Nourrir un cheval qui n’a plus de dents

Publié le par Catherine, François et Anne

 

Nourrir un cheval sans dents ou dont la dentition est très délabrée est un problème de plus en plus fréquent. A la fois, il faut s’en réjouir parce que c’est la conséquence de la vie de plus en plus longue de nos compagnons mais en même temps, cela pose des problèmes qui paraissent difficilement surmontables aux propriétaires soucieux de voir leur alter ego avoir une retraite paisible.

 

Disons-le tout de go, tout doit être fait pour ne pas en arriver là : bonne alimentation à tous les âges de la vie, visite régulière des dents par le dentiste ou le vétérinaire… bref hygiène de vie et soins. Mais un dentiste aussi bon soit-il ne peut arranger que ce qui existe, et s’il n’y a plus de dents, il ne pourra plus rien pour votre cheval.

 

Il y a aussi le cas, heureusement beaucoup plus rare où suite à un accident, le cheval se retrouve temporairement ou définitivement avec une mastication déficiente.

 

Mais cela ne veut pas dire que celui-ci est condamné à se détériorer. Par contre, cela rend son alimentation plus délicate à gérer.

 

Une alimentation pour le cheval doit répondre à 3 critères :

 

1. Un apport nutritionnel permettant de couvrir ses besoins

2. Un volume suffisant pour assurer une bonne hygiène digestive

3. Un temps d’occupation d’au moins 6 heures pour assurer un confort psychologique.

 

En général, on prend une base de foin ou d’herbe importante ce qui permet de couvrir une bonne partie des besoins nutritifs, d’assurer le volume et le temps d’occupation… du 3 en 1 en quelque sorte.

 

Mais avec un cheval qui n’a plus de dents, il est indispensable de découpler les 3 facteurs.

 

1. L’apport nutritionnel

 

C’est ce qui pose le moins de problème. En effet, il est possible de l’assurer en utilisant des aliments faciles à ingérer soit parce qu’ils sont floconnés ou extrudés soit parce qu’ils auront été trempés (pulpes de betterave, son « frisé », présentations sous forme de barbottage). Évidemment, comme pour toute ration, l’ensemble doit être équilibré et une supplémentation minérale doit être ajoutée.

 

Et bien sûr il faut tenir compte de la situation du cheval. Un cheval âgé sans dents doit avoir une alimentation « vieux cheval » alors qu’un cheval qui a un problème alors qu’il est encore jeune reste à une alimentation « adulte ».

 

2. Le volume suffisant

 

Le cheval qui a du mal à mâcher peut avoir deux réactions : il arrête purement et simplement de consommer le foin et il maigrit ou alors il le consomme « tout rond » et on court le risque d’une colique de stase due à des morceaux insuffisamment broyés. En général, le cheval arrête de consommer le foin et la paille à peu près au même moment. Par contre, il peut encore pendant une longue période arriver à consommer de l’herbe, qui est plus tendre.

 

La solution la plus simple est d’utiliser les aliments complets du commerce. Ce sont des aliments un peu particuliers qui n’ont pas été conçus comme la plupart pour être donnés « en complément de foin » ou « en complément de foin et de céréales » (= aliments complémentaires) mais bien tout seuls (= aliment complet). Cette distinction est toujours inscrite sur le sac ou la fiche technique… c’est légal. 

 

Ce sont des aliments dont le taux de cellulose a été prévu pour qu’ils apportent suffisamment de fibres pour une bonne digestion. Donc on tourne autour de 20 % de cellulose brute pour ne pas courir de risque. De tels aliments permettent à eux seuls de répondre au critère 1 (l’apport nutritionnel) et au critère 2 (un volume suffisant).

 

Mais il est aussi possible de le faire par une alimentation « maison » en recourant pour la part fourrage, soit à de l’herbe soit à des produits du commerce substituts du foin. Dans ce cas, le choix du produit est très important. Il faut trouver celui que le cheval accepte quitte à essayer plusieurs marques. En effet, selon l’état des dents et du palais, certains préfèrent qu’il reste encore quelques fibres un peu longues alors que d’autres voudront une véritable bouillie.

 

Le fait d’ajouter de l’eau, là encore permet une prise de nourriture plus confortable

 

3. Un temps d’occupation suffisant

 

En été, la solution la plus simple est de laisser le cheval au pré. Même si les quantités consommées sont faibles, il s’occupera ça et là, prendra son temps et cela lui apportera de la tranquillité.

 

L’hiver est la saison la plus délicate. on peut lui donner de petites quantités de foin, de paille ou d’enrubanné. Des carottes en petits morceaux, des betteraves, des petites cubes de pommes… la question n’est pas qu’il mange beaucoup puisque vous assurez de toutes façons son apport alimentaire par ailleurs mais bien de l’occuper suffisamment pour qu’il n’ait pas de souci. Sinon, il vaut mieux lui donner un accès à une pâture même s’il n’y a pas grand chose dedans ou lui donner de petits blocs à lécher ou des seaux de pâture qui sont longs à consommer.

 

Pour nous résumer, un cheval qui n’a plus de dents peut être correctement alimenté à condition de prendre en compte son problème et de choisir les aliments en conséquence, tout à conservant l’équilibre alimentaire logique en fonction de son âge et de son activité.

 

Catherine Kaeffer

 

Cet article a été rédigé par un membre de l'équipe de Techniques d'élevage. Retrouvez tous nos articles sur http://www.techniquesdelevage.fr ou http://anneetcat.wix.com/techniques-elevage.

Difficultés de préhension chez un vieux poney. Techniques d'élevage. Tous droits réservés.

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