Quand la faiblesse devient une force

Publié le par Catherine, François et Anne

 

« Viens m'aider à soigner Ton Rose. »

 

Pour la gamine d'une douzaine d'années qui traînait ses guêtres dans l'écurie, cette demande du vieux palefrenier, c'était le Nirvana mais en mieux. Soigner Ton Rose, ce beau pur bai cerise à la robe luisante qui était arrivé l'avant-veille ! Elle n'en avait vu que la tête et avait déjà craqué pour lui. Elle savait qu'il s'était blessé dans le camion lors du transport. Une blessure sans gravité mais qu'il fallait soigner pour ne pas qu'elle s'infecte. Alors, elle était prête à passer produits et compresses rien que pour pouvoir entrevoir le cheval.

 

« Prends ce licol. Tu vas le tenir pendant que je le soigne. »

 

Comment ça « le tenir » ??? La veille pour les mêmes soins, il avait fallu deux solides gaillards d'expérience pour y arriver et encore, il leur avait donné du fil à retordre en se mettant debout à plusieurs reprises.

 

« Euh ??? Vous êtes sûr ? Je pense que je n'ai pas la force de le tenir... »

 

La réponse tomba, sibylline.

 

« Je sais. Lui aussi le saura. C'est pour cela que je te le demande. »

 

La gamine n'osa discuter.

 

« Tiens, prends la longe. Tu l'occupes, tu lui parles et surtout tu ne tires pas. Si cela devient dangereux, tu lâches tout. »

 

En voyant les produits de soin, le grand pur-sang se mit à s'agiter, à secouer sa tête fine. Puis il se cabra, bien décidé à ne pas se laisser faire. La gamine suivit fidèlement les consignes. Elle ne tira pas, lui parla, lui donna un peu de foin, secoua légèrement la longe.

 

La tête s'inclina. Les oreilles revinrent en avant. Pour se battre, il faut un adversaire et Ton Rose avait compris que la gamine était trop petite pour en être un, pour pouvoir lui imposer quoi que ce soit. Alors, puisqu'il pouvait partir à l'instant où il le déciderait, pourquoi ne pas attendre un peu, profiter des caresses, lui fouiller dans les poches, y trouver un sucre qu'il croqua avec délices...

 

Le temps de faire toute cette exploration, le palefrenier, avec ses mains expertes, avait fait les soins qui s'imposaient sans que le cheval ne se défende.

 

Jusqu'à la guérison, chaque jour, la même scène se reproduisit.

Chaque jour la gamine gratouilla le cheval, l'occupa, lui parla.

Chaque jour, le cheval accepta les soins... parce qu'il était libre de les refuser.

Chaque jour, l'enfant maîtrisa le cheval... parce qu'elle n'avait pas la force de le faire.

 

Catherine Kaeffer

 

http://www.techniquesdelevage.fr/

http://anneetcat.wix.com/techniques-elevage

 

Le regard du cheval reflète l'attitude du cavalier. Techniques d'élevage. Tous droits réservés 2014

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