Étape 3. Que mange réellement mon cheval ? Calculer sa ration actuelle

Publié le par Anne et Cat

 

Maintenant que vous connaissez par cœur les principes de l’établissement d’une ration et que vous savez tout sur votre cheval et plus encore, intéressons-nous à ce qu’il mange.

 

Il existe plusieurs méthodes pour établir une ration : graphique, informatique… Elles sont intéressantes pour celui qui a tous les ingrédients à sa disposition et qui doit formuler un aliment.

 

Mais dans le cas le plus fréquent, j’ai un foin. C’est celui-là et pas un autre. C’est un foin d’été fait dans le pré à côté de chez moi. Évidemment, pour ma ration, ce serait peut-être mieux si j’avais un foin de printemps fait à Pétaouchnock mais je n’ai pas de baguette magique… il faut donc faire avec ce qu’on a.

 

De même, la plupart des gens ont un ou deux fournisseurs d’aliments accessibles. Peu importe qu’à l’autre bout de la France on fasse un aliment qui correspond pile poil à ce dont on a besoin. Quand on n’en achète pas 15 tonnes, aucun moyen de se faire livrer.

 

Donc en pratique, la méthode la plus efficace est d’estimer ce que l’on apporte et de voir comment on pourrait corriger l’existant pour se rapprocher davantage de l’idéal.

 

Estimer ce que l’on apporte c’est connaître les quantités d’une part et la composition d’autre part.

 

Connaître les quantités

 

Sauf pour les concentrés industriels qui souvent donnent la densité sur l’étiquette (1litre = x kg), le volume donné n’est pas une information facilement utilisable pour le calcul.

 

Pour les petits volumes, la solution est de préparer une ration comme d’habitude et de peser sur une balance de cuisine, éventuellement en plusieurs fois.

Évidemment si vous avez plusieurs ingrédients non mélangés, il faut les peser un par un.

 

Pour les volumes plus importants comme le foin, cela peut poser problème si on n’a pas le matériel adéquat. Il reste toujours la solution de faire une balance rudimentaire avec un manche de fourche, suspendu en son milieu. On met un poids connu d’un côté et on équilibre de l’autre. Évidemment si vous disposez d’une balance romaine voire d'une balance électronique, c’est le top.

 

L’autre solution est le pèse personne. On met le tas comme d’habitude. Une personne se pèse, puis à nouveau avec une partie ou la totalité du foin dans les bras. Par différence, on connaît le poids du foin.

 

Une autre solution est de voir combien de temps le cheval met à consommer une quantité connue : un round me fait x jours. La difficulté est que dans ce cas, on a généralement un chiffre moyen pour plusieurs chevaux. D’un autre côté, si les chevaux sont ensemble, c’est bien une consommation moyenne par cheval…

 

Déterminer la valeur nutritive de chaque aliment

 

Disons-le tout de go, le nec plus ultra, c’est l’analyse. Certaines écuries le font. Encore faut-il ensuite savoir l’exploiter.

 

Une analyse donne généralement la teneur en matière sèche, en matières azotées totales (méthode Kjeldhal), matières minérales, lipides, cellulose brute (méthode Wende), pour nos amis canadiens NDF et ADF (Neutral Detergen Fiber et Acid Detergen Fiber, méthode Van Soest), Calcium, Phosphore et éventuellement d’autres minéraux. Certains laboratoires, à partir des données de l’analyse et des équations établies par l’INRA, vous donnent directement les valeurs en UFC (Unités Fourragères Cheval) et en MADC (Matières Azotées Digestibles Cheval).

 

Mais pour l’immense majorité des propriétaires de chevaux, il convient de faire une estimation honnête des caractéristiques nutritives de chaque aliment.

 

Et c’est là qu’on reparle des tables, tables de valeur nutritive cette fois !

 

Notez que je parle toujours des tables INRA parce que je suis en France. Mais vous pouvez aussi bien utiliser les tables du NRC. Cependant, il est indispensable d’utiliser les mêmes sources pour les estimations des besoins et des apports. Sinon, on peut très facilement faire des erreurs grossières.

 

Je vous ai déjà présenté une table, je vais maintenant insister sur son utilisation.

 

Si vous donnez des céréales ou leurs dérivés comme le son ou la paille, des tourteaux, des carottes, des betteraves, de la mélasse, du manioc, des huiles… vous trouverez leurs caractéristiques nutritionnelles assez facilement.

Attention à ne pas se tromper entre les chiffres donnés en fonction du produit brut et ceux donnés par rapport à la matière sèche du produit.

 

Le principal problème est le foin. Si vous ne voulez pas faire une analyse, vous devez vous en faire une idée en le regardant. C’est là que les articles sur l’observation d’un foin vous seront utiles : 1 et 2.

 

Ensuite, vous recherchez dans la table le foin qui ressemble le plus au vôtre.

 

Cas particulier du cheval au pâturage

 

Le pâturage est un paradis pour les chevaux et un enfer pour les nutritionnistes !

 

En effet, l’estimation des quantités ingérées au pâturage est plus que pifométrique.

Et la valeur nutritive de l’herbe change en permanence.

 

Dans ce cas, à contrario de tout ce que je vous ai raconté avant, la solution est souvent d’estimer l’herbe, sa qualité, puis de recourir à des tables particulières qui vous donnent les quantités que votre cheval est susceptible de manger. Sachant cela, vous estimez ce que l’herbe peut lui apporter, s’il est nécessaire de complémenter et de combien.

 

Oui, je sais, c’est de la haute voltige !

 

Vous vous retrouvez donc avec un cas de ce type :

 

"Je donne 7 kg de foin de ray-grass anglais 1er cycle début floraison : il m’apporte me dit la table 0,45 UFC par kg. Je lui apporte donc 7 x 0,45 = 3,15 UFC avec le foin.

 

J’apporte aussi 1 kg par jour d’un mélange 2/3 orge 1/3 avoine soit 0,67 kg d’orge et 0,33 kg d’avoine. L’orge est à 1 UFC et l’avoine à 0,87 UFC par kg. J’apporte donc avec les céréales : 0,67 x 1 (pour l’orge) + 0,33 x 0,87 (pour l’avoine) soit 0,67 + 0,29 = 0,96 UFC par les céréales."

 

Vous apportez donc : 3,15 UFC par le foin + 0,96 UFC par les céréales soit 4,1 UFC.

 

Je ne vous le détaille pas pour ne pas vous priver de cette joie immense mais évidemment, on fait le même calcul pour les MADC, le Ca et le P au minimum ainsi que pour la quantité totale de MS (matière sèche)… vous vous rappelez, pour savoir si le ventre de votre cheval est suffisant pour y mettre toute la ration....

 

Nota : si vous vous arrachez les cheveux, c’est tout à fait normal.

 

Je vous laisse quelques jours pour obtenir dans votre cas un superbe tableau récapitulatif des différents constituants de la ration de votre cheval, de l’apport de chacun d’eux, du total et des rapports de votre ration kg de MS/UFC, g MADC/UFC, Ca/P et Zn/Cu.

 

Cela vous donnera le temps de récupérer, de vous féliciter parce qu’avec tous les cheveux que vous avez perdu, plus besoin d’aller chez le coiffeur et de vous préparer à attaquer avec enthousiasme l’étape suivante… !

 

Cat

 

Aliment floconné pour chevaux