Cheval, glucocorticoïdes et fourbure : un ménage à trois

Publié le par Anne et Cat

 

La rumeur gronde et enfle dans le milieu équestre au sujet de l'apparition d'une fourbure suite à la prise de glucocorticoïdes. Ces anti-inflammatoires, très utilisés, sembleraient être une cause de fourbure... Voyons cela !

 

Commençons par la fourbure ou plutôt par ses éthiologies (causes). Il faut bien reconnaître que l'on ne manque pas de choix :

 

  • L'alimentation par un excès d'azote (herbe de printemps et une alimentation trop riche en protéines), un changement brusque alimentaire et/ou un excès de glucides.
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  • Un traumatisme avec possibilité d'abcès où le cheval n'utilisera plus son pied blessé et donc stagnation de sang.
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  • Les autres : coliques, le syndrôme de Cushing (une augmentation anormale du taux de cortisol), inflammation du tissu musculaire lors d'un travail très intense sur long terme.
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Les glucocorticoïdes dits anti-inflammatoires stéroïdiens sont aussi des immuno-suppresseurs. Tout est dit... ou presque ! En effet, les effets secondaires de ces produits sont rattachés à leurs structures (stéroïdes) et, pour le cas de la fourbure, à son activité immuno-suppressive. Voici une liste de ces effets sur :

 

  • Le métabolisme glucidique : ils augmentent le taux glucidique dans le sang. Ces molécules sont dits "diabétogènes", c'est tout dire.
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  • Le métabolisme lipidique par une destruction des cellules graisseuses (adipocytes) et une répartition différente des graisses.
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  • Le métabolisme protéique avec un ammincissement de la peau (formation de vergetures), une fragilisation de la trame osseuse (fractures spontanées) et une démusculation progressive.
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  • Le métabolisme calcique avec une déminéralisation de l'os et une diminution de la récupération du calcium au niveau du rein et de l'intestin.
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  • L'hydroélectrolytique : légère activité sur le rein avec un risque d'oedème et d'hypertension artérielle.
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  • L'hypophyse : une diminution de l'hormone de croissance (aucun effet sur l'adulte), prolactine (hormone de la production de lait) et des hormones thyroïdiennes.
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  • Les globules blancs : une diminution des lymphocytes (dont certains produisent des anticorps), des polynucléaires éosinophiles et des monocytes (les "éboueurs de l'organisme").
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Il faut cependant noter que les effets métaboliques sont mis en place qu'après une période de 10 jours de traitement, selon la molécule et en fonction de la dose. Pour nous faciliter la tâche !

 

C'est très large donc faisons le tri en reprenant certaines causes de la fourbure :

 

  • Le syndrôme de Cushing : les glucocorticoïdes possèdent une strucure proche de la cortisol (stéroïde), l'organisme percevra ces molécules comme de la cortisol et donc on obtient un syndrôme de Cushing au bout d'un traitement de plus de 10 jours.
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  • L'immuno-suppression : comme vous le savez, certaines toxines bactériennes peuvent passer la barrière intestinale, cependant, le cheval est immunisé contre les toxines de ses bactéries habituelles. Ces produits vont baisser la quantité d'anticorps fabriqués contre, entre autres, ces mêmes toxines. Elles ne vont plus être arrêtées et peuvent ainsi provoquer, en grandes quantités, la fourbure.
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Alors, un traitement aux glucocorticoïdes amène ipso facto à une fourbure ? ... Et non !

 

Il ne faut pas oublier que ces effets secondaires ne sont effectifs qu'avec un traitement de plus de 10 jours. De plus, la ou les causes de fourbure doivent perdurer un certain temps. Une prise une fois ne provoquera pas de fourbure !

 

Ce n'est qu'un facteur de risque pas une cause. La différence ? Un facteur de risque peut révéler un problème sous-jacent qui aurait (ou pas) pu se révéler plus tard. La goutte d'eau qui peut faire déborder le vase.

 

L'utilisation de ces glucocorticoïdes doit se faire avec un minimum de précautions pour limiter les risques :

 

  • Les prendre le matin: le taux de cortisol est au maximum à ce moment-là donc l'ajout de ces molécules ne va pas beaucoup influencer puisque l'on collera au mieux avec la physiologie normale.On évite ainsi, en partie, le syndrôme de Cushing.
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  • Un régime riche en calcium, potassium, protéines, et pauvre en glucides, et en lipides (si c'est un traitement de moins de 10 jours, c'est inutile).
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François

 

Cheval au galop en CSO. Copyright Techniques d'élevage