des juments est trop léger et l'alimentation mal contrôlée car c'est une méthode plus technique. Mais si ces deux points sont bons voire très bons, cela ne pose pas de problème particulier... même si cela ne marche pas à tous les coups. 

 

Catherine Kaeffer

Jument avec son poulain de quelques jours. Techniques d'élevage. Nantes. Image soumise à droits d'auteur

Jument avec son poulain de quelques jours. Techniques d'élevage. Nantes. Image soumise à droits d'auteur

Publié dans Spéciale équidé, Elevage