Impact du ramassage des crottins sur la fertilité d’un pâturage

Publié le par Catherine, Francois et Anne

 

 

Les pâturages fournissent une part importante de l’alimentation des chevaux. Si on envisage la prairie comme un système en équilibre, les « entrées » doivent être égales aux « sorties ». Autrement dit, les éléments apportés doivent compenser les prélèvements que font les animaux en broutant l’herbe ou l’agriculteur en la fauchant sans quoi la pâture s’appauvrit inexorablement année après année.

 

Dans les prairies naturelles utilisées par les équins, l’apport d’engrais est généralement faible à inexistant. Les crottins et l’urine sont alors la principale voie d’apport de nutriments au sol et partant à la plante.

 

Globalement, ces restitutions constituent un flux de nutriments très important. Les crottins sont évidemment moins riches en azote que l’urine.

 

Les crottins sont composés d’eau, de résidus de fourrage non digérés (fibres végétales constituées principalement d’hémicellulose, de cellulose et de lignine), de métabolites, de microorganismes et de métabolites microbiens. Ils représentent donc un flux significatif de Matière Organique. Ce flux d’éléments peut avoir des effets directs et indirects sur le fonctionnement de la prairie via des changements dans la disponibilité des ressources et les interactions biotiques (animal-plante-sol). Les crottins peuvent aussi transporter des graines ou créer des conditions environnementales favorisant des espèces particulières.

 

Chez le cheval, l’azote excrété dans les crottins est constitué de 85 à 95 % de protéines dont 57 % sont des protéines microbiennes et 43 % des protéines endogènes (mucus, enzymes digestifs...). Les fèces du cheval ne contiendraient que 5 à 8 % d’azote ammoniacal.

 

Au cours de la saison de pâturage la teneur en azote des déjections solides diminue parallèlement à la baisse de digestibilité de l’herbe. Un cheval de selle de 500 kg à l’entretien nourri à volonté avec des fourrages verts de prairie naturelle a une teneur en azote des crottins comprise entre 1,8 à 2,4 % de la matière sèche (MS) selon le stade de la végétation.

 

La teneur en phosphore des déjections est de l’ordre de 0,9 à 1,1 % MS et la teneur en calcium de 1,1 à 1,3 % MS. L’excrétion fécale du calcium augmente avec la teneur de l’herbe et, dans une certaine mesure, avec la teneur en phosphore. L’excrétion du phosphore augmente avec les teneurs en phosphore et en calcium de l’ingéré mais, dans ce dernier cas, seulement lorsque le rapport Ca/P ne dépasse pas 2,5 à 3,0.

 

L’excrétion du magnésium (0,2 à 0,3% MS) est accrue par les teneurs en magnésium, phosphore et calcium de l’herbe. La teneur en potassium des déjections est de l’ordre de 0,2 à 0,3% de la matière sèche.

 

Au niveau quantité, un cheval adulte de 500 kg à l’entretien nourri à l’herbe ou au foin produira 4 kg de crottins par jour pour une consommation de 9,5 kg de matière sèche de fourrage. S’il s’agit d’une jument en lactation, comme elle mangera plus pour couvrir ses besoins, il faut compter entre 35 et 40 % de plus de crottins. De même le jeune en croissance, à 2 ans, aura une production de crottins plus importante qu’un adulte comparativement à son poids. Pour un cheval de trait de 700 kg, compter 6,6 kg de crottins par jour.

 

Évidemment, si on regarde un cycle de végétation, comme au fur et à mesure l’herbe devient de moins en moins digestible, la production de crottins peut augmenter de 10 à 30 %.

 

Donc si on estime à 75 % la teneur en eau des crottins, un cheval de selle de 500 kg à l’entretien, apporte à la prairie 4000 x 0,75 x 0,02 = 60 g d’azote par jour.

 

Ramasser les crottins a donc des conséquences multiples sur l’équilibre de la prairie et par voie de conséquences sur le cheval :

 

Cela limite la réinfestation parasitaire. C’est d’ailleurs dans ce but qu’on le fait.

 

Par contre, cela diminue globalement l’apport d’éléments nutritifs à la prairie. Sachant que déjà sans l’apport de fertilisants, le système est déséquilibré (plus de sorties que d’entrées) et que la prairie s’appauvrit dès que le niveau de pâturage est conséquent, le fait de ramasser les crottins accentuera ce déséquilibre (sauf s’il y a apport ensuite de fumier composté bien sûr mais dans ce cas, cela s’assimile à une fertilisation).

 

Ce déficit sera plus marqué pour le phosphore et le potassium, l’azote étant apporté aussi par l’urine.

 

Sur le plan de la matière organique du sol, une prairie est souvent assez bien pourvue car on a un apport continuel d’humus jeune puis stable à la mort des racines. L’apport des crottins est cependant une source de matière organique  qui va entrer dans le cycle de l’humus.

 

Le ramassage des crottins a aussi un impact sur la faune invertébrée coprophage. D’une part, en l’absence de crottins sur la parcelle, elle ne pourra se développer. D’autre part, si tous les crottins sont laissés, y compris ceux correspondant aux jours suivants l’administration de vermifuges, les mortalités peuvent être importantes.

 

Catherine Kaeffer

Zones de refus et herbe rase. Techniques d'élevage. Tous droits réservés

Zones de refus et herbe rase. Techniques d'élevage. Tous droits réservés

Publié dans Pâturage

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