Tout savoir sur l'ocytocine

Publié le par Anne et Cat

 

Quoi de plus logique que d'utiliser une molécule de l'organisme ? L'ocytocine est une hormone produite par l'hypophyse (le petit pois sous l'hypothalamus. Comme quoi, on a bien un petit pois au niveau du cerveau !).

 

Pour rappel et pour les fans de physiologie, cette hypophyse est constituée de deux parties : un lobe antérieur (adénohypophyse) et un lobe postérieur (neurohypophyse). L'ocytocine est produite par la neurohypophyse, laquelle est directement stimulée par les nerfs de l'hypothalamus (comme son nom l'indique). C'est la différence avec l'adénohypophyse qui est aussi stimulée par l'hypothalamus mais à l'aide d'hormones (exemple de la GnRH de l'hypothalamus qui va activer l'hypophyse pour la production de LH et FSH pour la libération des hormones des glandes sexuelles).

 

L'ocytocine est connue essentiellement chez la femelle, pour son activité sur la contraction des muscles lisses (muscles non contrôlés par le cerveau) de l'utérus, de l'intestin et au niveau mammaire pour l'excrétion du lait.

 

Cette molécule ne change pas la production de lait mais son éjection. Ne rêvez donc pas de faire de votre jument un animal de production laitière intensive ! De toute façon, les juments ne possèdent pas de citerne au niveau de la mamelle permettant le stockage du lait produit : c'est donc peine perdue à moins de traire régulièrement au cours de la journée !

 

Les indications de la molécule chez la jument, la truie et la vache sont les suivantes :

  • Pour favoriser le transport du sperme grâce aux contractions de l'utérus après l'insémination.

  • Pour déclencher la mise-bas : soit pour un avortement soit pour des raisons de survie de la mère ou de son petit (la fameuse deathline).

  • En cas de rétention placentaire. En effet, le placenta peut ne pas se décrocher normalement et rester dans l'utérus . Le risque est un développement bactérien pouvant laisser des séquelles ennuyeuses pour une éventuelle nouvelle gestation voire la mort par passage des bactéries dans le sang (septicémie) si elle n'est pas traitée avec des antibiotiques.

  • Pour induire l'involution de l'utérus en contractant les muscles lisses de l'utérus afin que la jument retrouve en partie sa taille de guêpe ! On peut donc la remplir plus rapidement puisqu'elle retrouvera des conditions physiques « normales ».

  • Pour l'initiation de l'éjection du lait en cas de non sécrétion de lait après la mise-bas liée au stress ou dans des conditions nécessitant la vidange de la mamelle.

 

On l'utilise aussi en traitement d'appoint pour les mammites et les métrites pour l'éjection d'une partie des bactéries.

 

On peut aussi tomber sur une autre indication, mais cette fois-ci pour l'étalon. Il arrive que l'on ait un blocage de la fonction de reproduction chez l'étalon par des agglomérats de sperme. Alors, pour favoriser l'expulsion des agglomérats et donc ré-obtenir une qualité de l'éjaculation suffisante, on utilise l'ocytocine afin de stimuler la contraction des muscles lisses des ampoules au niveau du canal déférent. A utiliser juste avant la récolte ou la saillie.

 

A noter que l'ocytocine étant une hormone, et donc une protéine, sa demie-vie (le temps nécessaire pour que la concentration dans le sang diminue de moitié) est très courte : 4 secondes à 4 minutes !C'est donc une molécule, comme dit plus haut, avec une durée d'action très courte.

 

Un médicament est accompagné de sa liste plus ou moins longue d'effets secondaires, de précautions d'emploi et de contre-indications, sinon ce ne serait plus un médicament, n'est-ce pas ?

 

Pour les effets secondaires, on n'en a pas sauf chez la truie : l'ocytocine peut créer une tétanisation des muscles utérin (une crampe), dans ce cas, il faut attendre une heure avant de renouveler le traitement.

 

Les contre-indications sont peu nombreuses : lors d'un accouchement difficile lié à la taille, la position ou à la forme du fœtus et en cas de non dilatation du col utérin.

 

Pour les précautions d'emploi, en cas :

  • D'inertie utérine, il ne faut intervenir que lorsque le col utérin est suffisamment dilaté et en l'absence d'obstacle s'opposant à l'expulsion du fœtus ou du placenta.

  • De gravidité ou de lactation, en fin de gestation ou après la mise-bas.

 

L'ocytocine est une protéine et comme toutes protéines, elle est fragile. Les méthodes de conservation sont donc à suivre à la lettre pour garder une efficacité maximale.

Il faut la garder au frais (4-8°C) et à l'abri de la lumière pour qu'elle conserve sa structure intacte le plus longtemps possible. De plus, elle ne peut être conservée que 28 jours après l'ouverture.

 

Alors laisser la bouteille d'ocytocine entamée traîner quand on ne l'utilise pas, hors de son emballage à 25 degrés pour le moins (il faisait chaud ce jour-là), comme on le voit sur la photo, je dirais pudiquement que ce n'est pas professionnel...

 

Bouteille d’ocytocine traînant à température ambiante. Copyright Techniques d'élevage

 

Voilà tout ce que vous vouliez savoir sur l'ocytocine sans jamais oser le demander !

 

François

 

Publié dans Pharmacie, Elevage