Faire maigrir progressivement un cheval au pré. 5. Les pièges

Publié le par Catherine Kaeffer. Editions Alpha et Omega

Nous avons vu l'amaigrissement d'urgence : ses principes et son application sur un cheval au pré. Puis, nous avons abordé l'amaigrissement progressif, largement préférable quand c'est possible avec ses principes et les méthodes possibles sur un cheval au pré. 

Vous voulez donc faire maigrir votre cheval tout en lui laissant la possibilité d’aller au pré, pour qu’il ait une vie normale avec ses copains.

Parmi les pièges que vous pouvez rencontrer et qui risquent de saboter toute votre stratégie, voici les principaux :

1. Assurez une alimentation minérale suffisante

Qui dit régime dit quasi à tous les coups, plus de « repas » d’aliment ou éventuellement une poignée symbolique. Cela signifie que votre cheval n’aura que le fourrage pour seule source de minéraux. Cela ne suffira pas. Il faut donc lui apporter des minéraux et des vitamines en sus. Sinon, il risque, surtout s’il est de race rustique de ralentir son organisme et comme il fait moins de synthèses, d’avoir finalement de l’énergie en trop qu’il stockera sous forme de graisse… le contraire de votre but. Il faut donc lui assurer un apport minéral.

Qu’à cela ne tienne, entend-t-on souvent il suffit de mettre un de ces fameux seaux de pâture qui permettent au cheval de se servir. Sauf que cela ne marche pas pour deux raisons : la régulation de l’ingestion des minéraux n’est pas bonne sauf pour le sel pur. Donc, la consommation du cheval n’est pas liée à ses besoins mais au goût du produit. Moi, j’ai beau affirmer urbi et orbi que si je reprends une seconde part de gâteau au chocolat, c’est parce que je suis trop juste en magnésium, personne ne me croit ! Les mauvaises langues affirment que c’est simplement parce que j’aime le chocolat…

D’autre part, les minéraux ce n’est pas bon. Donc dans la plupart des produits on masque le goût avec autre chose comme des céréales, des herbes, de la mélasse, des tourteaux pour que ce soit goûteux. Seulement voilà, on arrive rapidement sur quelque chose qui est un aliment à part entière, qui apporte de l’énergie et non un simple complément minéral. Pour reprendre ma comparaison de tout à l’heure, s’il est vrai que le chocolat est riche en magnésium et bien plus agréable qu’un comprimé de magnésium marin dont le goût n’est pas génial, le gâteau au chocolat me fera grossir pas le comprimé.

Pour un cheval qui doit maigrir, apport non contrôlé + apport d’énergie, cela ne va pas dans le bon sens.

Cela voudra dire que paradoxalement, si vous voulez faire maigrir un cheval, vous devrez tous les jours lui donner un repas qui sera composé d’un complément minéral vitaminé judicieusement choisi et d’un peu d’aliment (le moins possible et le moins énergétique possible) pour le faire accepter.

2. Assurez une alimentation protéique suffisante

Si on est obligé ce qui est assez souvent le cas, de passer sur un régime à base de foin (ou d’herbe) en quantité limitée et pour assurer un volume suffisant de la ration de donner de la paille en complément, le risque est d’avoir un apport protéique insuffisant, la paille étant dépourvue de protéines. La solution consiste alors soit à vérifier que le foin ou l’herbe apportent une quantité suffisante de protéines, soit de compléter la paille avec l’apport d’un aliment très riche en protéines et pauvre en énergie pour avoir un apport protéique correct avec un apport énergétique faible.

3. Vérifiez qu’il n’y a pas d’apport dissimulé

Ce que j’appelle l’apport dissimulé c’est la source de nourriture dont vous n’avez pas conscience mais que votre cheval utilisera en douce. On pense généralement à la paille de la litière. Mais le cas d’école, dans certaines régions, ce sont les glands. Un cheval qui ne faisait pas attention aux glands peut se mettre à la consommer en période de régime. Or, les glands sont très énergétiques, bourrés d’amidon. On engraissait les cochons avec ! En outre, assez souvent ils ont bon goût. Donc le cheval prendra l’habitude de les consommer.

On peut aussi avoir une consommation des écorces, des ronces, des fruits tombés à terre ou dans l’arbre, des feuillages.

Dans un premier temps, on vérifie leur présence. Mais si votre cheval mange les glands au fur et à mesure, vous n’en trouverez pas beaucoup voire pas du tout et vous pouvez ne pas y penser.

Dans un second temps, il faut raisonner le problème. Un cheval de 500 kg doit pouvoir tirer d’un pré environ 40 kg d’herbe par jour. Bien sûr cela varie mais c’est pour que vous ayez un ordre de grandeur en tête. Imaginez que vous alliez avec une brouette dans votre pré et que vous deviez récupérer une grosse brouette débordante d’herbe aujourd’hui. Serait-ce possible ? Si oui, est-ce que vous auriez une chance de faire la même chose demain ? Après-demain ? Si la réponse est non et que votre cheval reste gros, il faut suspecter une autre source de nourriture : le foin que vous lui apportez peut-il faire le complément ? Si vraiment cela ne vous paraît pas possible, cherchez quelle autre source de nourriture votre cheval pourrait avoir pour rester obèse alors que manifestement, les sources de nourriture que vous connaissez ne le permettent pas.

Et puis certains chevaux étant des rois de la mendicité, ils peuvent charmer voire apitoyer les passants ou les voisins qui apporteront un petit quelque chose au cheval « qui est si mignon ».

4. Gare aux intoxications

Avec la diminution des apports humains, le cheval va rechercher des apports naturels pour compenser. L’exemple des glands dont je parlais tout à l’heure est un grand classique dans certaines régions et une fois l’habitude prise, elle va perdurer même les années où les glands sont amers et toxiques. Les multiples intoxications aux glands certaines années en sont la preuve.

On a aussi dans les vergers, les chevaux qui mangent les mirabelles ou les prunes et qui ont pris l’habitude de croquer les noyaux parce que l’intérieur est bon… mais le cyanure que contient la graine est un magnifique toxique cumulatif. À noter que si le noyau n’est pas croqué ce risque n’existe pas. Tous les chevaux peuvent le faire car rien n’est meilleur qu’une petite mirabelle. Mais en période de régime, la tentation est plus forte et l’envie de trouver des sources de nourriture complémentaire peut amener le cheval à croquer plus souvent le noyau.

Après, vous avez le cortège traditionnel des plantes du pré qui ne sont pas ou peu consommées généralement et donc qui ne posent pas de problèmes particulier mais qui peuvent être consommées en période de disette comme le millepertuis, l’aristoloche ou bien l’if, le buis, le troène, le robinier, le gui ou le cytise aubour.

Et puis, comme il est limité, le cheval va consommer tout son foin, y compris les parties moisies ou mal conservées qu’on trouve souvent en pourtour de round. Lorsqu’on a une distribution en filet, ce phénomène peut être aggravé puisque si la maille est petite, le cheval peut encore moins trier. Il va consommer de la paille s’il y a accès même si elle est souillée, lessivée ou pourrie.

5. Évitez l’utilisation d’un vieux foin

C’est le type même de la fausse bonne idée. En vieillissant un foin va perdre ses feuilles qui plus fragiles vont avoir plus tendance à tomber en poussière. En perdant les feuilles, le foin va diminuer son apport protéique ce qui ne fera pas forcément notre affaire. Mais ce qui fait la majeure partie de sa valeur énergétique, ce sont les fibres, la cellulose qu’il contient et qui est une molécule très résistante.

Au fur et à mesure qu’il vieillit, le foin va voir ses vitamines se dégrader. Les acariens de stockage, les moisissures vont se développer.

Donc en gros, vous avez un foin plus carencé, moins hygiénique, plus susceptible de provoquer des soucis respiratoires ou des réactions allergiques mais grosso modo tout aussi énergétique qu’un foin de l’année.

6. Ne traitez pas un jeune cheval comme un adulte

Lorsque vous avez un cheval en croissance qui est trop gros, il convient dans un premier temps de bien faire la part des choses entre un poulain à gros ventre et un poulain gras. Mais si effectivement il est gras, il ne faudra pas chercher à le faire maigrir mais bien à utiliser la croissance pour qu’il s’affine. Donc cela supposera dans tous les cas une alimentation très légèrement moins énergétique que prévue mais très bien pourvue par ailleurs. Le temps fera le reste.

Parce que si vous limitez l’énergie de façon un peu important, si vous lui donnez une ration trop pauvre, le poulain va utiliser son mécanisme ancestral de défense qui lui permet de passer les hivers depuis la nuit des temps : il va limiter voire arrêter sa croissance pour attendre le printemps… ou l’arrêt du régime. Si l’abondance ne revient pas, il va au bout d’un moment la bloquer.

Ce n’est pas du tout ce qu’on recherche.

Catherine Kaeffer

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