Arthrose, déficit immunitaire, dermatose et alimentation lipidique du cheval âgé

Publié le par Alpha et Omega

 

Au fur et à mesure que le cheval vieillit, le foie est de moins en moins efficace. Les conséquences de cette insuffisance hépatique peuvent rester longtemps subcliniques. Cependant, on peut avoir des troubles de la sécrétion biliaire qui limitent l’efficacité de la digestion des lipides et partant des vitamines liposolubles.

 

En effet, le foie convertit les AGE (acides gras essentiels) en leurs dérivés métaboliques qui seront utilisés par l’organisme notamment au niveau des membranes cellulaires. Ainsi, les lipides interviennent dans la perméabilité et les qualités fonctionnelles des membranes biologiques. Ils interviennent aussi dans la synthèse des eicosanoïdes. C’est à cette famille de molécules qu’appartiennent notamment les prostaglandines ou les leucotriènes.

 

Or il existe 3 séries d’eicosanoïdes numérotées de 1 à 3. Chaque série correspond à une grande voie de synthèse et à comme point de départ un type d’acide gras essentiel. C’est donc la composition en acides gras de l’alimentation qui fait que l’organisme produira plus ou moins de telle série d’eicosanoïdes.

 

Il faut se rappeler que les séries 1 et 3 ont des propriétés anti-inflammatoires, stimulent l’immunité et font baisser le cholestérol sanguin. Les séries 2 ont les propriétés inverses.

 

Chez l’animal âgé, l’activité de la Δ 6 désaturase diminue. Or cette enzyme intervient à deux niveaux :

 

1. Dans le métabolisme des oméga 6, elle permet le passage de l’acide linoléique à l’acide gamma linolénique qui est le précurseur des protaglandines de la série 1.

 

2. Dans le métabolisme des oméga 3, elle intervient dans la transformation de l’acide alpha linolénique en acide eicosapentaénoïque précurseur de la série 3.

 

Une enzyme moins efficace, cela signifie moins de synthèse dans les séries 1 et 3 et donc proportionnellement un accroissement du pourcentage des séries 2, qui favorisent la coagulation, l’inflammation, les allergies et diminuent l’immunité. Les séries 2 sont utiles à doses modérées lors d’une infection par exemple mais si elles deviennent trop importantes, elles favorisent l’apparition de la fièvre, des arthroses et la formation de caillots sanguins. On constate alors des risques accrus de troubles circulatoires, de déficits immunitaires, de problèmes de peau voire de cancers.

 

Il est donc important pour le cheval âgé de renforcer les apports nutritionnels en AGE oméga 3. Il faut aussi augmenter les apports en facteurs anti-oxydants comme le béta-carotène, la vitamine E, le sélénium, le fer, le cuivre, le zinc et le manganèse.

 

Comme c’est la Δ 6 désaturase qui est déficiente, on peut avoir intérêt à la court-circuiter en donnant non pas l’acide gras en amont de son action mais directement celui qui est en aval.

 

Par exemple, dans les oméga 3, si vous les apportez sous forme d’acide linolénique (soja, lin, herbe jeune), ils seront moins bien utilisés par le cheval âgé que si vous fournissez directement le produit qui est l’acide eicosapentaénoïque contenu dans l’huile de poisson. Cela explique l’effet démontré de l’huile de poisson sur les arthroses.

 

Autant pour certains chevaux l’huile de poisson, c’est une gourmandise, autant d’autres s’enfuient rien qu’en voyant la bouteille. Dans ce cas, on peut faire la même démarche dans la série des oméga 6 en remplaçant l’huile de maïs, de tournesol ou de pépin de raisin riches en acide alpha linoléique (en amont de l’action de la Δ 6 désaturase déficiente) par de l’huile d’onagre, de pépins de cassis ou de bourrache qui elles vont apporter directement le précurseur de la série 1.

 

Catherine Kaeffer

 

Poney âgé. Techniques d'élevage. Tous droits réservés

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