Animal maigre ou animal dénutri ?

Publié le par Catherine, François et Anne

 

Il arrive de plus en plus souvent que des particuliers au grand cœur recueillent des animaux à sauver. Dans certains cas, ce sont des animaux en état correct mais dans d’autres, l’état peut être carrément pitoyable. D'autre part, un animal du fait d'une maladie ou d'une blessure peut ne plus pouvoir être correctement alimenté et se retrouver en mauvais état corporel.  

Les propriétaires se retrouvent alors devant la nécessité de juger de l’état de l’animal pour savoir comment ils peuvent l’aider à recouvrer la joie de vivre.

 

La première difficulté qu’ils doivent affronter est de regarder l’animal en laissant de côté leurs sentiments que ce soient la compassion, la pitié, la douleur ou la révolte. En effet, si ce sentiment a été le moteur de l’adoption ou des soins quotidiens, il doit pouvoir se taire momentanément être mis de côté pour porter sur l’animal un regard objectif.

 

La première question à se poser est de savoir si l’animal est seulement maigre, dénutri ou malnutri.

 

1. Animal maigre : perte de graisse

 

Un animal maigre est un animal qui n’a plus de couche de graisse sur lui. Donc vous lui comptez les côtes sans problèmes, vous avez l’impression d’avoir un animal « avec une peau translucide » tellement l’absence de la couche de graisse normale fait que la peau colle aux muscles, aux tendons, aux os. Bref, vous voyez toutes les structures comme sur un dessin d’anatomie ou ce qu’on appelait un écorché.

 

Dans ce cas, vous avez un animal qui a conservé son potentiel musculaire, osseux, de digestion, de synthèse. Il vous suffira de lui donner une alimentation normale, avec un tout petit plus énergétique pour qu’il retrouve rapidement toute sa forme. Les mécanismes de l’organisme sont en place, il suffit de leur donner de quoi tourner.

 

Pour un cheval, cela veut dire avoir une distribution de foin libérale, ajouter un peu d’huile ou de céréales… bref, apporter un peu d’énergie en plus et le tour est joué.

 

2. Animal dénutri : perte de graisse et de muscles

 

Un animal dénutri est un animal qui a non seulement utilisé toute sa graisse de réserve mais qui a aussi détruit ses muscles. Si dans le cas d’un animal maigre, vous avez l’impression de voir un animal avec une peau translucide, là vous avez l’impression d’avoir un squelette comme ceux qu’on trouvait autrefois dans les salles de cours. On ne voit plus les muscles, on voit les os qui normalement se trouvent en dessous.

 

Cela veut dire que l’animal a consommé ses muscles donc ses protéines internes. Il y a donc fort à parier que la perte des muscles n’est que la partie émergée de l’iceberg. Il a dû récupérer aussi tout de qu’il a pu dans les différents organes, et mettre ainsi en petite vitesse voire carrément en stand by, les différentes fonctions en commençant par les moins essentielles : cela va atteindre la pousse des poils, des sabots, des os…

 

Et ce qui a des conséquences directes, cela va toucher aussi les tissus du tube digestif et aussi la synthèse des enzymes digestives et plus généralement toutes les fonctions du métabolisme.

 

Cela veut dire que vous avez un animal qui va mal digérer et mal synthétiser. Alors qu’on veut le réalimenter, on a perdu du moins en partie, la voie d’entrée dans l’organisme.

 

Cela veut dire que si vous apportez à ce type d’animal de la nourriture en abondance, au mieux il n’en profitera guère, au pire, vous allez complètement saturer ce système qui est en mode éco et cela peut aboutir à des problèmes pathologiques graves voire à la mort de l’animal.

 

Il faudra donc y aller doucement, en commençant par amener un peu d’énergie par des voies métaboliques faciles et peu productrices de déchets. Ensuite, il faudra toujours en restant sur des quantités faibles apporter l’énergie en répartissant les apports sur les différents voies d’entrée possibles car ainsi, vous utiliserez des enzymes différentes.

 

Ainsi pour un cheval qui est dénutri, il sera plus bénéfique de lui apporter 1 petit peu de sucre simple + 1 petit peu d’amidon + 1 petit peu de fibres + 1 petit peu de lipides plutôt que 4 « petits peu » d’un de ces composants.

 

Bref, diviser pour mieux passer.

 

Ensuite par petites touches, on augmentera progressivement les différents composants de la ration, protéines, vitamines, minéraux jusqu’à arriver à une alimentation normale.

 

Si vraiment plus rien de passe, on en arrive à la solution de la perfusion pour essayer de relancer la machine et là, on entre dans le domaine de la médecine vétérinaire d’urgence.

 

3. Animal malnutri : chercher où le bât blesse

 

Un animal malnutri peut ne pas être dénutri même si c’est assez souvent le cas. L’animal malnutri a une ration non équilibrée ce qui fait que ne pouvant pas en profiter correctement, il arrête ses synthèses sur une ou plusieurs voies métaboliques.

 

Ce sont des animaux qui peuvent avoir des aspects extérieurs très différents : maigres ou soufflés, avec un poil souvent rêche mais pas toujours… ce qu’on constate quand on les regarde, c’est que souvent ils ne sont pas « logiques » dans leur état. Sur certains points, tout à l’air parfaitement normal alors que sur d’autres, ils sont en mauvais état. C’est ce côté mosaïque qui peut faire penser à un animal malnutri et non dénutri.  

 

A noter qu’un animal dénutri est quasi toujours aussi malnutri.

 

Catherine Kaeffer

 

http://www.techniquesdelevage.fr/

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Cheval maigre début de dénutrition. Techniques d'élevage. Tous droits réservés.

Cheval maigre début de dénutrition. Techniques d'élevage. Tous droits réservés.