Evaluer la viabilité d’un poulain nouveau-né

Publié le par Anne Cat et François

 

La naissance est un phénomène naturel certes mais un moment délicat pour le poulain. Plus celui-ci est faible ou immature, plus le risque est grand. Mais même avec un poulain tout à fait normal, il est possible qu’il ait été privé d’oxygène pendant la mise-bas par écrasement du cordon par exemple ou bien après la naissance si les voies respiratoires sont bouchées ou que pour une raison ou une autre, les poumons n’arrivent pas à se déployer.

 

Aussi est-il toujours souhaitable de faire un premier bilan de son état, dès la naissance à l’instar de ce qu’on fait sur les bébés (Apgar modifié). Ce bilan ne demande pas de compétences particulières et donc peut être effectué par tout propriétaire qui peut alors, si les résultats ne sont pas bons, sauter sur son téléphone pour appeler le vétérinaire.

 

4 paramètres sont pris en compte. Pour chacun, on note entre 0 et 2. Le total des notes permet d’estimer le degré d’anoxie (privation d’oxygène) du poulain. On fait 2 tests à 1 et 5 minutes de vie. 

 

Fréquence cardiaque : 0 = non détectable ; 1 = < 60 battements / minute ; 2 = > à 60 battements  / minute

 

Fréquence et courbe respiratoire : 0 = non détectable ; 1 = lente et irrégulière ; 2 = 60 mouvements/minute régulière

 

Tonicité musculaire : 0 = poulain couché sur le flanc et mou ; 1 = poulain couché sur le flanc mais avec un certain tonus musculaire. Il fléchit les extrémités ; 2 = poulain capable de se maintenir couché sur la poitrine.

 

Stimulation nasale avec une paille : 0 = aucune réponse ; 1 = grimace avec un léger retrait ; 2 = tousse ou éternue

 

Si la note totale est de 7 ou 8, le poulain est normal. Si elle est de 4 à 6, il y a déficit d’oxygène moyen à modéré. Le second test donne l’évolution de la situation. Si elle est de 0 à 3, on a un déficit en oxygène grave. C’est une urgence vitale. (d’après Martens, 1982).

 

Dans les premières minutes, vous pouvez avoir apparition d’une asphyxie qui se manifestera par une augmentation du rythme respiratoire et de l’ampleur des mouvements, suivie d’une période de halètement et d’une première apnée (arrêt de la respiration). Si l’asphyxie se prolonge, les épisodes de halètement sont de moins en moins marqués.

 

Si votre poulain présente un score Apgar de 4 à 6, des frottements vigoureux du dos et des flancs avec un torchon sec peuvent le stimuler. La position couché sur le sternun avec la tête plus basse aide l’évacuation des liquides. Si nécessaire, on peut caler le poulain avec une couverture roulée ou tout autre système pour maintenir cette position. 

 

On peut aussi pratiquer un « coupage » qui consister à frapper le thorax du poulain avec la main en forme de coupe pour aider les alvéoles pulmonaires à se décoller et éliminer les liquides présents dans les poumons par la toux que cela provoque.

 

Comme on le fait avec un humain en PLS, on vérifie bien que les naseaux et la bouche sont libres de tout obstacle et on met doucement la tête en extension de façon à bien libérer le passage.

 

Si la situation est encore plus dramatique (score entre 0 et 3), on peut en urgence faire un bouche à nez. Pour cela, on ferme la bouche du poulain et un naseau et on souffle en rythme dans l’autre pour déployer les poumons.

 

Au-delà de ces pratiques, on entre dans des techniques de réanimation qui sont du ressort du vétérinaire.

 

Mais comme dans un cas comme celui-ci, on n’a que quelques minutes pour intervenir, c’est souvent la personne qui est présente, quelle qu’elle soit, qui doit faire de son mieux pour donner sa chance au poulain et lui donner le cas échéant la possibilité d'attendre une intervention médicale.

 

Catherine Kaeffer

Jeune poulain avec sa mère. Techniques d'élevage. Nantes. Image soumise à droits d'auteur.

Jeune poulain avec sa mère. Techniques d'élevage. Nantes. Image soumise à droits d'auteur.