Les différentes sources d'énergie

Publié le par Catherine Kaeffer Alpha et Omega

Apporter de l’énergie à un cheval, c’est comme mettre de l’essence dans sa voiture : c’est le carburant nécessaire pour que le moteur tourne. L’essence est brûlée pour produire à la fois de la chaleur et du mouvement. Pour un organisme vivant, l’énergie est nécessaire pour « l’entretien » c’est-à-dire faire toutes les synthèses indispensables au maintien du corps que ce soit faire marcher le cerveau, produire des anticorps ou bien remplacer au fur et à mesure les cellules de l’intestin ou du foie. L’énergie est aussi nécessaire pour le mouvement et pour produire de nouveaux tissus comme lors de la croissance ou de la lactation. Enfin, elle sert à maintenir constante la température corporelle. Cette énergie repose sur un apport de « carburant » qui ne peut se faire que par l’alimentation.

 Chez le cheval adulte, la première source d’énergie est la cellulose brute, autrement dit les fibres. Elle se fait en grande partie via l’apport en fourrage (herbe, foin, enrubanné, paille). Ces fibres sont très résistantes et ne peuvent pas être digérées par les enzymes de l’intestin grêle. Elles vont donc arriver au gros intestin où elles seront dégradées par la flore microbienne qui s’y trouve. Les produits terminaux de cette digestion sont les acides gras volatils (acétique, propionique, butyrique…). Cette dégradation s’accompagne d’une production importante de chaleur et de gaz. Parmi ces acides, seul l’acide propionique permet de produire du glucose, qui est le carburant exclusif du cerveau.

 La seconde source d’énergie chez le cheval est constituée des glucides qui peuvent être très simples comme le saccharose du morceau de sucre ou de la betterave, le fructose d’une pomme ou un peu plus complexes comme l’amidon d’une céréale. Ces sucres, s’ils sont donnés en quantités raisonnables, sont très bien utilisés au niveau de l’intestin grêle et produisent directement du glucose avec un très bon rendement (donc une production de chaleur faible). Une fois dans le sang, le glucose est le carburant privilégié des organes et le seul accepté par le cerveau qui est le plus exigeant de tous. Dans les sucres, un cas particulier est celui des fructanes qui sont des sucres de réserve des plantes particulièrement résistants et qui donc ne sont pas attaquables dans l’intestin grêle. 

 La troisième source d’énergie, ce sont les lipides que l’on trouve de plus en plus souvent dans les rations que ce soit sous forme de graines oléagineuses comme le lin ou d’huile. Ils servent à fournir des acides gras essentiels mais au-delà, c’est une source énergétique très concentrée, bien digérée par les équidés et bien métabolisée dans le travail d’endurance. A noter que c’est aussi une forme de stockage d’énergie par le cheval qui donc lorsque sa ration ne couvre pas ses besoins a recours à ses lipides endogènes pour la compléter.

 Déterminer l’alimentation qui convient à son cheval c’est notamment déterminer comment on va répartir les apports en énergie entre les différentes sources : fibres, glucides et lipides. Sur l’étiquette de votre aliment, vous trouverez d’une part la valeur énergétique de celui-ci exprimée en UFC (ou EM = Énergie métabolisable en kJoules) et d’autre part, la répartition des différentes sources : les glucides (Amidon ou Amidon et sucres), les lipides (Matières Grasses) et les fibres (Cellulose Brute). Pour un apport énergétique donné, il n’y a pas de secret : si pour une raison ou une autre, vous ne pouvez pas ou peu utiliser une des formes d’apport, il faudra compenser par une autre.

 Quelques exemples d’application de cette loi :

 L’alimentation des chevaux à forts besoins

Pour les chevaux à activité très élevée ou pour les poulinières suitées, les besoins sont extrêmement importants. Dans ce cas, on sera limité pour les fourrages par le volume que le cheval peut ingérer et digérer dans son gros intestin. On aura alors recours à la seconde source d’énergie à savoir les céréales. Mais là, on sera limité à un moment donné par les capacités digestives de l’intestin grêle. Une augmentation de l’apport au-delà de ce seuil donne ce qu’on appelait classiquement dans les écuries de courses un cheval « brûlé à l’avoine ». Si en restant à des quantités de céréales acceptables pour une bonne digestion, les besoins énergétiques ne sont toujours pas couverts, la seule solution qu’il reste est d’augmenter la part de lipides de la ration.

 Les aliments pauvres en amidon

Actuellement, on crie haro sur l’amidon qui serait responsable bien des maux de nos chevaux modernes. Il est vrai que certains chevaux sont particulièrement sensibles à l’apport en amidon de la ration. C’est le cas des chevaux qui ont un problème du métabolisme comme l’insulinorésistance ou un cushing, mais aussi ceux qui ont des ulcères à l’estomac ou qui sont sujets aux coups de sang ou à la fourbure. Pour ceux-là, il est logique, une fois la maladie diagnostiquée par le vétérinaire d’opter pour une alimentation pauvre en amidon. Mais il faut néanmoins qu’ils trouvent suffisamment d’énergie dans leur ration pour rester en état. Si le cheval a de faibles besoins, les fibres suffiront à les couvrir et donc le cheval pourra être alimenté exclusivement avec des fourrages à condition que ceux-ci ne contiennent pas trop de sucres. Mais si le cheval a des besoins plus importants du fait d’un travail soutenu par exemple, les fourrages ne suffiront pas. Comme il n’est pas souhaitable pour ces chevaux d’apporter des céréales, la seule voie qu’il reste, ce sont les lipides. C’est pour cette raison que les aliments qui sont soit sans céréales, soit à teneur réduite en amidon sont toujours très riches en lipides.

 L’alimentation des vieux chevaux

L’alimentation des vieux chevaux doit contenir assez de cellulose pour éviter la constipation ou les coliques de stase mais pas trop parce qu’en vieillissant le cheval a de plus en plus de mal à digérer. En outre, les pertes de dents entraînent une mauvaise mastication qui fait que le foin, mal broyé, peut entraîner des problèmes digestifs. Partant, la quantité de fourrage étant moins importante, il y a un moindre apport énergétique par les fibres. Il convient donc de compenser en apportant à la fois des glucides et des lipides. Sauf contre-indication, on opte généralement pour une répartition des apports entre les deux qui surmène moins chacune des voies métaboliques.

 L’alimentation des poulains

Plus les poulains sont jeunes, moins ils sont aptes à digérer les fibres. Ce n’est qu’aux alentours de 18 mois qu’ils auront les capacités digestives de l’adulte. Pour un poulain de moins de 12 mois, il n’est donc pas possible de compter exclusivement sur l’apport en foin ou en herbe pour le nourrir. Avant le sevrage, il y a le lait de la mère, mais celui-ci n’est réellement suffisant que jusqu’à 4 mois environ. Au-delà et après le sevrage, il faut apporter l’énergie importante nécessaire à la croissance du poulain. Les fibres étant déjà fournies par l’herbe que le poulain consomme de lui-même, l’aliment ajouté devra baser son apport en énergie essentiellement sur les glucides et sur les lipides.

Catherine Kaeffer

Découvrez le poster sur La digestion chez le cheval réalisé par TE
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Chevaux de trait au pré. Techniques d'élevage. Tous droits réservés

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