Alimentation du lapin : particularités digestives et cæcotrophes

Publié le par Anne Cat et François

 

 

Le comportement de cæcotrophie fait du lapin une espèce très particulière en matière de nutrition.

 

La digestion du lapin, dans la première partie de son tube digestif est d'une banalité déconcertante.

 

Les particules alimentaires arrivent rapidement dans l'estomac où elles séjournent entre 3 et 6 heures. La pepsine commence la digestion des protéines. Classique !

 

Dans l'intestin grêle, les enzymes intestinales et pancréatiques ainsi que la bile digèrent les éléments facilement dégradables. Aucun suspense.

 

Le gros intestin et particulièrement le cæcum, est le siège d'une dégradation bactérienne comparable à celle qu'on a chez le cheval. Des bactéries utilisent les résidus azotés, produisent des protéines bactériennes de bonne qualité, dégradent les fibres alimentaires, élaborent des vitamines B, C et K. Rien que de très commun.

 

Le contenu du cæcum constitué approximativement pour moitié de particules alimentaires non dégradées et pour moitié de corps bactériens est évacué vers le colon.

 

C'est là que le lapin s'affirme comme une espèce tout à fait à part !

 

Il y a une possibilité de tri des particules selon leur taille. En outre, le colon travaille différemment selon l'heure de la journée.

 

La plupart du temps, il s'effectue un tri entre :

 

  • une fraction liquide (produits solubles, corps bactériens et petites particules) qui est réexpédiée manu militari vers le cæcum. Un retour à l'envoyeur, en quelque sorte.

     

  • une fraction renfermant surtout les grosses particules (> 0,3 mm) qui est acheminée vers le rectum où elle forme des crottes dures riches en fibres. Elles seront expulsées la nuit entre 18 heures et 7 heures du matin.

 

Remarque : Si l'alimentation proposée est insuffisamment riche en fibres ou que celles-ci sont trop digestibles (pulpes de betteraves, de fruits), le reflux vers le cæcum fonctionne à plein régime ce qui ralentit considérablement le transit et peut entraîner des troubles digestifs graves (diarrhées, entérotoxémie).

 

Pour les fondus de nutrition, c'est pour cela qu'il est nécessaire pour une ration lapin de regarder à la fois la teneur en CB (Wende) mais aussi les ADF – NDF de Van Soest pour avoir une idée de la répartition des différentes fibres.

 

En début de matinée : si le contenu du cæcum s'engage dans le colon à ce moment-là, il y subit peu de transformations. Les contractions de la paroi forment seulement des pelotes de contenu digestif. Elles secrètent ensuite un mucus pour les enrober et les réunir par grappes de 5 à 10.

 

Ces crottes molles éliminées en général en cours de matinée, sont ingérées directement par le lapin au niveau de l'anus. Ce comportement appelé cæcotrophie est donc une coprophagie intermittente et sélective.

 

C'est un phénomène loin d'être anecdotique puisque les cæcotrophes peuvent représenter jusqu'au ¾ du contenu de l'estomac. Il permet de recycler certaines fractions de la ration deux, trois voire quatre fois et allonger le transit digestif des petites particules jusqu'à 17 à 18 heures.

 

La paroi de l'estomac produisant des enzymes bactériolytiques permettant la destruction des membranes bactériennes, celles qui sont dans les cæcotrophes sont digérées comme de vulgaires aliments.

 

Cette forme de recyclage peut couvrir 20 % des besoins en protéines et 10 % du besoin en énergie du lapin.

 

Ce que je viens de vous raconter est valable pour un lapin qui dispose de nourriture en permanence puisqu'alors, il mange la nuit. Sinon, elle apparaît 8 à 12 heures après le pic d'ingestion.

 

Ce type de comportement est assez discret et on peut facilement passer à côté. Mais sachez, si cela vous dégoûte un peu, que le lapin ne mâche pas ses cæcotrophes et que le fait que votre lapin ait ce type de comportement signifie qu'il se sent bien. En effet, l'adrénaline l'inhibe.

 

A bientôt.

Cat

 

 

Lapins sur paille. Copyright Techniques d'élevage. Nantes