Calcul de la ration d’un cheval : contrôler les résultats

Publié le par Alpha et Omega

Que vous l’ayez faite à la main, à l’ancienne ou bien avec un logiciel, le résultat d’un calcul de ration doit être vérifié avant d’être accepté.

Car finalement un calcul, ce n’est que des additions et des multiplications. Mais ce qui en fera la valeur c’est la pertinence des chiffres que vous aurez pris comme base du calcul et aussi la lecture critique que vous en ferez.

Les chiffres de base

C’est l’étape qu’on a le plus tendance à sauter, à bâcler. C’est comme la préparation des fonds avant de faire une peinture. On a toujours l’impression que l’on n’avance pas et que l’on perd son temps. Et pourtant, comme pour la peinture, c’est ce qui fera la beauté et la solidité du résultat, la différence entre un peintre de métier et un barbouilleur du dimanche.

Si vous ne le faites pas, votre calcul sera un colosse aux pieds d’argile.

Les principaux points d’achoppement dans cette partie sont :

Au niveau du cheval

L’estimation parfois très approximative du poids du cheval qu’on fait à l’œil sans prendre le temps de mesurer exactement la taille et le périmètre thoracique. L’estimation à l’œil est généralement bonne chez les personnes qui réalisent souvent des pesées. Mais pour la plupart des gens, on se trompe facilement de 50 kg sur un cheval.

L’évaluation du travail souvent peu conforme à la réalité. En effet, on estime l’intensité d’une séance de travail mais on oublie très souvent qu’en fait, le cheval ne travaille qu’un jour sur deux par exemple. Dans ce cas, en moyenne c’est comme s’il faisait ½ séance de travail par jour. L’hiver quand la nuit tombe vite, on travaille souvent seulement ½ heure au lieu d’une heure. Parce qu’il y a de la boue, on ralentit les allures et on fait un travail plus de réflexion…

Les poulains sont souvent considérés comme des « chevaux qui ne travaillent pas » alors que ce sont des chevaux en croissance.

Au niveau des aliments

L’estimation de la quantité de foin réellement consommée. On a tendance à minimiser les pertes qui peuvent cependant arriver à 30 %. On calcule le nombre de rounds distribués mais on oublie que régulièrement, on en enlève une partie avant de le donner aux chevaux.

L’estimation des apports liés au foin et notamment au niveau minéral et vitaminique nécessite une bonne expérience du terrain et des différences entre régions.

Les erreurs sont fréquentes sur le poids réellement distribué puisque au quotidien, on parle en litres. L’étape de la pesée des aliments sur une balance de cuisine est un incontournable. En outre, même en utilisant la même mesure, il est possible qu’il y ait des différences allant jusqu’à 15 % entre ceux qui remplissent la mesure en laissant une garde et ceux qui ont tendance à la servir « bombée ».

L’utilisation d’un logiciel tout fait qui inclut dans ses données des tables de composition chimique est à utiliser avec recul. En effet, le « foin moyen » de Normandie n’a pas grand chose à voir avec le « foin moyen » du Massif central.

Dans tous les cas, vérifiez que vos chiffres sont plausibles. 3 kg de fourrage dans une ration pour un cheval de 500 kg, cela doit attirer votre attention. Un besoin supérieur à 7 UFC n’est pas anodin non plus et doit avoir une justification.

 

Contrôler les résultats

La phase de calcul elle-même est parfois automatisée mais sinon reconnaissons qu’elle est du niveau de tout élève de CM1. Elle ne pose généralement que peu de problèmes.

Par contre, les résultats obtenus doivent être analysés pour savoir s’ils sont corrects.

Certains points sont totalement incontournables :

- Les quantités de matière sèche ingérées doivent être inférieures à la capacité d’ingestion. Une minoration de 1 kg de MS est souhaitable pour un cheval sans embonpoint.

- L’apport énergétique en UFC soit être exactement égal aux besoins. Une différence de 0,2 UFC ou plus n’est pas acceptable.

- L’apport protéique MADC doit être supérieur aux besoins. On tolère un dépassement relativement important.

- Les apports en calcium, phosphore, magnésium et pour tous les oligo-éléments doivent être supérieurs aux besoins.

- Vérifiez que vous ne passez pas les seuils de toxicité pour les éléments que vous avez.

- Le pourcentage de fourrage doit être au minimum de 60 % pour un cheval adulte. Il peut être différent en fonction de l’âge.

- Ce n’est que lorsqu’on a validé tous ces points qu’on peut s’intéresser aux rapports entre les éléments : rapport protidoénergétique, phosphocalcique, cuivre/zinc.

 

L’utilisation de logiciels ad hoc donne au calcul une apparente facilité. Cependant, ils recèlent quelques chausse-trappe dont il convient de se méfier :

- Les valeurs données pour les aliments ne correspondent pas forcément à votre situation. Il faut donc les reprendre une par une pour vérifier leur conformité.

- L’accent est mis sur les rapports alors que les niveaux d’apport sont souvent à chercher dans le calcul. Et pourtant, s’ils ne sont pas respectés, les rapports ne veulent rien dire.

- Certains oligo-éléments comme le sélénium ou l’iode ne sont généralement pas calculés. Dans ce cas, il vous faudra faire le calcul à la main car ce sont souvent des éléments qui posent problème.

 

Catherine Kaeffer

Poney en train de manger. Techniques d'élevage. Tous droits réservés

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