Le foin de luzerne : produit dangereux ou panacée ?

Publié le par Anne et Cat

 

Certains ne jurent que par le foin de luzerne pour remonter un cheval, d’autres le vouent aux gémonies l’accusant de tous les maux : fourbure, coup de sang et j’en passe et des meilleures.

 

Donc faisons un point, si vous le voulez bien, sur les différences et les similitudes entre le foin et le foin de luzerne.

 

Quand on dit « foin » sans préciser, il s’agit le plus souvent d’un foin de graminées semées (ray-grass, dactyle…) ou de prairie (en fait un joyeux mélange dépendant de la prairie en question). C’est ce que la plupart des gens appellent « de l’herbe ».

 

Un foin de luzerne fait partie de la grande famille des foins de légumineuses avec d’autres moins fréquents comme le trèfle.

 

Ce sont des plantes qui ont la particularité de vivre en symbiose avec des bactéries de la famille des Rhizobiaceae. Elles les hébergent dans des organes racinaires spécifiques, les nodosités, dans lesquelles les bactéries fixent l’azote atmosphérique pour former de l’ammonium.

 

Bref, pas besoin de fertilisation azotée pour ce type de plantes. Et comme elles récupèrent l’azote de l’air, la ressource est inépuisable. Elles peuvent donc synthétiser tout ce qu’elles veulent comme protéines.

 

Et elles ne s’en privent pas. Ainsi, si vous avez un ray-grass qui doit compter uniquement sur le sol pour se fournir en azote, sa teneur en protéines (MAT/kg de MS) est de 15 % dans le meilleur des cas. Pour une luzerne, vous atteignez les 26 %. Pas loin du double quand même !

Logiquement, lorsque vous faites un foin avec ces deux produits, vous retrouvez une différence du même tonneau… d’autant que la luzerne étant un produit plus délicat, on le fait souvent sécher par ventilation et non en le laissant sur le champ. Donc elle nargue les gros orages qui lessivent les éléments solubles du pauvre foin de graminées.

 

Un petit bémol cependant : un mauvais foin de luzerne peut être équivalent sur le plan protéique à un foin de pré médiocre. C’est facile à comprendre : les protéines sont dans les feuilles et celles-ci sont très fragiles. Si elles tombent pour des raisons mécaniques ou météorologiques, il ne reste vite que les tiges… qui n’ont à peu près aucun intérêt.

 

Voici une photo d’un bon foin de luzerne, séché au champ, où on voit bien les feuilles qui peuvent tomber si facilement en poussière.

 

Foin de luzerne. Copyright Techniques d'élevage

 

Une fois en foin, voici le type de composition que vous pouvez trouver :

 

 

UFC
/kg

MADC (g/kg)

Ca
(g/kg)

P
(g/kg)

Zn
(g/kg)

Cu
(g/kg)

Foin de pré

0.47

45

3,7

1,8

36,0

5,9

Fon de luzerne

0,41

83

12,5

2,2

22,9

7,5

 

 

Vous constaterez que la valeur énergétique du foin est quasi la même dans les deux cas.

 

La teneur en protéines est plus élevée pour un foin de luzerne. Pour être tout à fait exacte, le foin de pré, s’il est dans les meilleures conditions, peut rivaliser avec un foin de luzerne sur ce point mais il s’agit d’un optimum très fugace (2e cycle, repousses feuillues, beau temps), alors que le foin de luzerne est plus stable de composition tout au long de la saison.

 

Mais comme vous le constaterez aussi, la seconde différence d’importance est la teneur en calcium qui est au bas mot, 3 fois plus importante pour la luzerne.

 

Ces deux facteurs expliquent la bonne – et la mauvaise – réputation de ce foin :

 

Si vous remplacez à poids constant, vous augmentez beaucoup l’apport en protéines et en calcium.

 

Si vous en manquez, c’est « trop génial » (comme le cheval dans la pub de la FFE !). D’autant que la luzerne est riche en lysine, premier acide aminé limitant chez le cheval.

 

Si vous en avez déjà suffisamment, c’est déjà moins génial…

 

Si les chevaux tolèrent assez bien les excès en protéines en général (quoi qu’il ne faut rien exagérer tout de même), il convient d’être prudent pour les animaux ayant une pathologie préexistante ou une sensibilité particulière. Un excès en protéines entraîne des fermentations indésirables dans le colon, fatigue le foie et les reins.

 

D’un autre côté, un excès de calcium, s’il n’est pas préoccupant tant que le rapport phosphocalcique reste inférieur à 3, bloque nettement l’assimilation d’oligo-éléments comme le manganèse, le zinc, le fer et le cuivre, s’il passe au-dessus.

 

Et si par hasard l’envie vous prenait de remplacer à apport protéique constant, comme vous en donneriez beaucoup moins, vous diminuerez l’apport énergétique et la teneur en fibres de la ration.

 

Quelques conclusions pratiques à tout ce blabla nutritionniste :

 

Le foin de luzerne ne peut pas être assimilé à un super foin de pré. Ce sont deux produits qui ont des équilibres totalement différents.

 

Le foin de luzerne à mi-chemin entre le fourrage et le concentré. Les quantités à distribuer n’ont donc rien à voir avec un foin de pré.

 

Avoir un cheval qui ne reçoit comme fourrage que du foin de luzerne est rarement une bonne idée. En général, on fait un mixte foin de graminée ou de pré + foin de luzerne.

 

Cat