Opinions et consensus

Publié le par Catherine, Francois et Anne

Lorsqu’on se pose une question ou que l’on veut se faire une opinion sur un sujet donné, on consulte souvent plusieurs sources d’information. Cette pratique s’est encore accrue avec la montée en puissance du net et l’avènement des réseaux sociaux.

Comme le journaliste qui recoupe ses sources, comme Colombo qui pose les mêmes questions encore et encore, on consulte les sites d’avis sur l’hôtel qu’on va choisir, sur le plat du Chef. On est loin du seul coup d’œil au livre plus gros que la Bible, plus sensuel que le Kama Sutra… j’ai nommé le Guide Michelin.

Pour nos animaux aussi, dès qu’on a un problème, on saute sur notre clavier pour surfer sur les sites et échanger dans les groupes FB… loin de moi l’idée de critiquer les apports de ces groupes, nous en administrons plusieurs !

Mais lorsqu’on pose 10 fois la même question, sur 10 groupes différents, avec leurs orientations particulières et le simple fait que les interlocuteurs changent, on va bien sûr avoir des réponses qui peuvent se recouper mais aussi forcément des visions divergentes.

Et on en arrive à la situation paradoxale qui fait que lorsque, pour mettre un terme à ce tohu-bohu, on pose la question à un 11e groupe pour enfin avoir LA réponse, on se retrouve devant une 11e réponse qu’on n’avait pas encore envisagée. Et celle-là a de fortes chances d’être balayée d’un « j’ai déjà demandé partout et on ne m’a jamais parlé de cela ! » aussi rageur que définitif. In fine, on sombre dans « je suis perdu, je ne sais plus que penser » pour en général ne rien changer à sa façon de faire parce qu’on ne sait plus à quel saint se vouer.

Nous sommes une époque de consensus. Une idée est vraie si elle est partagée. Vous soumettez vos publications à un comité d’experts reconnus. Vous êtes audités pour savoir si vous faites bien le boulot que vous faites depuis des années. Vous avez raison car vous appartenez à une mouvance, à un groupe qui porte des valeurs auxquelles vous adhérez. Votre pensée est juste parce que d’autres la jugent ainsi.

Bref, vous posez 10 fois la même question dans 10 lieux différents pour que l’obtention de 10 fois la même réponse vous rassure en vous disant in petto que si on vous a dit 10 fois la même chose, c’est forcément qu’elle est vraie et indiscutable. Vous êtes dans le vrai si vous pensez comme tout le monde.

Cette méthode paraît prudente et raisonnable. Elle élimine les données aberrantes. Elle aurait donc éliminé aussi bien la mémoire de l’eau que la relativité. Dans un cas, elle aurait effectivement évité la publication d’une théorie contestable. Dans l’autre, elle aurait bloqué un bond de géant dans notre compréhension de l’univers.

Elle est à la fois un bon garde-fou et un instrument de nivellement.

Ange ou démon ?

Dans le monde des blogs, on assiste aussi à cette dichotomie entre ceux qui présentent l’opinion de leur auteur et ceux qui corrigent les articles au fur et à mesure des critiques (constructives ou non) des lecteurs.

Nous avons choisi notre camp. Nous croyons à l’intérêt fondamental de l’ouverture des possibles. Nous pensons qu’une opinion divergente, fut-elle iconoclaste peut inaugurer une nouvelle façon d’appréhender la réalité. Au moment où elle est énoncée, une opinion est la petite pierre qui roule sur le flanc de la montagne. Elle peut s’arrêter seule au bout de quelques mètres, elle peut entraîner une avalanche et transformer profondément le paysage.

Catherine Kaeffer

 

Opinions et consensus

Publié dans Sujets qui fâchent

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