Impact de l’utilisation d’un bloc de minéraux sur la nutrition des chevaux

Publié le par Catherine Kaeffer Alpha et Omega

Pour complémenter des chevaux au pâturage, la solution de leur proposer un bloc minéralisé est à coup sûr la plus pratique à mettre en œuvre.

L’idée très répandue est que de cette façon, les chevaux vont consommer ce dont ils ont besoin et que cela met le propriétaire à l’abri des carences minérales. Cette idée est largement relayée dans les argumentaires commerciaux. Avec un bloc minéralisé, il peut dormir sur ses deux oreilles.

On avait déjà un certain nombre de données sur le sujet qui tendaient à prouver que ce n’est pas si simple. Mais, les vieilles idées ont tellement la vie dure que des chercheurs mexicains ont voulu en avoir le cœur net.

Il ressort de leurs expériences beaucoup de points intéressants :

La supplémentation minérale augmente la digestibilité (de la matière sèche) de l’ensemble de la ration. Autrement dit lorsqu’un cheval est carencé en minéraux, il digère moins bien que ce soit l’herbe, le foin, ou ce qu’on peut lui donner en sus.

Les chercheurs pensent que cette moins bonne digestion est liée à une moindre capacité fermentaire au niveau de l’intestin. En d’autres termes, un cheval carencé en minéraux, c’est aussi une flore digestive carencée donc en moins bonne santé car elle aussi a besoin de minéraux pour vivre. Et une flore digestive faiblarde digère moins bien… donc le cheval profite moins d’une part et a plus de problèmes digestifs d’autre part.

Essayer de renforcer la flore digestive avec des produits divers et variés alors qu’on n’a pas regardé le problème de l’apport minéral et vitaminique de la ration, ne peut donc donner au mieux que des résultats éphémères.

Cela corrobore des données obtenues par ailleurs chez les bovins.

Ceux qui bénéficient le plus de cet apport minéral sont les chevaux à l’entretien. Les chevaux au travail comme les juments suitées montrent une digestibilité meilleure avec l’apport minéral mais l’effet est moins net.

La consommation a d’ailleurs été significativement plus importante sur les chevaux à l’entretien que sur les autres chevaux. Donc ce n’est pas parce qu’un cheval « ne fout rien » ou est « à la retraite » au pré, qu’il ne doit pas recevoir une supplémentation minérale… au contraire.

Je pose l’hypothèse que l’amélioration possible serait encore plus importante sur des poneys.

L’apport de minéraux n’affecte pas la production de gaz au niveau de l’intestin du cheval.

Hors d’un apport minéral, tous les chevaux y compris ceux qui étaient simplement à l’entretien étaient carencés en minéraux. Cette expérience confirme donc que même au pré, une supplémentation minérale qu’elle soit donnée via un aliment ou un CMV (complément minéral vitaminé) est indispensable pour tous les chevaux.

J’ajouterai qu’elle l’est tout autant pour les poneys ou les chevaux de trait.

Contrairement aux idées reçues, la consommation du bloc minéralisée n’était pas en relation avec les besoins minéraux des animaux. Se reposer sur le fait qu’on leur met à disposition un bloc n’est donc pas une bonne solution nutritionnellement parlant.

Un bloc minéralisé ne permet donc en aucun cas d’assurer une alimentation minérale équilibrée.

Ces résultats sont cohérents avec ceux obtenus par l’INRA il y a quelques années qui avait montré que le seul minéral pour lequel l’ingestion était cohérente avec les besoins était le sodium.

Donc, par contre, l’habitude de laisser une pierre à sel blanche à disposition est suffisante pour s’assurer que le cheval ne fera pas de carence en sel.

Mais pour les autres minéraux, c’est dit, cela ne marche pas !

Catherine Kaeffer

Ref : Morones et al. J Equine Veterinary Science, juin 2017.

Pour en savoir plus sur les minéraux, le poster de Techniques d'élevage. Tous droits réservés

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