Seaux de compléments alimentaires ou pierres à lécher à disposition : Qu’en penser ?

Publié le par Anne Cat et François

 

La tentation est grande pour les animaux au pâturage, de leur mettre une pierre à lécher ou un seau à disposition et de pouvoir se laver les mains de leur complémentation, façon Ponce Pilate.

 

 

Cette pratique repose sur l’idée qu’ils sauront capables de se réguler tout seuls… comme nous qui sommes à l’évidence toujours raisonnables et qui n’irions pas consommer un peu plus de crème au chocolat que la stricte quantité qui nous permet de couvrir nos besoins en magnésium…

 

 

N’est-ce pas ?

 

 

En fait la question est double : est-ce que le produit est adapté au niveau apport complémentaire ? Est-ce que le produit est consommé spontanément en quantité souhaitable ?

 

 

Pour ce qui est de l'apport alimentaire, encore une fois tout dépend à la fois de la ration de base et de la composition du produit. Une ration, cela se calcule !

 

 

Pour avoir fait le tour de pas mal de formulations, je dirais qu'on trouve de tout. Côté positif, on peut généralement trouver ce qu'il faut pour complémenter dans une situation donnée. Côté négatif, choisir un produit de ce type est loin d'être facile.

 

 

Ne parlons pas de l'affirmation « convient à tous les chevaux » qu'on trouve très souvent... vous savez ce que j'en pense...

 

 

Bref, l'impression de facilité qui se dégage de ce type de produits est une impression fausse puisqu'il nécessite la même réflexion en amont qu'un CMV classique (Complément Minéral Vitaminé).

 

 

Les pierres « à sel » sont généralement (mais pas toujours) assez proches d’un CMV.

 

 

Pour les seaux, la question est plus délicate car souvent ces produits sont complémentés en mélasse qui est nécessaire à l'appétence. Le complément minéral vitaminé de votre pharmacien serait proprement immonde si le fabricant n’y avait pas rajouté le goût « fruits exotiques ».

 

 

Et encore, vous pourriez le consommer en faisant la grimace parce que vous savez que c’est nécessaire pour vous mais votre cheval, si le produit a un goût qui ne lui plait pas, il vous le laissera sans aucune vergogne.

 

 

A noter que c’est pour cette raison que certains chevaux qui pourtant en ont besoin, boudent les pierres à sel minéralisées… si vous ne les comprenez pas, goûtez… et vous comprendrez tout de suite mieux leur point de vue.

 

 

Cet ajout de mélasse fait hurler un certain nombre de personnes. Personnellement, il ne me dérange pas outre mesure. Cependant, il change la teneur en potassium de la ration ce qui peut poser problème pour certains chevaux type quater horse.

 

 

En outre, dans les seaux, il y a souvent des protéines, des acides aminés voire carrément des céréales.

 

 

On a donc un produit qui peut interférer au niveau de tous les grands équilibres UFC, MADC, Cellulose... Il n'est donc plus un « complément pour les minéraux et les vitamines » comme la pierre à lécher classique mais carrément une part de la ration.

 

 

La validité de la ration de base dépend donc aussi de cet apport que l'on estime avec la fiabilité des horoscopes du Journal du Dimanche.

 

 

Ce qui nous amène au second problème : l'estimation de la quantité spontanément ingérée.

 

 

Comme ce sont des compléments communs, aucun moyen de savoir quel cheval s'en goinfre et quel cheval les délaisse. On ne peut que faire une estimation de la consommation totale ce qui nous donne une consommation moyenne par cheval. Autrement dit rien si en plus on a des animaux avec des formats ou des stades physiologiques différents.

 

 

Et puis combien de personnes pèsent leur seau régulièrement ou simplement notent en combien de jours il a été consommé pour calculer les apports réels ?

 

 

En outre, on ne connaît d'appétit spécifique que pour le sel, c'est-à-dire que l'animal est capable de le consommer en fonction de ses besoins. Pour tous les autres produits, qu'ils soient minéraux ou non, la régulation est mauvaise.

 

 

Cela veut dire que non seulement on ne sait pas ce que le cheval consomme mais que lui-même n'arrivera sans doute pas à réguler... et même s'il le fait, il n'a aucune action sur l'équilibre entre les différents constituants.

 

 

Pour reprendre l’exemple de notre crème au chocolat, même si vous pouvez vous réguler pour avoir votre quantité de magnésium qui couvre vos besoins (si, si, on y croit !!), cela vous conduira à absorber aussi une quantité de lipides qui pourra éventuellement vous amener à changer la taille de vos pantalons… Et aucun moyen pour vous de consommer le magnésium du chocolat sans les lipides de l’œuf.

 

 

Pour résumer, la pierre à sel pur est un incontournable pour tous les chevaux.

 

 

La pierre à sel minéralisée, à mon sens, ne peut se jouer que si le cheval l’accepte et en complément de la pierre à sel pur.

 

 

En ce qui concerne les seaux, je dirais que pour des chevaux en pâture qui ont des besoins suffisamment élevés, c’est souvent mieux que rien... à condition qu’il soit bien choisi en fonction de la ration de base.

 

 

Donc pour un non-professionnel qui n'a pas envie de se casser la tête, pourquoi pas ?

 

 

Mais pour un professionnel qui sait ce qu'il fait, cela me semble une mauvaise voie pour exprimer le potentiel génétique de ses produits. A moins que ce ne soit offert à certaines juments notamment les allaitantes de façon individuelle et à l'attache comme par exemple au moment des soins ou dans le box. Cela peut alors être un petit plus.

 

 

Dans ce cas d'ailleurs, il existe des produits avec des compléments de plantes qui peuvent être intéressants pour tel ou tel cheval notamment en cas d'emphysème.

 

 

A bientôt.

 

Cat

Bloc de sel minéralisé. Copyright Techniques d'élevage. Nantes.

Bloc de sel minéralisé. Copyright Techniques d'élevage. Nantes.