Sur les traces de la biotine : Quel est le risque de carence à l'arrêt du traitement ?

Publié le par Anne Cat et François

 

Ne dit-on pas que donner de la biotine au long cours risque de bloquer sa production endogène de la population bactérienne ?

 

Le métabolisme de la biotine peut effectivement nous laisser entendre une régulation dans ce sens. Voici un schéma du métabolisme de la biotine.

 

Métabolisme de la biotine. Techniques d'élevage. François Kaeffer, 2014. Image soumise à droits d'auteur.

Métabolisme de la biotine. Techniques d'élevage. François Kaeffer, 2014. Image soumise à droits d'auteur.

 

Bon... Les molécules, c'est bien mais les explications, c'est mieux ! Les deux molécules qui vont nous maintenir en haleine tellement le suspense sera insoutenable, sont la biotinyl-5'-adénosine monophosphate et l'holocarboxylase synthetase.

 

Outre les très nombreuses utilisations de la biotinyl-5'-adénosine monophosphate dont nous discuterons dans un autre article, c'est la molécule qui va permettre la régulation de la production :

  • des composants du cycle (les enzymes responsables des réactions),

  • des carboxylases (les molécules activées par la biotine mais c'est une autre histoire),

  • du transporteur multivitamines sodium-dépendant (SMVT, de son petit nom). Ce transporteur permet le passage de la biotine et de nombreuses autres vitamines.

 

Toutes les étapes sont donc dépendantes de la concentration interne en cet intermédiaire réactionnel.

 

Cette régulation s'effectue à l'aide d'une cascade de messagers secondaires (sGC, protéine kinase cGMP-dépendant) qui vont modifier la transcription des gènes responsables de ces changements.

 

Il est cependant trop aisé de s'arrêter à la première sans passer à cette seconde non moins intéressante.

 

L'holocarboxylase synthetase a aussi son petit rôle à jouer dans la transcription en permettant la liaison de la biotine aux histones H2A, H3 et H4. Cette réaction permet la répression des gènes et la régulation de l'expression du transporteur SMVT.

 

Nous avons vu le plus petit avec notre régulation à l'échelle moléculaire mais au niveau de l'intestin, il a été montré que la biotine est absorbée à près de 100 % dans l'intestin grêle. Donc, seuls les lactobacilles sont touchées par la « déferlante » de biotine ajoutée à la ration.

 

Or ces microorganismes ne sont pas intéressants d'un point de vue nutritionnel donc on peut considérer que ce ne sont pas eux qui peuvent changer radicalement la production endogène de biotine.

 

Comme la biotine n'atteint pas le gros intestin et que la biotine est éliminée par voie urinaire, aucune molécule n'est susceptible de provoquer un changement au niveau des bactéries du gros intestin.

 

Je crois pouvoir dire qu'un apport prolongé de biotine ne déréglera pas la flore bactérienne suffisamment pour que cela pose problème par la suite.

 

Bonne journée.

 

Kaeffer François

Sabot de cheval. Techniques d'élevage 2014. Image soumise à droits d'auteur.

Sabot de cheval. Techniques d'élevage 2014. Image soumise à droits d'auteur.