Carences minérales : que peut vous dire l’analyse du poil de votre cheval ?

Publié le par Anne Cat et François

 

Le poil, c’est bien, on l’a sous la main. On peut le prélever sans risque pour le cheval. Alors la tentation est grande d’éviter une prise de sang tout en suivant son équilibre minéral.

 

Et puis, une analyse de sang est souvent considérée comme reflétant les carences ou les excès à l’instant t alors que l’analyse du poil aurait une valeur de récapitulatif d’une nutrition sur plus long terme.

 

Cette méthode présente de nombreux avantages. Des prélèvements faciles à réaliser, à transporter, à conserver. Mais si le poil a l’avantage de refléter l’alimentation passée, sa composition a l’inconvénient de dépendre de la durée de la pousse, de la couleur et des différents contaminants (poussière, sueur, sébum).

 

C’est pour cette dernière raison que les modalités de récolte et de lavage influencent beaucoup les résultats. Ces derniers peuvent être interprétés de manière absolue ou être utilisés pour un suivi par exemple de l’effet d’une modification de l’alimentation.

 

Selon la saison, non seulement la vitesse de pousse du poil varie mais aussi l’intensité de la sudation. L’analyse de poils donne des résultats plus discutables en période de mue et aussi en cas de retard de mue, cas où on soupçonne particulièrement un problème minéral.

 

Le poil doit toujours être prélevé au même endroit pour que des comparaisons puissent être faites. Il semblerait qu’il y ait des différences dans la composition des poils de la tête ou de l’épaule par rapport aux poils du reste du corps.

 

Plus un poil est foncé, plus il est riche en manganèse, en sélénium, en cobalt mais pas en zinc. Mais aussi, comme il est plus riche en mélanine, il est plus riche en calcium. C’est pour cela qu’il est intéressant d’exprimer les résultats pour ces oligo-éléments par rapport au calcium pour limiter l’impact de la couleur.

 

Cela veut dire que pour un cheval pie, il faut prélever toujours dans la même tache. Et pour un cheval qui a des poils de plusieurs couleurs mélangées comme le gris, il faut faire attention de ne prendre qu’une seule couleur de poil.

 

La concentration minérale est supérieure en phase d’arrêt de la pousse. Entre la base et le sommet d’un même poil, il peut y avoir des variations d’un facteur 4. Il faut donc prélever des poils d’une longueur toujours identique. Pour les études, on procède même à un rasage et à un prélèvement après une durée de pousse connue.

 

Enfin, vient le problème du lavage. Comme souvent dans les analyses, le tout est de suivre le protocole car c’est une cote mal taillée. Si le lavage est trop léger, les contaminants sont insuffisamment éliminés du poil. S’il est trop puissant, on peut arriver à extraire des composants pilaires. Donc il faut en tout état de cause utiliser la méthode de lavage préconisée par le laboratoire avec rigueur. Cela peut être un lavage à l’eau (déminéralisée bien sûr) pendant 2 fois 20 minutes. Cela peut être aussi un lavage par eau-alcool-éther en parties égales pendant 15 minutes.

 

Cela fait, vous envoyez le tout au labo avec le sentiment du devoir accompli. Et puis vous recevez les résultats…

 

Leur interprétation dépend du minéral concerné.

 

Le taux de calcium n'a aucune signification d'ordre pathologique. En effet, la teneur en calcium dans le poil est corrélée avec la quantité de mélanine qui est le pigment du poil. Un taux de calcium faible signifie que le poil était clair, un taux de calcium fort, signifie qu’il était foncé.

 

Pour le cuivre, l'analyse du poil donne une information qui est fiable quelle que soit la couleur et le mode de lavage du poil. Donc un taux normal (taux de référence : 4-10 mg/kg de poil sec) signifie que votre cheval n'est pas carencé. Un taux trop élevé ou trop faible signifie un excès d’apport ou une carence sur le long terme.

 

Pour le zinc, le taux normal est de 70-500 mg/kg. Un excès ou une carence reflète le niveau alimentaire. Attention cependant que pour cet élément, le lavage est un facteur très important car il est très sensible aux contaminations. 

 

Pour le sélénium, l’analyse est très intéressante notamment pour déceler un excès ou une intoxication chronique. La teneur en Se est dépendante de la couleur du poil. Il est préconisé de choisir un prélèvement de poil long notamment lorsqu’on est en poil d’hiver (éviter le poil de bourre). La normale est alors inférieure à 0,7 mg/kg. Pour les crins de la crinière, elle doit être inférieure à 0,3 mg/kg. Cela permet un suivi sur le long terme des risques de maladie alcaline. Par contre, comme il n’y a pas de valeur basse, c’est moins efficace pour déceler les carences plus fréquentes chez nous. Une correction de la ration sera très lente à se traduire dans le poil et une analyse de sang sera alors indispensable pour suivre l’évolution. 

 

Même phénomène pour le manganèse et le cobalt, corrélation avec la teneur en calcium. Certains auteurs ne reconnaissent carrément pas cette mesure comme valide.

 

Pour le magnésium et le chrome, nous n'avons trouvé aucune donnée cheval corrélant la teneur du poil avec le statut nutritionnel ou métabolique.

 

L'estimation du statut nutritionnel à partir de l'analyse du poil est donc assez délicate mais effectivement, c'est une méthode intéressante parce qu'elle est non douloureuse essentiellement pour estimer une carence en cuivre et par ailleurs pour vérifier l’existence ou non d’un excès de sélénium sur le long terme.

 

Catherine Kaeffer

Taches sur la robe d'un cheval pie. Techniques d'élevage. Image soumise à droits d'auteur.

Taches sur la robe d'un cheval pie. Techniques d'élevage. Image soumise à droits d'auteur.