Carences alimentaires chez la jument allaitante : Qui paie l'addition ? Partie 1

Publié le par François KAEFFER. Alpha & Oméga

Après la mise bas, on pense essentiellement au poulain et à ses possibles infections car c'est un organisme fragile qui nécessite une surveillance constante. Pourtant, c'est la jument qui doit nourrir ce nouvel être en puisant à la fois dans son alimentation et dans ses propres réserves corporelles lesquelles ne sont pas inépuisables.

La lactation est loin d'être neutre pour la jument. En effet, la jument reproductrice est un animal dont les besoins, la capacité d'ingestion, les rendements de l'utilisation des nutriments varient très rapidement au cours du cycle. Ainsi on a très souvent une suralimentation en fin de gestation, car les besoins sont alors très modérés et que la jument bénéficie d'une amélioration de l'utilisation de sa ration appelée anabolisme de gestation. Par contre, dès la mise-bas, les besoins liés à la production du lait augmentent plus rapidement que l'appétit de la jument.

Il est donc particulièrement délicat de « coller » aux besoins nutritionnels et tout décalage pourra avoir des répercutions sur l'état corporel de la jument, sa capacité à remplir mais aussi sur la quantité et la composition du lait touchant ainsi le poulain.

En connaissant les besoins alimentaires de la jument allaitante et son métabolisme, on peut savoir sur qui, de la jument ou du poulain, une carence alimentaire aura des répercutions.

Voyons donc les besoins de la jument allaitante.

Calcium et phosphore

On a une augmentation des besoins du fait de la production laitière. Ces deux composants sont stockés essentiellement dans l'os et la quantité de calcium dans le sang est fixe. Voyons sa distribution comme trois compartiments distincts : l'os, le sang et le lait.

distribution calcium

Un apport insuffisant de calcium signifie que les besoins nécessaires pour la lactation seront pris sur les réserves osseuses de la jument provoquant une ostéomalacie (rachitisme de l'adulte) ou une fragilisation des os (fractures spontanées, dégénérescence du tissu osseux, déformations...).

Le calcium et le phosphore doivent non seulement être apportés à la jument en quantités suffisantes mais en respectant dans la mesure du possible un rapport phosphocalcique de 1,5, et de toutes façons inférieur à 3.

Magnésium

Il n'existe pas de réserve, sa quantité dans le lait est donc dépendante de la concentration dans le sang. En conséquence, la carence touchera à la fois la mère et le poulain.

Cependant, elle reste rare pour la mère parce que les fourrages en sont généralement bien pourvus (sauf l'herbe jeune). Pour la jument allaitante cependant, on peut avoir des cas de tétanie par hypomagnésie.

Pour le poulain, le lait est naturellement relativement déficient en magnésium. Un poulain qui ne pourrait pas, pour une raison ou pour une autre, se tourner vers d'autres sources plus riches présenterait le syndrome du poulain contracté qui se caractérise par une démarche raide et brusque de type « pas de l'oie » et par de l'hyperexcitabilité.

On peut donc retrouver, chez les deux, les effets musculaires de toute carence en magnésium (contraction anormale des muscles).

Sodium

Il n'existe, là non plus, aucune réserve maternelle particulière. Sans un apport de sodium suffisant, on a une diminution de la production de lait afin que la concentration en sodium soit normale. On pourra aussi observer une tendance de la jument à manger ou à lécher n'importe quoi comme de la terre, des crottins ou de l'urine appelée pica.

La suite au prochain article (le temps de la digestion !)

François Kaeffer

Pour approfondir : 

Découvrez notre poster sur Les minéraux chez les équidés : Utilisations, métabolisme, excès, carences...

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Jument suitée au pré. Image soumise à droits d'auteur. Techniques d'élevage. Nantes

Jument suitée au pré. Image soumise à droits d'auteur. Techniques d'élevage. Nantes