Bien gérer un pâturage : le mauvais fonctionnement

Publié le par Catherine, Francois et Anne

 

Nous avons vu qu’une espèce herbagère avait la capacité de constituer des réserves et de les mobiliser en cas de défoliation et décortiqué le fonctionnement normal d’un pâturage.

 

Maintenant comment ce beau système peut-se gripper ?

 

 

Mauvais fonctionnement d'une prairie. Techniques d'élevage. Tous droits réservés

Mauvais fonctionnement d'une prairie. Techniques d'élevage. Tous droits réservés

 

 

Sur le schéma, vous voyez à gauche la plante entière, possédant des feuilles qui lui assurent un apport de nutriments qu’elle utilise pour sa croissance ou qu’elle met en réserve. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes !

 

Arrive un pâturage. Autrement dit, une défoliation et donc une perte de capacité de synthèse des feuilles puisque les feuilles, il n’y en a plus.

 

Si la plante a des réserves, pas de problème, elle repart. C’est le fonctionnement normal du pâturage.

 

Mais si par exemple, le pâturage a été effectué trop bas. La base de la tige a été consommée et avec une bonne partie des réserves de la plante qui s’y trouvent situées. La plante alors n’a plus de réserves. Plus de réserves, plus de photosynthèse, elle meurt.

 

C’est le cas classique du surpâturage.

 

Logiquement, les plantes qui y résistent le mieux sont celles qui ont leurs réserves plus bas, dans les racines ou les stolons comme pour le trèfle blanc.

 

Supposons maintenant qu’on ait un temps de repos insuffisant entre deux pâturages. Après le premier pâturage, la plante utilise ses réserves pour repartir et synthétiser de nouvelles feuilles, ses capteurs solaires. Mais comme le second pâturage arrive trop tôt, elle n’a pas eu le temps nécessaire pour refaire ses réserves. Au deuxième tour, elle se retrouve donc sans capteurs solaires et sans réserves. La messe est dite.

 

Alors vous allez me dire : insuffisant, c’est combien de temps ? Et bien c’est comme pour le fût du canon cher à Fernand Raynaud… un certain temps.

 

Au-delà de la boutade, le phénomène est simple à comprendre.

 

Le temps de repos nécessaire après le pâturage est le temps  qu’il faut à la plante pour refaire ses feuilles d’une part et reconstituer ses réserves d’autre part.

 

Supposons que nous soyons en période ensoleillée et suffisamment humide comme au printemps. Le temps de repos indispensable sera court de l’ordre de 3 semaines.

 

Mais si nous sommes en période sèche au beau milieu de l’été, le manque d’eau limitera la capacité de la plante à prélever les nutriments du sol et à maintenir son hydratation. Il y aura bien des feuilles mais malgré le soleil, elle produiront moins. La croissance sera ralentie, les synthèses aussi. La reconstitution des réserves prendra plus de temps. Ce sont les temps de repos plus longs quand vient l’été surtout en région sèche. On passe facile à 5-6 semaines.

 

En période froide, toute croissance s’arrête. Même s’il fait beau et que les feuilles peuvent jouer leur rôle de capteur solaire, les synthèses ne se font pas. Les réserves s’accumulent éventuellement mais la plante ne récupère pas. Le temps de repos en hiver est compris selon les régions entre 100 et 150 jours. Pour une fois, cheval et herbe sont d’accord. Pâturer en hiver, c’est consommer une herbe de mauvaise qualité nutritive, éventuellement si on a un hiver froid et ensoleillé absorber un maximum de fructanes et s’acharner sur cette pauvre plante au risque de la faire passer de vie à trépas. Dans le meilleur des cas, elle aura un mal fou à repartir au printemps.

 

Catherine Kaeffer