Les glands de chêne et les équidés (âne, cheval, poney)

Publié le par Anne et Cat

 

Quand ils jonglent, selon l'année, entre problème nutritionnel et intoxication...

 

Des chênes dans un pré ou un paddock, cela n'a rien d'inhabituel et à la bonne saison, les glands tombent par centaines au sol. Ils y restent alors entre 6 et 18 mois selon l'espèce ou la sous-espèce qui les a produits.

 

Les glands qui y restent le moins, ce sont les glands doux.

Les glands qui y restent le plus longtemps, ce sont les glands amers.

 

L'amertume des glands est due aux tanins hydrolysables, souvenez-vous, les tanins toxiques (« Tanins : de la gêne nutritionnelle à l'intoxication »).

 

Les glands doux contiennent donc des tanins condensés mais peu de tanins hydrolysables, et inversement pour les glands amers.

 

Certains arbres donnent des glands amers, d'autres des glands doux.

 

Mais certaines années, les glands doux deviennent amers et les glands amers deviennent très amers.

 

Mieux encore, certains arbres en donneront des doux alors que leurs voisins de la même espèce en donneront des amers.

 

Le taux de tanin hydrolysable n'est pas stable d'une année sur l'autre ou d'un individu à l'autre.

 

En effet, les tanins hydrolysables sont les premiers à être stockés dans les glands. Ce n'est que quand le gland murit que la plante condense les tanins.

 

Or, si pour une raison ou une autre, les glands sont faits à la « va-vite », la plante n'a pas le temps de faire cette « compression ».

 

Les glands « vite-faits » contiennent donc des tanins hydrolysables en grande quantité. Ils sont amers, plus amers que leurs cousins qui ont eu tout le temps de maturer sur la plante.

 

Si bien, que lors d'une année où le climat a été défavorable pour les plantes (sécheresse, froid intense...), celles-ci seront plus faibles et feront des glands en très peu de temps pour ne pas s'épuiser, des glands très amers.

 

De même, si un arbre est malade, parasité ou faible, il fera des glands riches en tanins hydrolysables.

 

Et si un coup de vent fait descendre une multitude de glands trop tôt, ils seront aussi plus riches en tanins hydrolysables que leurs homologues.

 

Et les équidés dans tout cela ?

 

Il suffit que l'équidé commence par mimétisme et tombe une année où les glands sont doux pour qu'il y prenne goût.

 

Ainsi, un chêne en parfaite santé, lors d'une bonne année, qui produit des glands doux, les aura très doux. Il aura donc des glands susceptibles d'attirer les équidés qui n'y ont pas encore goûté.

 

Les glands lessivés par des mois de pluie sont aussi très appétissants car on ôte les 0,1 à 8,8 % de tanins pour ne garder que cette formule :

 

  • 8,7 à 44,6 % d'eau,

  • 2,3 à 8,6 % de protéines,

  • 1,1 à 31,3 % de lipides.

 

Intéressant, non ? En tout cas, c'est l'avis de certains propriétaires qui engraissent leurs chevaux aux glands de chêne. Et pourtant, ils prennent un risque non négligeable.

 

Prenons un exemple

 

Un cheval goûte aux glands en choisissant les plus doux. Ce sont donc des glands qui contiennent très peu voire pas du tout de tanins hydrolysables.

 

Il en mange, les tanins se fixent aux protéines que le cheval avale par ailleurs. Il profite de moins en moins de sa ration, manque de protéines, maigrit et se trouve attiré par cette source facile d'énergie.

 

Le bon goût des glands, lui fait en manger de plus en plus, le manque de choix le pousse vers un peu plus amer. Les glandes salivaires du cheval s'activent, produisent des protéines pour capturer les tanins et prennent en volume.

 

Glandes parotides plus grosses suite à l'ingestion de glands. Techniques d'élevage

 

Le cheval mange alors des glands de plus en plus amers sans problème, il ne les choisit plus.

 

On change le cheval de pré pendant l'été, un pré sans chêne. On le remet sous les arbres pour l'hiver. Mais l'été a été sec, les arbres ont soufferts, les glands sont amers.

 

Le cheval, par habitude, ira en manger. Mais cette fois-ci, il y a trop de tanins pour la salive du cheval.

 

C'est l'intoxication, une intoxication qui pourra être suivie de beaucoup d'autres avec des conséquences qui dépendront des doses qui passeront la barrière intestinale :

 

  • la dépression,

  • la fatigue permanente,

  • la moindre résistance à l'effort,

  • la déshydratation,

  • le pica (le cheval se met à manger des choses non-consommables : boue, crottins, sable...),

  • l'anorexie,

  • l'anhydrose (absence de sudation),

  • le poil rugueux,

  • la colique aiguë,

  • la néphrite (inflammation du rein),

  • l'émission fréquente d'urine,

  • la constipation puis les diarrhées sanglantes,

  • la mort.

 

Le raisonnement est le même pour l'âne et le poney.

 

Conclusion

 

Avoir des glands de chêne à disposition des équidés, c'est laisser leur vie à la merci du moindre changement de climat, de la moindre attaque de parasite ou de la moindre maladie atteignant les chênes.

 

C'est aussi être sûr que les chevaux ne quitteront jamais ce pré, auront toujours un accès égal aux chênes, ne rentreront jamais assez longtemps au box pour se déshabituer. Et qu'on garantira l'apport en cas de manque de glands.

 

Si on accepte toutes ces contraintes et le risque d'intoxication régulier voire fatal, alors oui, les glands de chêne sont très bien pour engraisser les équidés.

 

Troupeau de chevaux et poneys au pré. Copyright Techniques d'élevage

 

A bientôt,

Anne