Le tourteau de soja en nutrition équine : quand, comment, pourquoi ?

Publié le par Anne Cat et François

 

Adulé par les uns pour son apport en lysine, soupçonné par les autres d’être OGM et lié à une exigence délirante de performances sportives, le tourteau de soja suscite bien des polémiques.

 

Pour le côté OGM, avouons-le, c’est souvent le cas puisqu’il est produit en majorité dans des pays où c’est légal. Que cela puisse poser un problème écologique, certes. Que cela soit toxique pour l’animal qui le mange sur le long terme, même si ce n’est pas impossible, ce n’est pas prouvé non plus.

 

Par contre, sur un plan nutritionnel, avons-nous intérêt à donner du tourteau de soja à nos chevaux ?

 

Les tourteaux de soja sont des coproduits de la fabrication de l’huile.

 

Je dis bien LES tourteaux de soja parce qu’il existe plusieurs qualités désignées par des numéros 46, 48 et 50 exprimant la teneur garantie en protéines et en matières grasses. Un tourteau de soja 48 a une teneur en protéines + matières grasses de 48 % sur le produit brut (à peu de choses près).

 

Il existe aussi des tourteaux de soja extrudés ou tannés pour les ruminants.

 

Un tourteau de soja 48 c’est : 45 % de protéines brutes (PB ou MAT = matières azotées totales), peu de cellulose (6 %), peu de matières grasses (1,9 %). 3,4 g de Ca / kg et 6,2 g de P soit un rapport phosphocalcique aux alentours de 0,5 ce qui est très bas. Cela nous donne 0,80 UFC et 407 g de MADC par kg de produit.

 

Autant le dire tout de suite, c’est un produit qui ne peut pas constituer à lui seul une ration (bon, c’est peut-être enfoncer une porte ouverte mais si vous saviez ce que l’on peut lire ici et là… !!!!)

 

Sur un plan quantitatif, on estime le rapport entre les protéines et l’énergie nécessaire pour maintenir un cheval en bonne santé à :

 

  • 70 g de MADC/UFC pour un cheval à l’entretien
  • 70 à 85 g MADC/UFC pour une jument gestante
  • 90 g de MADC/UFC pour une jument allaitante
  • 130 g de MADC/UFC pour un poulain de moins de 6 mois
  • 110 à 120 g de MADC/UFC pour un poulain de moins de 1 an
  • 70 g de MADC / UFC pour un cheval sportif

 

Remarque : cela peut étonner de voir le même chiffre pour un cheval à l’entretien et un cheval de concours. Mais il ne faut pas oublier que lorsque le cheval travaille, il augmente ses besoins énergétiques. Les besoins protéiques augmentent de la même façon donc le rapport entre les deux ne change pas.

 

Si nous examinons les aliments courants, on a :

 

  • Herbe 65 à 140 g de MADC / UFC
  • Foin 70 à 135 g de MADC / UFC
  • Maïs 58 g de MADC / UFC
  • Orge 83 g de MADC / UFC
  • Avoine 90 g de MADC / UFC
  • T. de soja 509 g de MADC / UFC

 

Des conclusions s’imposent :

 

Mis à part le maïs, tous ces aliments amènent suffisamment pour couvrir les besoins d’un cheval à l’entretien ou au travail. Donc l’ajout de tourteau de soja pour ce type de chevaux n’est que très rarement souhaitable et de toutes façons, en quantités infimes de quelques dizaines de grammes au plus.

 

Pour une jument allaitante, tout dépend de la qualité de l’herbe ou du foin. Mais si le fourrage de base est de qualité médiocre ou à un stade avancé (type herbe d’été), les céréales ne permettront pas de couvrir les besoins en protéines. Donc une complémentation en tourteau de soja peut être intéressante pour tenir le taux de protéines.

 

Pour un jeune poulain, si on doit apporter 120 g de MADC par UFC, on pourrait penser qu’il est possible de s’en tirer avec de l’herbe ou du foin d’excellente qualité. Cela se heurte à une double difficulté : pour l’herbe, l’optimum à 140 g est fugace alors que le poulain a besoin de cet apport de façon constante. En outre, le poulain de l’année n’a pas encore les capacités digestives pour correctement digérer l’herbe ou le foin.

 

Pour ce type d’animaux, mis à part les races poneys de format limité (et donc qui ont une vitesse de croissance beaucoup plus lente) une complémentation notamment en tourteau de soja (mais pas que) est indispensable pour avoir un taux protéique suffisant.

 

Et pour la qualité des protéines me direz-vous ?

 

Chez le cheval, la phase de remaniement des protéines par les micro-organismes ayant lieu dans le cæcum, c’est-à-dire en fin de digestion, elle est moins intéressante que chez le ruminant où elle a lieu en début de digestion.

 

De ce fait, le cheval est sensible à la qualité des protéines. Qui dit qualité des protéines, dit équilibre en acides aminés.

 

Et le premier acide aminé limitant, c’est la lysine. Et le tourteau de soja en est particulièrement bien pourvu (27,8 g de lysine par kg contre 4,1 pour l’avoine, 2,4 pour le maïs et 3,8 pour l’orge, 6,2 pour l’herbe déshydratée et 7,2 pour la luzerne).

 

Or un poulain type grand selle français ou hanovrien entre 6 et 12 mois a besoin de ses 50 grammes de lysine par jour.

 

Notez que pour la qualité des sabots, les protéines des céréales sont plus intéressantes.

 

Pour nous résumer :

 

Le tourteau de soja est un produit très concentré et intéressant sur un plan nutritionnel.

 

Pour « remonter » un cheval, il faut d’abord vérifier que ses besoins énergétiques et minéraux sont couverts avant de voir les problèmes protéiques. Sinon, on court le risque que les protéines soient utilisées à des fins énergétiques ce qui est une voie métabolique fatigante pour l’organisme... et pour votre porte-monnaie.

 

C’est donc un produit génial mais à utiliser seulement pour les juments allaitantes ou toute fin de gestation et les poulains en croissance, essentiellement durant les 3 premières années.

 

Et même dans ce cas, les quantités doivent être rigoureusement estimées et contrôlées au risque de problèmes digestifs et métaboliques sévères…

 

Ce n’est quand même pas la peine de payer pour aller barboter dans la nitroglycérine !

 

A bientôt.

 

Cat  

 

Poulain selle français (SF) sous la mère. Copyright Techniques d'élevage