Retourner un pré dégradé : une bonne idée ?

Publié le par Catherine Kaeffer. Alpha et Omega

Quand une prairie est dégradée, envahie d’adventices, la tentation est grande de la retourner, voire de balancer un désherbant costaud et de la resemer histoire de « repartir du bon pied » sur un « pré propre ».

Mais nos anciens étaient quant à eux plus que réticents à retourner leurs vieilles pâtures pour les améliorer. Parce qu’ils étaient fainéants ? Parce qu’ils n’avaient pas outils pour ?

Non, tout simplement parce qu’ils avaient constaté au fil des années, que le jeu n’en valait pas la chandelle… pire que les résultats étaient toujours décevants sur le long terme.

Vous avez choisi votre mélange avec attention, vous avez pris telle ou telle variété, ce sont des graines sélectionnées pour avoir toutes les qualités et pourtant… Quel que soit le soin apporté au semis, les amendements, on a généralement la première année, une bonne production d’herbe. La seconde c’est encore bon. La troisième est nettement moins bonne et après, c’est franchement mauvais.

On se dit alors qu’on a mal fait quelque chose, qu’on a raté une étape, on cherche ce qui a pu ne pas marcher… mais cette situation n’est pas de votre fait.

Pourquoi ?

Parce qu’on passe d’un écosystème à l’autre.

Dans une prairie, vous avez un système où le sol est toujours occupé, et offre un milieu stable qui au fil des années a trouvé un équilibre. Certes, cet équilibre n’est pas toujours celui que vous souhaiteriez mais c’est un équilibre tout de même. Il fonctionne selon des lois bien précises.

Lorsque vous retournez, vous passez à un tout autre système qui fonctionne selon d’autres lois. Vous faites alors une culture d’herbe comme on fait un champ de blé ou de maïs. C’est une culture temporaire, où le sol sert de support, un support régulièrement retourné, travaillé, ensemencé, amendé, engraissé, traité, drainé, irrigué... La culture se développe dessus, puis est récoltée, on applique des techniques culturales et on passe à une autre.

Et une prairie temporaire pluri annuelle, c’est connu, c’est 3 ans maximum, après cela se dégrade.

Rien de tout cela dans votre prairie permanente. Elle y est pour des dizaines d’années et elle y reste.

En retournant, vous allez donc avoir le passage d’un écosystème de prairie permanente à une culture d’herbe dont vous espérez qu’elle va se transformer en super prairie permanente.

Alors oui, cela va se faire. Mais il y faut du temps, de la patience, de la pratique et surtout, il va vous falloir passer ce qu’André Voisin appelle « les années de misère ».

Les années de misère, c’est la période qui s’étend après les 3 premières années de votre nouvelle culture et qui correspondent à la lente transition entre une culture d’herbe et un écosystème prairial.

Et combien durent ces années de misère ? un certain temps comme dirait Fernand Raynaud disons entre 8 et 10 ans, 20 ans en mettant les choses au pire.

A noter que si au bout de 3-4 ans, considérant que vous avez raté votre coup, vous retournez encore une fois, vous accentuez le phénomène.

Et évidemment, si vous partez d’une terre cultivée, vous l’aurez aussi bien que légèrement différemment.

La cause de ce phénomène est assez bien identifiée. Je vous en parlerai dans un prochain article.

Catherine Kaeffer

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