Croissance et/ou développement ?

Publié le par Catherine, François et Anne

 

Ce sont deux notions qu’on a tendance à confondre parce qu’elles interviennent souvent en même temps mais qui sont très différentes pour l’organisme.

 

La croissance c’est le gain de poids. Elle est appréciée sur une période déterminée. Cela permet de calculer une vitesse de croissance qui est une caractéristique fondamentale d’une espèce et d’une race à un âge donné.

 

Le développement, quant à lui correspond à la mise en place des différents tissus et régions du corps et à l’ensemble des modifications morphologiques et chimiques de ces régions.

 

Pour illustrer cette différence, lorsqu’un enfant double son poids de naissance à 5 mois, c’est de la croissance car cela se voit sur une balance. Mais quand, après le passage de la petite souris, sa dent de lait est remplacée par une dent définitive, c’est du développement car acquisition d’une structure mais pas croissance puisque sur la balance, on n’y voit strictement que du feu.

 

La vitesse de développement traduit la précocité.

 

De ce fait, un enfant précoce n’est pas celui qui fait 20 kg à trois ans (ça c’est un géant ou un obèse : il a une forte vitesse de croissance), mais celui qui a sa première dent à 2 mois, ce qui ne veut pas dire qu’il marchera plus tôt que les autres.

 

Comme vous le constatez sur cette histoire de dent, un enfant peut être précoce pour un critère et tardif pour un autre. Cela veut dire que pour le premier critère, il le remplira plus vite que les autres alors qu’il remplira le 2e critère moins vite que les autres.

 

On juge donc toujours la précocité par rapport au développement « normal » de ce tissu ou de cet organe.

 

Mais tous les organes, tous les tissus ne se développent pas en même temps ni à la même vitesse dans le cas « normal ».

 

Pour les régions du corps, les membres, on a des vagues de croissance. Comme les vagues, les courbes de croissance montent, arrivent à un pic puis redescendent. Bien sûr, à la naissance, on a déjà un peu de tout mais certaines régions se développent les premières et très rapidement ce qui fait qu’elles atteignent leur taille définitive tôt. Elles sont prioritaires à un moment puis lorsque leur croissance se ralentit, une autre zone devient prioritaire à son tour.

 

Classiquement, les membres et la tête se développent en premier. Les jeunes ont généralement une grosse tête ce qui est particulièrement visible chez l’enfant et de grandes pattes. Il suffit de voir un faon ou un poulain pour remarquer qu’ils sont courts de dos et montés sur des échasses.

 

La seconde vague de croissance est celle du rachis, puis on voit s’élargir le bassin et enfin, le thorax prend sa forme définitive. Chez les jeunes chevaux, on dit qu’il « éclate de devant » « sort son garrot ». Cette phase de la croissance a lieu vers 4-5 ans, à un moment où on ne considère plus le cheval comme un jeune. De ce fait, elle est souvent négligée sur un plan alimentaire et on aboutit à des animaux étroits devant.

Si on regarde les tissus, on a le même phénomène. Le développement maximal est d’abord au niveau du système nerveux (il faut bien câbler tout cela !) puis de l’os, du muscle. La graisse est le dernier tissu à se mettre en place. C’est pour cela qu’un jeune normal est logiquement assez maigre sans que ce soit pathologique.

 

Notez qu’il ne s’agit que de priorités. Car de la graisse se dépose y compris chez le fœtus. En effet, un des organes les plus riches en lipides est le cerveau qui est formé très tôt. Simplement au niveau de l’organisme, cela fait des quantités de graisse qui n’ont rien à voir avec ce qu’on trouvera ensuite chez l’adulte.

 

Il est donc important chez tout jeune animal de suivre à la fois l’évolution du poids et le développement morphologique de l’organisme. L’évolution du poids peut se faire par pesée ou par estimation. L’estimation du développement morphologique de l’organisme est plus délicate mais une solution à la portée de tout propriétaire est de prendre des photos à intervalles réguliers de son animal, si possible au même endroit et dans la même position pour pouvoir les comparer et se faire une idée juste.

 

Catherine Kaeffer

 

 

Comparaison des morphologies d'un poulain et de sa mère : hauteur des membres et taille de la tête proches mais longueur du dos et épaisseur du corps très différentes. Techniques d'élevage 2014. Image soumise à droits d'auteur.

Comparaison des morphologies d'un poulain et de sa mère : hauteur des membres et taille de la tête proches mais longueur du dos et épaisseur du corps très différentes. Techniques d'élevage 2014. Image soumise à droits d'auteur.

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