Le sauvetage d’un cheval : estimer le risque

Publié le par Catherine, Francois et Anne

En l'absence de possibilité d'avoir recours à un avis professionnel (ce qui est parfois le cas), lors du sauvetage d'un cheval, il peut être nécessaire de se faire une idée approximative du risque encouru et de l'importance probable des dégâts sur l'organisme du cheval. 

Suite à un précédent article, nous avons mis au point un tableau permettant de calculer un « score de risque potentiel » lors d’un sauvetage.

Son principal mérite est de pouvoir être utilisé rapidement, sans connaissance particulière. Ceci étant, rien ne remplace l’examen par un vétérinaire qui doit être systématiquement préféré avant la récupération à chaque fois qu’il est possible. A son arrivée chez vous, votre vétérinaire habituel, préalablement prévenu, doit faire évidemment un point complet de la situation.

Nous avons listé un certain nombre de critères objectifs comme la race, le poids…. Il suffit pour chaque critère de regarder à quel paramètre correspond le cheval et de relever les points correspondants. La somme de ces points donne une estimation du risque.

Score du risque potentiel lors du sauvetage d'un cheval ou d'un âne

 

CritèreParamètrePoints
 RaceÂne-2
 Poney-1
 Cheval de selle rustique0
 Cheval de selle sang1
 Cheval de selle > 1,671
 Cheval de trait (adulte)-1
 Cheval de trait jusqu'à 4 ans3
État corporelDifficultés à tenir debout7
 Émacié4
 Très maigre3
 Maigre2
 Légèrement maigre1
 Normal0
Age du cheval< 1 an non sevré mère en bon état3
 < 1 an non sevré mère en mauvais état4
 < 1 an sevré mère en bon état5
 < 1 an sevré mère en mauvais état (ou état inconnu)6
 1-2 ans non sevré3
 1-2 ans sevré mère en bon état4
 1-2 ans sevré mère en mauvais état (ou état inconnu)5
 2-3 ans2
 3-5 ans1
 5-16 ans0
 16-20 ans2
 20-25 ans3
 > 25 ans4
État physiologiquePonette gestante1
 Selle gestante2
 Trait gestante2
 Ponette allaitante2
 Selle allaitante3
 Trait allaitante4
AntécédentsUne ou plusieurs gestations précédentes3
ComportementCheval normalement actif-1
 Cheval abattu faible1
 Cheval inapprochable ou agressif3
État de santé apparentPlaies visibles non inquiétantes et non infectées1
 Plaies infectées3
 Plaies exigeant une intervention vétérinaire5
 Gros ventre1
 Boiteries, tares, membres tordus2
 Traces de fourbures antérieures3
 Difficultés respiratoires naseaux dilatés1
 Poil anormal, alopécie2
 Présence de mélanomes1
 Une ou deux incisives définitives absentes1
 Couleur anormale de l'intérieur de la lèvre2
 Couleur anormale d'un oeil2
 Tics1
 Examen impossible (cheval couvert de boue ou de crottin)3
Cause du mauvais étatConnue et modifiable (par ex mauvaise alimentation)0
 Connue et partiellement modifiable (par ex pathologie, accident)1
 Connue, non modifiable mais gérable (par ex blessure ancienne, maladie génétique ou  chronique non guérissable)2
 Inconnue3
AmaigrissementRécent (< 1 an pour les adultes, < 1 mois pour les jeunes chevaux, < 15 jours pour les yearling)0
 Ancien2

 

Si le total dépasse 10, le risque qu’il y ait des conséquences à moyen voire à long terme ne peut pas être négligé. Dans ce cas, même une fois le cheval remis en état, il peut avoir un décès brutal ou l’apparition de pathologies récurrentes peu probables sur un cheval qui n’aurait pas connu cette situation.

A titre d’exemples :

1. Un cheval de sang de moins de 1,67 (+1), très maigre (+3), de 10 ans (0), hongre (0), normalement actif (-1), avec un gros ventre (+1) qui a maigri suite à une pathologie résolue (0), a un score total de 4. Sa remise en état ne devrait pas poser de problème particulier. 

2. Un poney (-1), très maigre (+3), 22 ans (+3) avec des dents manquantes (+4) a un score de 9. S’il n’y a pas de pathologie sous-jacente, la remise en état ne devrait pas poser de problème particulier. Son score reste cependant élevé car l’investissement financier est important, un tel animal devant souvent être nourri avec des enrubannés industriels ou des bouchons de foin réhydratés pendant la mauvaise saison.

3. Une jument de trait (-1), émaciée (+4), de 9 ans (0), suitée (+4) et gestante (+2), avec un comportement peu actif (+1) ayant eu une précédente gestation (+3), qui a reçu une alimentation déficiente depuis des années (+2) soit un score de 14 points. Cette jument doit pouvoir être remise en état si les carences n’ont pas causé trop de dégâts à son organisme. L’évolution de sa gestation actuelle qui forcément va devenir de plus en plus exigeante est un réel facteur de risque soit de l’apparition de pathologies, soit de mort subite.

4. Son poulain de l’année précédente est donc un poulain de trait (+3) de moins de 1 an, non sevré avec une mère en mauvais état (+4). Il est très maigre (3), mais n’a pas de pathologie apparente. Son score est donc à 10. Sa situation est intermédiaire mais le fait qu’il ne soit pas sevré représente un réel espoir pour lui de s’en tirer sans séquelles si la réalimentation est parfaitement menée.

5. Cheval de sang (+1), tenant difficilement debout (+7), de 3 ans (+2) avec des plaies infectées (+2) et un gros ventre (+1) soit un score de 14. On peut donc s’attendre à ce que ce cheval arrive à récupérer parce qu’il est jeune (mais pas trop) mais que même si c’est le cas, il soit sujet à des pathologies diverses et ait une longévité faible.

6. Poulain de grand selle (+1), maigre (+2), de 10 mois sevré de mère en bon état (+5) avec un gros ventre (+1) et ayant maigri dans les semaines qui ont suivi le sevrage (+2) soit un score de 11. C’est déjà un animal qui peut avoir des conséquences sur le long terme alors qu’il ne paraît pas aussi en danger que d’autres.

Il est rappelé que ce score n’est qu’une évaluation des risques potentiels (y compris financiers), sachant que, heureusement, tous les risques ne se réalisent pas. A contrario, on peut avoir un cheval qui n’a pas un score important et qui ne sera pas récupérable car il a une pathologie sous-jacente qu’une observation aussi sommaire n’a pas permis de détecter.

A noter que la récupération d’un cheval qui a un score supérieur à 10, doit inciter à constituer une réserve de plusieurs milliers d’euros pour pouvoir lui offrir les soins, l’alimentation plus chère et les interventions vétérinaires nécessaires à sa remise en état. Dans un tel cas, se baser sur les coûts d’un cheval « normal » est illusoire.

Catherine Kaeffer

Cheval d'attelage. Techniques d'élevage. Tous droits réservés

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