Les gestations gémellaires chez les chevaux : chronique d’une mort annoncée

Publié le par Anne Cat et François


Les statistiques sont terribles pour les jumeaux. En cas de double fécondation, 75 % se soldent par un avortement, 8 % des paires sont morts-nées, 7 % sont tellement faibles que les deux meurent peu après la naissance. Dans 4 % des cas, on peut sauver un poulain et dans 6 % on arrive à sauver les deux. Les jumeaux peuvent aussi être le résultat de la partition d’un œuf unique avec des statistiques semblables.


Les différences de réussite dépendent notamment de la façon dont les deux poulains se répartissent l’espace disponible dans l’utérus. Lorsqu’il n’y a qu’un seul poulain, le placenta se place dans une des cornes utérines appelée corne gestante et au fur et à mesure de sa croissance, le fœtus envahit le corps utérin et la base de la corne opposée.


Dans le cas d’une gestation gémellaire, lorsque les deux fœtus sont dans la même corne, l’avortement est quasi systématique. Dans d’autres cas, la surface de l’utérus peut être divisée en deux parts égales, chaque jumeau ayant sa corne et une partie du corps de l’utérus. Mais souvent un des jumeaux prend plus de place et monopolise le corps utérin. Parfois, la place d’un des jumeaux est tellement réduite à la portion congrue, qu’il ne se développe pas et meurt. Cela peut évidemment déclencher une infection et un avortement mais il peut aussi se momifier et la gestation continuer.


Le chorion qui correspond à la partie fœtale du placenta est pourvu de villosités qui s’engrènent dans les cryptes de l’endomètre maternel assurant ancrage et échanges. Lors d’une gestation gémellaire, la surface en contact de chaque chorion est forcement moins importante. En outre, les villosités sont absentes dans la surface de contact entre les chorions des deux poulains et souvent dans cette zone, se développent des réactions inflammatoires. Cette situation explique en partie la fréquence des avortements.



D’où l’intérêt d’un diagnostic précoce de la gestation gémellaire. En cas de résultat positif, on se retrouve devant un dilemme cornélien : interrompre la gestation ou tenter une réduction.


La première solution est d’escompter une élimination spontanée soit des deux, soit d’un seul fœtus, l’autre continuant une gestation normale. Ce taux de réduction est élevé (60 %). Il s’élève même à 80 % si les jumeaux se trouvent dans la même corne.


La seconde solution est de tenter de supprimer un des deux fœtus par écrasement. Pour se faire, il faut que les deux vésicules ne soient pas accolées. Un écrasement très précoce (avant 20 jours) entraîne moins de déchets et de risques qu’un écrasement plus tardif mais ne permet pas de profiter à plein du phénomène naturel de résorption embryonnaire.


La dernière solution est d’interrompre la gestation pour obtenir un retour en chaleur. S’il reste encore au moins 3 cycles exploitables pour la saison, on arrivera dans 70 % des cas à démarrer une nouvelle gestation.


C’est pour cela que certains éleveurs renoncent carrément à la saillie si l’examen fait craindre l’ouverture simultanée de deux follicules. Mieux vaut sauter une chaleur que d’avoir éventuellement à gérer le problème par la suite. Le risque de gestation gémellaire est plus élevé en fin de saison (au moment où le nombre de chaleurs exploitables est plus faible) et sur les jeunes juments (peut-être en raison d’une activité ovarienne plus intense et d’un stock de follicules plus important ce qui entraîne un risque accru que deux arrivent à maturité quasi en même temps).


Si la gestation gémellaire se poursuit, dans la majorité des cas, l’avortement a lieu entre 8 et 11 mois de gestation mais peut survenir à n’importe quel stade. Ces avortements sont souvent suivis d’un développement mammaire prématuré. C’est une cause courante d’avortement chez la jument (20 à 30 % des avortements mis en évidence).


A bientôt.


Cat

Les gestations gémellaires chez les chevaux : chronique d’une mort annoncée

Publié dans Elevage, Spéciale équidé

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