Sang pour sang stressant : le bicarbonate peut-il avoir une action préventive sur le coup de sang chez le cheval ?

Publié le par Anne et Cat

 

Un frémissement court le long de la colonne vertébrale de certains éleveurs et propriétaires lorsque l'on parle de « coup de sang » (ou azoturie, myoglobinurie, Tying up, Myosite, Rhabdomyolyse d'effort ou plus simplement maladie du lundi, au choix!). Le mécanisme est assez complexe mais l'élément important est le pH à l'intérieur des muscles et dans le sang.

 

Voici un schéma montrant le mécanisme du coup de sang et ces conséquences :

 

  Schéma des mécanismes d'un coup de sang chez le cheval ou le poney. Copyright Techniques d'élevage

 

Une petite explication s'impose.

 

Étape 1 : le cheval a des problèmes de métabolisme énergétique.

 

Un manque d'oxygène, d'apport de glucose, une quantité de glycogène trop importante dans les muscles ou un déficit en enzymes de détoxification et de protection, provoquent un détournement de la production d'énergie vers l'acide lactique, phénomène classique mais ici d'une ampleur anormale.

 

L'accumulation d'acide lactique se fait en premier dans le muscle puis dans le sang.

 

Étape 2 :

 

Dans le muscle: La diminution du pH engendre une « souffrance » des cellules musculaires et si cela dure trop longtemps, la mort des cellules.

 

Pour les physiologistes : l'augmentation de la quantité de H+ donne une dépolarisation des cellules musculaires comme lors d'une stimulation nerveuse. Cette dépolarisation donne une entrée de calcium nécessaire pour la contraction.

 

L'entrée de calcium est physiologique mais une trop grande quantité de calcium va altérer les fonctions de la mitochondrie (elle stocke les excédents de calcium). Ce trop-plein de calcium va bloquer la chaîne respiratoire et entraîner la mort cellulaire (phénomène que l'on appelle excito-toxicité).

 

Dans le sang: la diminution du pH dans le sang a plusieurs conséquences :

 

  • Une augmentation du rythme respiratoire. La physiologie, toujours la physiologie ! L'un des principaux moyens de réguler le pH est le bicarbonate (HCO3- ). Un peu de chimie pour changer : H++HCO3- H2CO3. Or cette molécule est changée en CO2 et H2O par l'anhydrase carbonique et le CO2 est un stimulant respiratoire.

  • Une perturbation de l'équilibre des électrolytes : la sortie de potassium liée à la baisse du pH induit une hyperkaliémie donc des perturbations cardio-vasculaires. De plus, dans le rein, l'excrétion du potassium est en compétition avec l'excrétion de protons. La priorité revient à l'excrétion des protons donc le potassium est retenu dans le sang aggravant l'hyperkaliémie.

  • Une vasoconstriction liée aux changements des concentrations d'électrolytes.

 

La vasoconstriction (avec fragilisation des vaisseaux) et l'augmentation du rythme respiratoire donnent un éclatement des vaisseaux sanguins du nez (appelé épitaxis).

 

Etape 3 :

 

Dans le muscle: les cellules mortes diminuent les propriétés contractiles du muscle (raideur musculaire) et provoquent une inflammation voire une nécrose des fibres musculaires. Cette inflammation donne trois choses :

  • Une douleur et une transpiration abondante,

  • La dégénérescence des protéines musculaires n'arrangeant pas la contractibilité du muscle,

  • Un relargage de myoglobine dans le sang. Cette molécule a pour rôle de transporter l'oxygène à l'intérieur du tissu musculaire. Lorsqu'un grand nombre de cellules meurt, le tissu laisse passer certaines protéines dont la myoglobine.

 

La myoglobine provoque des urines foncées et risque de bloquer le rein (insuffisance rénale aiguë). C'est cette dernière conséquence qui entraîne la mort du cheval.

 

Il existe des conditions prédisposantes telles que :

  • Les déséquilibres alimentaires.

  • La nervosité.

  • Le manque d'entraînement (exercice important suite à un repos = maladie du lundi)

  • La génétique.

  • Le déséquilibre hormonal.

  • Les méthodes d'entraînement.

 

Conclusion: la principale cause est donc la diminution du pH, l'ajout de bicarbonate alimentaire est un facteur qui peut limiter les risques pour les animaux prédisposés et/ou peu entraînés. Mais évidemment, il doit être couplé à une hygiène alimentaire et à un travail adapté.

 

En attendant, je vous prie de bien vouloir m'excuser de la folie de physiologie, pas si passagère que ça, qui m'a pris !

 

François