Mon cheval est gros, gras, obèse, suifard… ou il a un gros ventre ?

Publié le par Anne Cat et François

 

L’estimation de l’état corporel d’un cheval est très importante pour son alimentation comme pour sa santé.

 

Or, nous frisons souvent l’anthropomorphisme en la matière.

 

Bon, je sais que j’aborde là un sujet tabou pour certains, douloureux pour d’autres (ceux qui prennent 1 kg rien qu’en passant devant la vitrine du pâtissier) mais il faut bien se rendre à l’évidence : sauf pathologie ou attente d’un heureux événement, une personne qui a un gros ventre… est grosse c’est-à-dire qu’elle a des réserves de graisses importantes.

 

Alors régulièrement, quand on vous dit qu’un cheval est trop gras, à titre de preuve, on vous montre un cheval dont le ventre déborde largement sur le côté… un cheval qui a un ventre imposant.

 

Mais est-il forcément un cheval gras ?

 

Et bien non, pas forcément. La taille du ventre n’est pas toujours liée à la masse graisseuse.

 

Parce que sur le ventre, certes, il y a la graisse de couverture.

 

Mais sous la graisse, savez-vous quoi qu’il y a ? (bis)

Y'a les côtes et les plus jolis des muscles.



Et sous les muscles, savez-vous quoi qu'il y a ? (bis) 

Y’a le tube digestif, le plus gros des tubes digestifs !

 

Et dans le tube, savez-vous quoi qu’il y a ? (bis)

Y’a la nourriture, la meilleure des nourritures !

 

La nourriture dans le tube,

Le tube sous les côtes,

Les côtes sous la graisse,

La graisse dans le ventre,

Le ventre dans le cheval,

Le cheval dans le bois,

Le p’tit bois derrière chez moi

Et tralonla lonlère et tralonla lonla… oups, je m’égare !

 

Allons, un peu d’ordre dans l’esprit !

 

La taille du ventre augmentera si la quantité de graisse de couverture augmente. Mais à ce moment-là, on ne sentira plus les côtes.

 

Mais la taille du ventre augmentera aussi si la taille du tube augmente… ce qui se produit lorsqu’on augmente la quantité de nourriture qui est dedans. Et le tube digestif étant sous les côtes devant et sous les muscles derrière (cf. la ritournelle ci-dessus), on les sentira si on tâte. Deux cas de figure : le cheval mange plus (en volume) et/ou la nourriture qu’il mange transite plus lentement (cas d’une nourriture riche en fibres).

 

Pour mémoire, un poulain avec un gros ventre doit aussi faire penser à un problème de parasitisme. 

 

Or, le cheval est un animal qui sait très bien augmenter son ingestion lorsque le besoin s’en fait sentir (bon, il y a des limites tout de même).

 

Prenons un exemple : votre cheval a besoin de 1 UFC.

 

Alors si nous faisons une estimation à la louche (mais alors avec une très grosse louche !) :

 

1 UFC c’est 1 kg de granulés (je vous ai bien dit que c’était du pifomètre…) donc grosso modo 2 litres.

 

Mais 1 UFC c’est 2 kg de foin. Mettons 1 à 2 plis d’une petite botte.

 

Mais encore 1 UFC c’est 8 kg d’herbe… alors là, c’est une brouette entière.

 

Vous comprenez donc que lorsque votre cheval passe d’un box où il mange 1 kg de concentré pour avoir son UFC à un régime tout foin où il lui en faut 2 kg qui en plus sont nettement plus volumineux et nettement plus longs à digérer, il va rapidement avoir plus de nourriture « en transit ».

 

Mais si vous le mettez au pré et qu’il passe à la brouette d’herbe, vous ne vous étonnerez plus qu’en quelques jours son ventre devienne rond comme un ballon.

 

Pour obtenir le même ventre, il devrait prendre 50 à 100 kg de graisse. Vous comprendrez bien qu’il est tout à fait impossible qu’il stocke une telle quantité d’énergie en 1 semaine.

 

Vous pouvez même en arriver, surtout chez les poulains qui ont de gros besoins et qui digèrent mal la cellulose, à avoir un animal qui crève littéralement de faim avec un ventre de culbuto. Et de façon apparemment paradoxale, si vous lui augmentez la ration en introduisant de la nourriture concentrée… il perdra du ventre.

 

Alors comment estimer la quantité de graisse que possède – ou pas – votre cheval ?

 

On parle de « maniements ».

 

 dessin maniement poney. Techniques elevage. Nantes

 

L’épaisseur du gras est estimé à des endroits du corps particuliers :

 

Les côtes doivent être tout juste devinées au niveau de la selle mais elles peuvent être senties surtout les deux dernières. Pour les chevaux qui ont un poil abondant, seule la palpation donne un résultat correct. Pour les chevaux de sang, qui ont le poil et la peau plus fins, on les voit plus mais elles ne doivent pas être trop marquées. En cas de doute sur ses chevaux, regarder les autres zones.

 

Les apophyses des vertèbres au niveau du dos ne doivent pas être en saillie (maigre) ni en creux (trop gras). Cette estimation peut être rendue plus difficile si on a un cheval très musclé mais en palpant, on fait la différence entre du muscle et du gras. En cas de doute, on peut regarder plutôt au niveau de l’attache de la queue.

 

Le chignon de l’encolure est le bord supérieur. En écartant les crins, on peut voir si on a des bourrelets ou non. On peut aussi faire la différence entre le muscle et la graisse. L’étalon a souvent une encolure plus importante. C’est pour cela qu’il ne faut pas prendre en compte l’aspect général visuel qui peut être trompeur mais rechercher la présence de graisse sous la crinière.

 

Les autres endroits qui permettent de se faire une opinion sont les épaules plus ou moins couvertes, le garrot (on regarde les masses de part et d’autre) et la naissance de la queue.

 

Dans le cas de notre cheval au gros ventre parce que nourrit avec une herbe peu nutritive, on peut régulièrement voir les côtes apparentes. Si on le regarde par l’arrière la croupe est en forme d’ogive et souvent le garrot est creux. Cela permet de faire la différence entre ce cheval et un cheval gras.

 

A bientôt.

Cat

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