Du cheval non ferré au cheval pied nu

Publié le par Catherine Kaeffer. Alpha et Omega

Dans les écuries que j’ai fréquentées jeune, une majorité de chevaux étaient ferrés.

Mais moi qui m’occupais des jeunes, des petits, des obscurs, des sans-grade, travaillais le plus souvent des chevaux non ferrés.

Est-ce que j’en étais fière ? Non. Ils n’étaient pas ferrés parce que pour eux, « cela ne valait pas le coup ». Ils ne travaillaient pas assez pour s’user vraiment les pieds et avoir besoin d’une protection. Ils n’étaient pas destinés à faire des exploits sportifs qui nécessitaient des soins coûteux. Leur génétique obscure et souvent métissée ne les classait pas dans les « beaux chevaux » mais bien dans les chevaux rustiques destinés aux cavaliers moyens…

Du coup, à l’époque, le fait pour un cheval de n’être pas ferré relevait surtout soit du fait qu’il n’en avait pas besoin, soit du fait qu’il ne valait pas assez cher pour qu’on fasse la dépense.

Est-ce que cela changeait ma façon de travailler ? A vrai dire, pas vraiment. Je ralentissais sur le macadam mais de toutes façons je l’aurais fait aussi s’ils avaient été ferrés par peur des glissades. Je prenais avec précaution les endroits pierreux mais là encore, je l’aurais fait avec un cheval ferré. Et pour les chevaux que je travaillais, ferrés ou pas, on ne leur aurait pas demandé des heures et des heures de travail quotidien, de trot sur le macadam comme en attelage ou des exploits sportifs. Etre de bons chevaux d’amateurs éventuellement éclairés mais d’amateurs tout de même, devenir des chevaux de loisir agréables et francs était leur avenir.

Aujourd’hui, ces mêmes chevaux ne seraient plus non-ferrés, ils seraient pieds nus. Ils ne le seraient pas parce que pour eux la ferrure n’était pas utile, ils le seraient suite à une démarche philosophique et volontariste de ma part. Ils ne seraient plus des chevaux classiques, mais des chevaux au naturel. Ils ne travailleraient plus comme n’importe quel cheval, mais je me poserais des questions métaphysiques sur leurs particularités au travail et je m’extasierais parce qu’ils peuvent faire telle ou telle chose même en étant pieds nus. Je ferais partie d’une communauté, d’un mouvement de pensée.

Alors quand je me retourne sur mon passé, je me sens comme Monsieur Jourdain qui disait de la prose sans le savoir.

Catherine Kaeffer

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Pied nu. Techniques d'élevage. Tous droits réservés

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