Quand mettre un nouveau round de foin ?

Publié le par Catherine Kaeffer Editions Alpha et Omega

Dans une distribution par round, il est fréquent qu’on ait un seul râtelier à foin qu’il soit en plastique ou en galva, couvert ou pas.

La question se pose donc de savoir à quel moment, on va remplacer le vieux round par un neuf. Ce point peut paraître anecdotique mais il est d’une grande importance dans la gestion de l’alimentation.

En pratique, on observe 3 attitudes possibles :

  1. Le nouveau round est mis à disposition alors qu’il reste encore un peu de l’ancien notamment les parties les moins belles moins appréciées. Le vieux foin est soit sorti du râtelier et mis en tas ailleurs par exemple pour faire une litière ou pour des animaux moins exigeants, soit de fait, on dispose de deux râteliers et on charge alternativement l’un puis l’autre.
  2. Le nouveau round est mis à disposition alors que même les parties les moins belles ont été consommées.
  3. Un délai variant de ½ journée à 1 journée s’écoule entre la fin du vieux round et la mise à disposition du nouveau.

Les arguments pour choisir l’une ou l’autre de ses pratiques sont : disponibilité, volonté de limiter le « gâchis », avoir une alimentation la plus constante possible, avoir une alimentation de haute qualité etc.

Avec la stratégie 1, les chevaux sélectionnent dans ce qu’on leur propose le foin le plus appétent et délaissent les couches extérieures qui ne seront alors pas consommées. On peut donc avoir un volume important de foin qui sera « gâché » ce qui en période de foin cher et difficile à trouver peut choquer.

Actuellement, de nombreux systèmes visent à limiter ce gâchis comme les filets de round ou bien d’attendre un peu pour mettre un nouveau round. Ils ont donc tous comme effet premier de limiter les possibilités de choix du cheval, soit au jour le jour, soit avec une périodicité de quelques jours / semaines. À une époque où beaucoup de courants de pensée prônent un retour du cheval à des comportements ancestraux de sélection de son alimentation et à la diversité floristique des prairies, de telles méthodes naviguent à contre-courant.

D’autre part, la question se pose alors de savoir ce que l’on fait des refus : les donner à des animaux moins exigeants peut se concevoir si le foin refusé est certes moins appétent, mais de bonne qualité hygiénique. Par contre, s’il est moisi, aucun animal n’en sera satisfait. De la même façon, utiliser un foin qui a pris l’eau et qui est plein de moisissures et de poussières comme litière peut entraîner à terme une augmentation des difficultés respiratoires des chevaux.

J’ai parfois vu mettre ce type de foin au fumier mais là encore, si le foin est cher et rare, ce n’est pas quelque chose que l’on fait de gaîté de cœur.

D’où la pratique n° 2 d’attendre que les chevaux aient consommé la quasi-totalité du foin, le bon comme le moins bon avant de remettre un round neuf.

Je ne reviendrai pas sur le risque accru de développer des soucis respiratoires. Mais forcément, le cheval ne consommera pas ce qu’il a refusé avant avec enthousiasme… il va faire un peu comme un enfant qui après un bon goûter, se retrouve devant une assiette d’épinards… il va jouer avec sa fourchette, titiller la nourriture mais la mangera du bout des lèvres. On aura donc sur les derniers jours du round, une chute de la quantité de fourrage consommée, accompagnée d’une chute de la valeur nutritive du dit fourrage et souvent de sa qualité sanitaire. Évidemment, au moment où arrivera le nouveau round, outre l’attrait de la nouveauté, les chevaux, ayant limité leur consommation depuis quelques jours, vont se jeter dessus. On a donc une augmentation du risque de désordre digestif par variation du volume ingéré.

Cette situation ne sera pas trop délétère sur un cheval adulte peu sensible. Elle peut avoir des conséquences importantes sur les poulains, les allaitantes (avec une chute de la production laitière qui remontera certes mais pas totalement voire une perte d’état), les vieux chevaux et les animaux faibles qui ne pourront pas facilement s’adapter. Elle sera plus délétère pour les animaux dominés que pour les dominants.

Sur un plan nutritionnel, le cheval ne peut donc plus être stricto sensu considéré comme à volonté mais alterne des périodes à volonté et des périodes limitées.

L’impact d’attendre la consommation de la totalité du fourrage avant d’en remettre sera donc fonction du type de chevaux que vous avez.

La pratique n° 3 qui consiste à laisser un « trou » entre deux rounds est fréquente mais néfaste quel que soit le cheval considéré. En effet, l’adaptation du comportement se fait assez rapidement, et on a des animaux qui se goinfrent quand ils le peuvent pour pallier les périodes de disette. C’est donc tout aussi néfaste aux animaux maigres qu’aux animaux gras. Ce comportement « d’aubaine » est bien connu et peut perdurer pendant des années même après retour à la normale. Ainsi, les jeunes chevaux qui ont connu ce type de pratiques d’élevage conserveront parfois à vie une incapacité à gérer leurs quantités ingérées ce qui fera que l’homme sera obligé de contrôler leur alimentation en permanence : limitation des temps de pâture, port de paniers, pas de libre accès au foin, problèmes pour l’alimentation en groupe etc. Ce sont des troubles majeurs du comportement alimentaire qui sont lourds à gérer au quotidien.

Sur le moment les conséquences de la pratique n° 3 sont nombreuses : augmentation du risque de colique, d’intoxication, de problèmes de santé, d’agressivité dans le troupeau donc de blessures etc. Cette solution est donc à éviter.

Catherine Kaeffer

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Ane devant un râtelier. Techniques d'élevage. Tous droits réservés

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