Billet d’humeur : La technique, c’est simplement ch… ?

Publié le par Anne et Cat

 

J’étais allée, il y a peu, à une conférence érudite d’un grand astronome.

 

Un universitaire hors pair, un bon orateur, du genre que l’on écoute bouche bée et qui vous paraît génial lorsqu’il vous raconte la moindre anecdote.

 

Et nous voilà partis à voyager émerveillés entre les étoiles et les galaxies.

 

Il nous raconte la réussite de sa vie : envoyer une sonde explorer Mars. On est tout ouie.

 

Il nous parle de ses rencontres avec les grosses huiles de la politique, les géants de la science, les stars de la connaissance humaine… on se sent tout petit.

 

On ne peut être qu’un être exceptionnel quand on connaît tant de gens exceptionnels, n’est-ce pas ?

 

On découvre son programme d’exploration martienne dans les détails :

 

On apprend le petit nom de tous les hommes publics qui l’ont soutenu ;

 

On voit la photo de tous les grands savants qui lui ont serré la paluche, réunion après conférence, cocktail après dîner protocolaire…

 

Dans ce couplet dithyrambe accompagné de ronds de jambe, une information se faufile discrètement :

 

« Vous comprenez, c’est un projet extraordinairement difficile. Pensez, une fois là-haut, il est hors de question qu’il y ait la moindre défaillance, le moindre boulon à resserrer. Alors, j’ai demandé à un industriel de me faire un matériel parfaitement fiable. »

 

Point. Tout est dit.

 

Le nom de l’industriel, celui du type qui s’est colleté au problème… silence. Circulez, il n’y a rien à voir…

 

Le savoir faire-faire méprisant ignore le savoir-faire salissant.

 

Dans ma colombine innocence, j’aurais pu penser qu’il s’agissait d’un simple oubli.

 

Mais voilà qu’à la table ronde qui suivit, il en remet une couche :

 

« Il faut inciter les jeunes à se tourner vers la science… » Je bois du petit-lait.

 

« … parce que vous comprenez, la technique, il faut passer des années dessus pour apprendre et cela n’avance à rien. Alors que la science, cela permet de faire progresser l’esprit humain. »

 

Dieu que ce langage-là me blesse !

 

Je m’en suis retournée, tête basse, n’osant plus avouer, même dans mon for intérieur, que la technique, moi j’aime ça !

 

Et puis, comme vous le savez tous, j’ai participé au Grand Bazar des Savoirs.

 

J’ai rencontré des personnes de tous âges et de tous horizons qui sont venues s’asseoir devant moi, sans même savoir de quoi j’allais bien leur parler.

 

Et soyons honnêtes, la nutrition équine, ils s’en foutaient comme de leur première liquette.

 

J’étais presque confuse de leur en parler. J’avais l’impression d’abuser de leur temps, de leur gentillesse, de leur patience.

 

Mais entretien après entretien, soir après soir, j’ai vu chaque fois leur amabilité se changer en réel intérêt, leurs yeux s’allumer, leur bouche s’ouvrir, les enfants s’immobiliser, attentifs.

 

Ils se mettaient à suivre mon discours avec passion, acquiesçaient, s’exclamaient…

 

Jusqu’à la fin de l’entretien et ce « Merci !!! » qui n’était plus de convenance.

 

Je suis repartie gonflée à bloc.

 

Alors, la technique, c’est ch… ?

 

Cat

 

photo Yann Peucat réalisée pour le Grand Bazar des Savoirs un projet du Grand T pour le Voyage à Nantes

Publié dans Sujets qui fâchent

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :