Alimentation inadaptée de la poulinière suitée : 3. Réalimenter pour booster la production du lait ?

Publié le par Catherine Kaeffer. Editions Alpha et Omega

Lorsque suite à une alimentation insuffisante en qualité et/ou en quantité, la production de lait de la jument poulinière baisse, un changement d'alimentation peut-il la faire de nouveau augmenter. Après la courbe de lactation et l'évolution de l'état corporel, la question est comment éviter de retarder la croissance du poulain.

Dans des articles précédents, nous avons vu la courbe normale de production laitière et des besoins de la mère d’une part et ensuite l’évolution de la production de lait et de l’état corporel en cas d’alimentation insuffisante.

Nous en arrivons à la dernière question : Est-ce qu’en cas de perte d’état, le fait de réalimenter peut faire remonter la production laitière ?

Avec une question subsidiaire : comment s’apercevoir que la quantité de lait est insuffisante ?

Et bien cela dépend du stade de lactation

Phase de démarrage

À ce stade, on suspecte une production de lait insuffisante parce que le poulain est faible pas parce qu’il est maigre. On peut aussi penser que la jument n’a pas de lait si le poulain se colle tout le temps à elle ou que les mamelles restent toujours flasques. Dans ce cas, le souci est rarement alimentaire, mais vétérinaire.

Si vous avez une jument qui pour une raison ou une autre, est arrivée trop juste à la mise-bas, le fait d’alimenter un peu fort dans le premier mois va booster la mise en route de la lactation. Notez que j’ai dit « trop juste ». Si elle est carrément dénutrie, il ne faudra pas non plus s’attendre à des miracles.

Pic de lactation

À ce stade encore, seul le comportement du poulain va vous mettre la puce à l’oreille.

Comme vous l’avez compris en regardant les courbes des besoins, réalimenter au niveau du pic de lactation est carrément impossible. Si vous avez une jument dont vous détectez la perte d’état en fin du 2ème mois par exemple, il faudra revoir la ration, puis faire une transition qui sera d’autant plus prudente que les modifications seront plus importantes. Donc cela peut vous prendre plus de 15 jours pour la faire. Autrement dit, vous ne ferez que limiter les dégâts et la descente car l’affaire est déjà jouée en amont.

L’impact au niveau de la lactation se traduira par un pic moins haut.

Rappelez-vous l’image de la balle que je vous donnais dans un précédent article :

Pendant la gestation, vous pouvez jouer avec, la faire monter ou descendre. Au cours d’un premier mois, vous lancez la balle très haut en l’air. Et pendant tout le pic, elle suivra sa propre trajectoire, sans que vous puissiez faire grand-chose pour rectifier le tir si vous l’avez mal lancée. Lorsque vous la rattraperez à la redescente, vous pourrez de nouveau intervenir sur elle.

Phase de descente

C’est généralement à ce moment-là, au mieux compter qu’on voit de réels impacts sur l’état corporel du poulain. Pas ou peu de croissance, un gros ventre, un poulain dont on voit les côtes, qui ne « remplit » pas. C’est aussi un poulain qui est en recherche active d’autres sources de nourriture et qui le reste du temps est très apathique. C’est donc une suspicion à postériori d’un apport laitier insuffisant.

Le souci est que la mère est à ce stade naturellement en décroissance de lactation et comme elle n’est pas montée aussi haut qu’elle devrait en production, forcément, la courbe de descente part de plus bas. En outre, à ce stade, ce qui maintient la lactation est la stimulation par le poulain. Si le poulain est faible et s’économise, il va avoir du mal à beaucoup stimuler sa mère sachant que depuis des semaines voire des mois, ses stimulations n’ont pas donné les résultats escomptés. Nous sommes donc dans un cercle vicieux qui va avoir tendance à accélérer la décroissance.

Évidemment, il faut ramener la ration à ce qu’elle devrait être à ce stade avec un petit plus. Mais il faut rester raisonnable parce que l’organisme n’est forcément pas au mieux de sa forme. Un bon compromis est d’alimenter la jument comme si elle était au mois d’avant. Par exemple pour une jument au 4ème mois de lactation, le rattrapage se fera en la nourrissant comme si elle était au 3ème mois.  Lorsqu’elle sera au 5ème mois, il faudra la nourrir comme si elle était au 4ème et ainsi de suite.

Si l’état de la jument n’est pas trop mauvais et que sa constitution est celle d’une bonne laitière, il est possible ainsi d’arriver à ce que la production de lait chute moins vite mais il y a fort peu de chances qu’elle remonte significativement et surtout cela ne peut être durable.

Par contre, il est possible ainsi de remonter l’état corporel de la jument car comme ses besoins normaux décroissent, on a de nouveau une marge de manœuvre pour pouvoir donner plus ce qu’on n’avait pas au pic de lactation.

Pour le poulain, il est indispensable de limiter les dégâts. Cela veut dire apporter un granulé lacté pour assurer une partie de sa croissance. Certains vont dire que comme il aura possibilité de manger l’aliment, il ne va plus stimuler la mère qui alors tarira et que donc il ne faut pas le faire. Certes, mais s’il est trop faible, il ne la stimulera pas non plus. En outre, c’est son avenir qu’il joue. J’avoue que je préfère qu’il mange de l’aliment, en espérant qu’il sera plus fort pour obtenir du lait de sa mère mais en prenant le risque qu’il s’en détourne. Dans les deux cas, la santé du poulain est préservée. Et puis, si la mère se tarit, c’est lourd pour le porte-monnaie et cela demande beaucoup de disponibilité pour suivre le poulain mais pour la mère, cela présente l’avantage de pouvoir la remettre en état plus facilement.

Si le déficit n’est pas trop important et que d’autre part, la jument l’accepte, il sera éventuellement possible de retarder le sevrage pour faire profiter plus longtemps le poulain d’un apport de lait qui sera certes en faible quantité mais qui sera tout de même bienvenu.

Si le déficit est très important et que la jument est vraiment en mauvais état, la décision d’un sevrage à 6 mois s’impose pour elle. Il est même possible dans certains cas, qu’il soit judicieux de pratiquer un sevrage plus précoce… à moins que la jument se tarisse toute seule. Si cela arrive, sachez qu’il est tout à fait possible quoique onéreux et demandant de la disponibilité, d’alimenter correctement un poulain de tout âge pour qu’il grandisse en santé.

Mais évidemment, on doit tout faire en amont pour éviter d’en arriver là. On doit tout faire pour qu’au moment où on lance la balle, elle parte bien droit afin de n’avoir aucun souci à la rattraper à la descente.

Catherine Kaeffer

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La garantie de l'expertise, le choix de l'indépendance
MAJ septembre 2021

Poulinière avec perte des muscles dorsaux. Techniques d'élevage (R) Tous droits réservés

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