L'envers du décor du dressage ou entre le paradis et l'enfer

Publié le par Catherine, François et Anne

 

 

Ils se présentent, plus majestueux les uns que les autres, plus audacieux que leurs ancêtres, plus « people » que leurs aînés... le spectacle du dressage animalier, comme la magie, a deux faces.

 

La première est visible par le spectateur. Elle est taillée dans le rêve, extraite de notre imaginaire, bâtie sur nos émotions. Elle est empreinte de la mode, du temps, des principes et de nos convictions.

 

La deuxième se cache. Discrète et silencieuse, elle gouverne sur scène les actes des protagonistes. Elle se met en place en coulisse et ne se révèle qu'une fois les yeux détournés.

 

Cette face cachée est parfois synonyme d'harmonie, de complicité. Mais dans d'autres cas, c'est l'enfer qui se pare des plus beaux atours.

 

C'est un cheval qui se couche dans un pré. La caméra tourne et le cheval s'exécute dans un mouvement fluide. Le cavalier se couche sur son cheval, il se place entre ses membres. Quelle confiance, quelle complicité, rien ne trouble cet instant.

 

Naturellement, la main du cavalier se place sur les naseaux de son cheval. Le spectateur y verra un geste symbolique, une connivence entre le cavalier et le cheval. Les doigts se resserrent légèrement. Le cheval ne s'y trompera pas et gardera une attitude impeccable.

 

En coulisse, ce cheval a plus d'une fois senti les doigts se resserrer au point de lui bloquer toute respiration. Un geste sans brutalité visible mais d'une incroyable violence, une menace de mort explicite.

 

Une sagesse forcée qui se retrouve dans les yeux de ce cheval monté en bitless, symbole de liberté, de révolution et de progrès. Un cheval qui ne connaît que trop bien les méthodes coercitives et les blessures que peuvent provoquer ses « outils du rêve » soigneusement trafiqués.

 

Un autre cheval répète plus loin. Le mouvement est impeccable, fluide et gracieux. Pourtant les spectateurs critiquent. Ce cheval porte un mors fin, le cavalier a des éperons... des aides fines et précises, utilisées avec douceur depuis des années mais qui ne font pas écho au rêve.

 

Dans les coulisses, c'est avec la même douceur que ce cheval est travaillé. Avec la même complicité, les exercices sont exécutés.

 

Il ressemble en cela à cet autre individu qui travaille ses chevaux en liberté. Ses méthodes n'ont pas été bouleversées par la mode et il garde toujours une relation empreinte de douceur avec ses chevaux. Il arrive parfois que l'exercice ne soit pas impeccable, mais qu'importe, puisque la relation perdure.

 

Ce sont des exemples courants, des scènes quotidiennes. La mode change et ceux qu'on applaudissait jadis sont aujourd’hui décriés et inversement. Mais dans ces incessants changements d'idées, les animaux restent.

 

Ceux qui suivent les modes, qui se montrent sous leurs plus beaux atours, ne sont pas forcément ceux que les animaux choisiraient.

 

Et si, une seule fois, on applaudissait non pour un résultat mais pour un travail quotidien. Si seulement on pouvait, pendant un seul instant, oublier l'emballage pour ne regarder plus que l'envers du décor.

 

Cheval de trait en présentation. Tous droits réservés. Techniques d'élevage 2014

Cheval de trait en présentation. Tous droits réservés. Techniques d'élevage 2014

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :