La douleur chez le poulain et ses conséquences

Publié le par Anne Anta. Alpha & Oméga

Dans le ventre de sa mère, le poulain est inconscient face la douleur. Il réagit à celle-ci par des réflexes de rétractation mais il n'en garde aucun souvenir. Son système nerveux est en veille.

Si bien que, quoiqu'il se passe, il n'en retirera pas de séquelles autres que physiques.

Mais tout change à la naissance du poulain. Car cette quiescence du système nerveux est due à des molécules sécrétées par le placenta qui influencent le poulain via le cordon ombilical.

Quand le cordon se rompt, le système nerveux se libère.

Les molécules qui jusqu'alors inhibaient ce système se désagrègent lentement et la douleur devient de plus en plus consciente.

Dès la première minute, le poulain ressent consciemment la douleur à condition qu'elle soit forte.

En effet, à ce moment-là, le poulain n'ayant jamais expérimenté la douleur, il possède peu de nerfs et donc un seuil de détection très haut.

Mais si celle-ci doit être forte pour entraîner une réaction visible du poulain, le système nerveux, lui, garde un souvenir de la moindre stimulation douloureuse.

Et tandis que le poulain ne semble pas souffrir, le système nerveux en prend note et change en fonction. Le système s'adapte et dans un processus de protection de l'organisme, va créer davantage de nerfs. Cette augmentation du nombre de nerfs rend le poulain plus sensible et la douleur plus faible perceptible.

Le poulain petit à petit se sensibilise à la douleur.

Tout dépend ensuite de la zone concernée par la douleur. Une douleur localisée va développer des nerfs localement mais si cette douleur concerne une large région, c'est toute cette région qui s'innerve abondamment...

On pourrait alors décider de combattre la douleur, mais ce n'est pas si simple...

Le manque d'études et de connaissances sur les procédés sûrs d'analgésie (de suppression de la douleur) du poulain a amené de nombreux éleveurs, vétérinaires et particuliers à négliger cette option par principe de précaution.

En effet, qui prendrait le risque de perdre son poulain en le soulageant de sa douleur... surtout quand la douleur n'est pas visible.

Car un poulain, encore plus qu'un cheval, est une proie. Son instinct le pousse à cacher sa faiblesse, si bien que les symptômes les plus fréquents sont :

  • un poulain qui passe moins de temps à téter, à manger,

  • un poulain qui est moins actif,

  • un poulain qui change souvent d'appui,

  • un poulain qui passe plus de temps la tête basse,

  • un poulain qui a plus souvent les oreilles dirigées vers l'arrière.

La douleur est rarement, contrairement à ce qu'on lit souvent, traduite par un cheval qui tape, qui se roule ou qui piaffe... et chez le poulain, c'est encore plus rare.

Bien sûr, plus le poulain est jeune, plus l'utilisation des médicaments est hasardeuse et plus le seuil de détection des comportements de douleur est lié à une douleur importante.

Mais rappelez-vous la remarque que je faisais un peu plus haut dans cet article, ce n'est pas parce que le poulain ne souffre pas dans son comportement que son corps n'en tient pas compte.

Autant dire que même le plus précautionneux et le plus attentif des soigneurs ne peut pas détecter de façon fiable la douleur chez le poulain. Et pourtant cette douleur c'est avec le cheval adulte qu'on va la payer...

Reprenons le processus et prenons un exemple

Notre poulain souffre du dos mais son seuil de détection est tel qu'il ne ressent rien et ne présente aucun symptôme. Le système nerveux, lui, réagit et crée davantage de nerfs.

Le poulain continuera à souffrir à bas bruit pendant un certain temps, jusqu'au moment où sa sensibilité sera telle qu'il réagira. En professionnel consciencieux, on procédera à l'analgésie mais le mal sera déjà fait.

Ce poulain, devenu cheval adulte, développera une phobie de la douleur et deviendra exagérément sensible du dos. Au point de refuser tout contact ou tout poids... au point de devenir inutilisable par l'homme en travail monté.

Conséquences pratiques

Ne pas négliger l'importance de l'analgésie et la pratiquer dès qu'on sait un soin ou un traitement douloureux (post-chirurgie, soins des plaies, rectification des articulations, injections...).

Mais compte-tenu des difficultés de la mise en place d'une analgésie médicamenteuse sûre, ne pas hésiter à pratiquer des méthodes alternatives : application de froid, de chaleur, de cataplasmes, prodiguer des massages, des douches...

Et pour le cas particulier des injections, prenez garde à bien alterner les zones et les points d'injection et à pratiquer de petites tapes avant l'injection afin de ne pas sensibiliser de façon trop importante une zone.

Un bon cheval, c'est un bon poulain mais c'est aussi un poulain dont on a pris soin !

A bientôt,

Anne Anta

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Poulain en soins. Techniques d'élevage. Tous droits réservés

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