Apprendre à voir…

Publié le par Anne et Cat

 

Étudiante, j’étais partie en sortie nature avec un copain, un fou d’ornithologie.

 

C’est ainsi que je me suis retrouvée, planquée derrière un buisson avec mes jumelles à chercher le volatile.

 

Tout à coup, il me dit : « Là, dans le champ, juste en face de nous, un superbe héron ! »

 

Je scrute, je plisse les yeux… je ne vois rien.

 

« Mais si, juste là, il te crève les yeux ! »

 

Bon, ce sont peut-être mes jumelles qui sont de la camelote… qu’à cela ne tienne, bon prince, il me passe les siennes, un concentré de technologie optique.

 

Et toujours rien. Je voyais tout, les arbres, les poteaux de la clôture, l’herbe, les vaches, tout… sauf le héron.

 

Et lui, mes jumelles aux yeux qui commente : « là, il baisse la tête… tu as vu comme il marche ?… »

 

De quoi vous énerver, non ?

 

Finalement, il m’a fallu un bon quart d’heure pour voir… ce qui me crevait effectivement les yeux.

 

Pourquoi ? Parce que je suis myope comme une taupe ? Certes, mais pas que…

 

La réalité c’est qu’on ne voit pas avec ses yeux, on voit avec son cerveau.

 

L’image que l’on perçoit est une reconstitution… la meilleure preuve ?

 

Nous avons tous une zone aveugle… que nous ne percevons pas. Notre cerveau reconstitue l’image à partir des données de l’autre œil.

 

Si vous êtes légèrement astigmate, vous verrez quand même le bord de la porte droit. Pourquoi ? Parce que vous savez que c’est droit.

 

Les impressionnistes ont joué avec nos capacités d’interprétation. Selon le spectateur et son expérience, le tableau « Aux courses » de Manet montrera des chevaux pleins de fougue… ou de simples taches.

 

Ne m’étant jamais intéressée aux bestioles à plumes, mon héron, je ne l’avais pas dans l’œil. Il était bien sur l’image mais mon cerveau ne l’identifiait pas.

 

Pourquoi je vous parle de ça ? Parce que très souvent, nous voyons nos animaux mais nous ne les regardons pas ce qui revient à dire que nous les entendons mais que nous ne les écoutons pas.

 

Le plissement de nez, la contracture de paupière, le manque d’amplitude dans une articulation, la lèvre pincée, le dos bloqué, l’attitude pas comme d’habitude nous ne les voyons pas… donc nous passons à côté du message.

 

Et je ne vous parle pas d’un signe qui est présent depuis des années, à bas bruit… là vous avez les plus grandes chances de ne plus en avoir conscience. C’est normal, il est comme ça.

 

Fermez les yeux et essayez de vous représenter votre animal avec tous les détails… c’est loin d’être évident !

 

Alors, quand vous êtes avec lui, c’est bien de lui demander de se connecter sur vous… mais ce serait aussi pas mal d’imposer silence aux portables, copines chahuteuses et autres distractions pour vous connecter sur lui…

 

En mettant le monde en sourdine

Afin de retrouver l'ouïe fine

On peut entendre dans le silence

Tous ceux qui braillent et ceux qui pensent

 

Cat

 

Héron. Copyright : Anne KAEFFER Techniques d'élevage. Nantes 2011

Publié dans Anecdote