Carence primaire, carence secondaire

Publié le par Catherine, Francois et Anne

 

Que ce soit par le raisonnement et le calcul, à partir de certains signes cliniques ou de comportement ou encore à la suite d’une analyse, on peut savoir (ou suspecter) l’existence d’une carence chez un animal.

 

La tentation est alors forte d’apporter l’élément carencé tout simplement et de considérer que ce faisant, on aura forcément résolu l’affaire.

 

Le raisonnement est alors : si je sais qu’il me manque l’élément X, je vais l’apporter en quantité et cela va ipso facto combler le dit manque.

 

Certes. Quoique….

 

Sans le dire, on pense que si on manque de X par exemple dans le sang, c’est qu’on n’apporte pas assez de X. C’est ce qu’on appelle une « carence primaire ».

 

 Mais d’autres mécanismes pourraient tout à fait expliquer ce manque de X dans le sang.

 

Si par exemple, les besoins en X sont pour une raison ou une autre, nettement augmentés, et que le corps ne régule pas, alors la teneur en X du sang baissera alors même que l’apport est correct. Mais dans ce cas me direz vous, un apport massif de X résoudra effectivement le problème.

 

Supposons maintenant que pour une raison ou une autre, la quantité de X avalée par l’animal est correcte, conforme à ses besoins mais que ce X ne soit pas bien absorbé au niveau du tube digestif.

 

A ce stade vous pouvez penser que j’exagère et que je monte en épingle une situation qui se produit une fois tous les 36 du mois.

 

Et non ! C’est beaucoup plus fréquent que l’on croit.

 

Prenons, l’exemple du cuivre chez le cheval.

 

Un apport insuffisant en cuivre qui ne couvre pas les besoins est très fréquent. La régulation de l’organisme pour le cuivre sanguin étant assez lâche :

 

Manque de cuivre dans l’alimentation =
Baisse de la teneur en cuivre du sang.

 

Dans ce cas, un apport supplémentaire en cuivre pourra résoudre le problème. C’est une carence primaire.

 

Mais supposons un cheval nourri à grand renfort de pulpes de betterave ou de luzerne. Vous aurez alors un excès de calcium. S’il est suffisamment important, l’absorption du cuivre, au niveau digestif sera entravée.

 

Suffisamment de cuivre dans l’alimentation +

Excès de calcium qui le bloque  =
Baisse de la teneur en cuivre du sang.

 

C’est un premier exemple de carence secondaire.

 

Une autre supposition : un cheval de sport sur lequel, dans le vain espoir d’améliorer ses performances, on fait des apports massifs en fer. Le fer entraîne lui aussi un blocage du cuivre. On se retrouve donc avec le mécanisme suivant :

 

Suffisamment de cuivre dans l’alimentation +

Excès de fer qui le bloque  =
Baisse de la teneur en cuivre du sang.

 

Avec le côté rigolo que la baisse de la teneur en cuivre du sang va entraîner une anémie (car il faut aussi du cuivre pour faire des globules rouges… mais si !). Et dans ce cas, la tentation va être grande de monter encore un peu le fer… c’est un cercle vicieux.

 

Et dans le cas qui nous occupe, c’est un autre exemple de carence secondaire.

 

Encore une hypothèse : vous avez une quantité de zinc apportée en excès. Dans ce cas, le phénomène est un peu différent car l’organisme met en place un dispositif pour réguler l’entrée du zinc. Mais ce mécanisme agit aussi « par erreur » sur le cuivre. Bref, ce sont deux minéraux qui sont en compétition au niveau de l’absorption. Dans ce cas, on se retrouve avec :

 

Suffisamment de cuivre dans l’alimentation +

Compétition trop intense avec le zinc  =
Baisse de la teneur en cuivre du sang.

 

Et nous revoilà dans un cas de carence secondaire.

 

Évidemment, on peut espérer qu’on est dans le cas simple d’une carence primaire. On peut aussi se dire que si on force la dose, même mal absorbée, il en passera tout de même suffisamment pour que, bon an mal an, on tire son épingle du jeu.

 

Sauf que si le zinc entre en compétition avec le cuivre, fatalement le cuivre entre aussi en compétition avec le zinc et qu’un apport en cuivre les yeux fermés peut donner une carence secondaire en… zinc.


Et puis, il y a toujours le risque de toxicité qui varie selon l’espèce. Et si le cheval est peu sensible aux excès de cuivre, les bovins le sont beaucoup plus.

 

Savoir apprécier et consommer avec modération…

 

Catherine Kaeffer

 

Pré d'automne. Techniques d'élevage. Tous droits réservés.

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