Travail en main : s'opposer n'est pas gérer

Publié le par Anne et Cat

 

Un grand cheval puissant de 4 ans, débourré pour l'obstacle, apprenait les subtilités de son futur métier. Travail en liberté, monté, en longe... tout lui était enseigné sauf le travail en main.

 

Mais qu'importe, du box au pré où il devait aller, il n'y avait pas 500 mètres au mieux compté.

 

C'est ainsi donc que gentiment, on lui mit un licol et on le mena au pré.

 

Les 100 premiers mètres franchis, on quitta la cour gravillonnée pour passer entre deux clôtures de bois solide. Un couloir long d'une cinquantaine de mètres tout au plus.

 

Le cheval hésita légèrement, on le poussa gentiment et côte-à-côte, meneur et cheval se retrouvèrent entre ces deux barrières.

 

De surprise ou de peur, le cheval fit un écart, écrasant son meneur contre les barrières et prenant le galop d'un même bond.

 

La course folle se termina dans le pré, avec un cheval soufflant, le licol toujours sur le nez et la longe traînant dans l'herbe.

 

La longe fut récupérée et on laissa le cheval à ses affaires pour soigner les contusions qu'il avait causées.

 

Quand l'heure du retour sonna, on décréta que la peur ayant mené le cheval à ces extrémités, on lui montrerai le chemin.

 

Le meneur passa donc devant le cheval et entama le retour.

 

Le couloir engloba le meneur mais avant même qu'il n'englobe le cheval, celui-ci avait déjà pris son élan.

 

Les antérieurs en avant, il chargea une épaule du meneur qui déséquilibré, atterrit bientôt dans la poussière.

 

Sautant le meneur d'un bond, le cheval partit dans une course folle avec en bout de longe, le meneur.

 

Cinquante mètres de poussière, cinquante mètres à se faire trainer par le cheval.

 

Le lendemain, quand il fallu sortir de nouveau le cheval au pré, la détermination du meneur n'avait d'égal que les multiples plaies et contusions qui le recouvrait.

 

Il reprit néanmoins la longe et passa devant le cheval armé d'une cravache. Il fit une remise aux ordres et entra dans le couloir. Avant même que le cheval n'y entre à son tour, le meneur saisit les deux clôtures en déclarant « cette fois, tu ne passera pas ! ».

 

Le cheval fit un pas de recul avant d'entrer la tête basse derrière le meneur.

 

Et tandis que le meneur savourait sa victoire, le chanfrein du cheval heurta avec violence son dos et le projeta au sol avant qu'il ne parte dans un galop frénétique traînant le meneur à sa suite.

 

Incapable de ramener le cheval, le meneur me confia cette tâche.

 

Je suis allée au pré et j'ai dit « bonjour » à ce grand et puissant cheval.

 

Comment pouvais-je envisager de le contrer avec ma dégaine de moustique et mes longues mains fines ?

 

Comment pouvais-je seulement espérer gagner là où plus fort que moi avait cédé ?

 

Il fallait rentrer, je n'avais pas le choix. J'ai saisi le licol et décidé que puisque la force ne pouvait être de mon côté, il me faudrait y arriver autrement...

 

Moi, brindille, j'ai commencé à avancer auprès de cette force de la nature.

 

On approchait du couloir, je le sentais chauffer... je pris une inspiration.

 

Le cheval partit, superbe et prêt à se battre. Je ne m'opposai pas et le laissai glisser. Comme une feuille fait dévier une rivière, je détournai sa propre force et l'amenai à changer de trajectoire.

 

Le cheval tourna autour de moi, une fois, deux fois, trois fois... son énergie épuisée, il s'arrêta.

 

Nous nous sommes longuement regardés... une force ne pouvait s'oposer qu'à une autre force et celle-ci, je refusais de la lui fournir.

 

D'un commun accord, nous avons passé le couloir côte-à-côte, calmement.

 
Cheval Isabelle en présentation. Copyright Techniques d'élevage

A bientôt,

Anne

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