De la mamelle à la mangeoire, l'évolution du tube digestif du poulain de 0 à 24 heures

Publié le par Catherine Kaeffer. Alpha & Oméga

Rien de commun entre le lait et l’herbe. C’est dire l’ampleur des évolutions du tube digestif du poulain entre la naissance et le sevrage. Une adaptation aux changements de régime alimentaire aussi bien morphologique que physiologique.

Dans la nature, dès son plus jeune âge, le poulain goûte spontanément aux aliments solides. Ils prennent ensuite progressivement une place de plus en plus importante. Le sevrage spontané a lieu entre 10 et 15 mois voire plus tard si la jument est restée vide.

Le poulain domestique suit la même progression mais plus rapidement. Les impératifs de l’élevage et notamment le sevrage généralement plus précoce, imposent donc à l’éleveur d’accompagner le poulain dans cette transition alimentaire pour lui permettre un développement optimal.

Manger des aliments solides, c’est bien mais encore faut-il pouvoir les digérer. D’où l’importance de comprendre comment évolue l’appareil digestif.

A la naissance

Le poulain est un nouveau-né relativement mature. Il est debout rapidement et capable de maintenir sa température corporelle constante dans des conditions climatiques rudes. L’organisation fondamentale de son intestin est établie dans les premières cinq semaines de gestation. Cependant, durant toute sa vie utérine, le poulain bénéficie d’une source continue de nutriments directement utilisables et d’une chaleur constante.

A sa naissance, brusquement, il se trouve dans l’obligation de rechercher et d’absorber activement sa nourriture. Il doit être capable de dégrader un mélange complexe de protéines de lait, de lactose et de graisses. Et son organisme doit faire la jonction entre deux repas… un challenge qu’il doit réussir dans un temps record s’il veut survivre.

Cela lui demande une tonicité générale et une maturité suffisante des fonctions de tétée, de déglutition, de vidange de l’estomac, de motricité intestinale, de régulation de la production de salive, des sécrétions gastrique, pancréatique et hépatobiliaire et des entérocytes fonctionnels capables de synthétiser les enzymes de la bordure en brosse.

Il faut de plus que les mécanismes d’absorption, la protection de la muqueuse contre les agents pathogènes, l’utilisation des produits de la digestion et l’excrétion des déchets soient opérationnels.

Inutile de dire que suivant la célèbre loi de Murphy, il y a beaucoup de grains de sable qui peuvent se mettre dans les rouages même si la plupart du temps, miracle de la vie, cela se passe bien.

La naissance a en outre modifié le circuit sanguin. Dans l’utérus, la totalité du sang arrivant par le cordon transitait d’abord par le foie. Au moment de la naissance, cette voie est coupée. Cela explique pourquoi le foie du poulain nouveau-né est si volumineux. Il représente la même proportion que le tractus gastro-intestinal soit 35 g/kg de poids vif.

Le poulain nouveau-né a un tube digestif stérile et doit donc compter uniquement sur une digestion enzymatique qui se reflète dans son anatomie : l’estomac occupe une grande place et l’intestin grêle est déjà bien développé. Par contre, le caecum et le côlon, futurs sièges de la digestion microbienne, occupent une faible proportion du tube digestif.

L’activité de la lactase, si importante dans la digestion du lait augmente 6 fois juste avant la naissance. Au contraire, les activités de la sucrase, de la tréhalase et de la maltase sont à peine détectables. Elles augmenteront au fur et à mesure de l’allaitement.

Cela souligne l’importance de l’apport de lactose à la naissance. Un poulain nouveau-né est incapable de maintenir une croissance normale avec du saccharose, du maltose ou des polysaccharides comme sources de glucides n’ayant pas l’équipement enzymatique adéquat. Ces sucres doivent donc être évités, au moins au début, dans l’alimentation artificielle ou complémentaire du poulain.

Au cours des 24 premières heures de vie

Les 24 premières heures de la vie du poulain sont marquées par une véritable révolution digestive. C’est un moment clé de la survie du poulain.

Au contraire de ce qui se passe chez la femme, chez la jument le type de placentation (épithéliochoriale) ne permet pas aux immunoglobulines de la mère de passer dans le sang du poulain in utero. Le poulain naît donc sans aucune défense immunitaire.

Mais pendant les 24 premières heures de sa vie, son tube digestif est perméable aux grosses molécules ce qui lui permet d’absorber les immunoglobulines du colostrum et donc d’acquérir une immunité passive. L’absorption des immunoglobulines est réalisée au niveau d’entérocytes spécialisées dont la durée de vie est de 24 à 36 heures.

Durant cette période de perméabilité, il n’existe pas de tri sélectif des particules absorbées, l’intestin est donc une porte d’entrée dans la circulation sanguine et lymphatique pour les agents microbiens. Les cellules de la barrière intestinale se renouvellent ensuite rapidement et cette perméabilité non sélective disparaît .

Ce phénomène de « passoire » a aussi une influence sur l’action de certains médicaments, normalement non absorbés et qui peuvent durant ce court laps de temps passer directement dans la circulation sanguine et avoir donc une action (pas toujours souhaitable) sur l’ensemble de l’organisme.

Le colostrum apporte également des hormones, des facteurs de croissance et des enzymes qui interviendraient notamment dans la maturation intestinale.
A bientôt pour la suite de l'évolution du tube digestif de notre poulain !

Catherine Kaeffer 

 

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