Programmer le vermifuge de son cheval quand il ne gèle pas

Publié le par Anne ANTA - Editions Alpha et Omega

Le gel est souvent cité comme un repère pour déterminer le choix du moment ou de la molécule du vermifuge, mais s'il ne gèle pas ou pas assez, comment savoir quand et avec quoi vermifuger ? Quand la théorie se heurte à la pratique, Techniques d'élevage vous guide.

Pour les gastérophiles, les oxyures, les petits ou les grands strongles... mais aussi tout simplement pour donner le "super vermifuge toutes options" qui inclut le "ténia", un conseil revient sans cesse : attendez le gel.

Mais les années passent et dans certaines régions, le gel n'arrive qu'en janvier / février, voire, il n'arrive plus du tout. Alors que faire ? Donner ce vermifuge mi-février, même si on va en redonner un au printemps qui parfois frémit dès avril ? Et ne rien donner en automne ou en début d'hiver ?

Que le vermifuge de votre cheval soit un produit pharmaceutique à base de molécules ou un produit plus naturel, à base de plantes ou d'huiles essentielles, son usage doit suivre le cycle des parasites. Traiter un cheval alors que les parasites sont inaccessibles, c'est à minima une perte de temps et d'argent, mais c'est surtout un acte qui aura des conséquences sur la santé de votre cheval et l'environnement.

En théorie, il faudrait donc savoir où en sont les parasites pour traiter au bon moment. Et dans ce cadre, beaucoup vont conseiller l'analyse de crottin. Cette coproscopie (ou "copro") va dénombrer les oeufs (le plus souvent de strongles) et vous donner un aperçu du stade des parasites de ce cycle. Un bon examen donc à réaliser en théorie.

Sauf que cet examen va vous dire ce qui se passe de visible dans votre cheval et il ne répondra pas à la question d'attendre ou non le gel.

Pour vous aider à visualiser la situation, on va décortiquer le conseil : "attendre le gel".

Ce conseil est plein de sous-entendus.

Tout d'abord, prenez garde aux idées simplifiées en ce domaine, on n'attend pas le gel pour que les parasites expulsés par le vermifuge soient tués par celui-ci. Un parasite va se développer dans le corps de votre cheval et s'il est expulsé, il n'aura pas la capacité d'infester à nouveau, qu'il y ait ou non du gel. Ce sont les autres parasites présents dans l'environnement qui peuvent infester votre cheval après le vermifuge et donc remplacer celui qui est partit, parfois en étant plus nombreux.

On attend donc le gel pour que le cycle parasitaire soit interrompu : pour que les parasites en attente sur les herbes ne soient plus capables d'infester le cheval, pour que les oeufs sur les membres de vos chevaux soient détruits, pour que la dureté des sols bloque les transformations des stades parasitaires, pour que les hôtes intermédiaires ne soient plus aussi présents... Et pour que tout cela arrive, il faut un gel intense et prolongé, assez fort pour que le froid stoppe y compris ce qui se passe dans votre abris, dans le sol, au niveau de la litière, voire sur le poil de votre cheval... Imaginez de la glace dans tous ces espaces, est-ce possible ? Parfois oui, parfois non, certaines régions de France n'auront jamais un gel suffisant sur le plan parasitaire.

Un gel s'il est éphémère, ne répondra pas à nos attentes car il n'aura qu'une action temporaire voire limitée. L'assainissement d'un terrain par le gel est très théorique et dès la première remontée de température, le cheval sera de nouveau la cible des parasites qui vont se "réveiller".

Mais revenons à notre "copro", celle-ci donnera un point de vue sur les parasites reproducteurs, détectables et qui se trouvent dans votre cheval. Du coup, vous saurez où en sont les parasites de votre cheval et s'ils sont passés en "mode hiver" ou non. Cela peut vous permettre de détecter une faiblesse immunitaire de votre cheval, une surcharge parasitaire liée à de mauvaises habitudes... et alors de procéder à un vermifuge pour le cheval.

Mais si vous suivez les calendriers qui circulent sur le net, le vermifuge de fin d'année est souvent un vermifuge ciblé sur quelques parasites "invisibles à la copro" et qui est systématique. Il ne tient donc pas compte des besoins du cheval. En d'autres termes, faire une copro c'est avoir une réponse, certes parfois très utile, mais qui ne répondra pas à la question "est qu'on attend le gel ?".

Sans gel et sans copro, le propriétaire qui ne souhaite pas faire du systématique (solution qui ne peut pas être approuvée de façon automatique sans avis vétérinaire tant les résistances se multiplient), devra décomposer les enjeux en utilisant son sens de l'observation.

En cas de problématique parasitaire s'intéressant principalement aux gastérophiles, l'observation des insectes permet de détecter le moment où ceux-ci vont être moins nombreux et donc l'instant où le vermifuge aura la plus grand efficacité. Le retrait des oeufs est un préalable à ne pas oublier dans cette gestion.

Votre attention se rapprochera du sol pour y détecter les oribates (hôtes intermédiaires du "ténia") et déterminer la période de pause des humus pendant laquelle on pourra soulager les chevaux fragiles (après examen vétérinaire au vu des effets secondaires possibles du vermifuge). Il est toutefois intéressant de noter que les avis des scientifiques sur le cycle du "ténia" ne sont pas tous en accord avec l'opportunité de vermifuger lors de la période hivernale.

Enfin, le propriétaire veillera à attendre le "passage au foin" car si le gel se fait attendre, le passage à une alimentation plus sèche (si elle est bien produite, conservée et distribuée) va diminuer de façon importante le risque de réinfestation. La période sera alors propice pour lutter contre les strongles si vous n'aviez pas effectué de copro ou que celle-ci ne révélait pas une situation problématique.

Les oxyures quant à eux seront plus facilement contrôlés par l'hygiène des abris, mangeoires, abreuvoirs, zones de grattage... que par le vermifuge. On ne peut que recommander de maintenir un environnement sain toute la période hivernale pour rompre le cycle de ces parasites.

Pour le choix de la molécule, le gel n'a pas d'influence. En effet, le gel ne va pas impacter les populations présentes dans votre cheval à court terme et il ne va pas diminuer le risque de résistance puisque c'est bien la molécule qui va sélectionner les populations parasitaires. Sans surprise, l'absence de gel ne va donc pas non plus influencer le choix de la molécule à donner.

Ici aussi, c'est un raccourci que beaucoup de personnes vont faire car le gel est associé à une période et à une habitude en matière de  traitement antiparasitaire. Ce n'est donc pas le gel ou son absence qui vont décider de la molécule mais bien la cible de votre vermifuge, à savoir les parasites que vous souhaitez cibler dans votre programme. Il est d'ailleurs utile de rappeler que le changement de molécule doit suivre une logique basée sur nos connaissances actuelles des cycles parasitaires afin de limiter les phénomènes de résistance. Dans ce raisonnement, votre vétérinaire doit être votre interlocuteur privilégié car, outre le fait qu'il pourra réaliser un examen complet de votre équidé, il est au courant des pratiques locales et des éventuelles résistances.

Anne ANTA

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MAJ novembre 2025

Main d'un enfant qui caresse un poney. Techniques d'élevage(R). Tous droits réservés

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