Huile d'Haarlem : qu'en penser ?

Publié le par François Kaeffer Editions Alpha et Omega

Voilà un des remèdes traditionnels qui retrouve ses lettres de noblesse et nombre de sites en parlent avec emphase et certains vont même jusqu'à faire valoir un nombre important d'études menés sur cette huile... Force est de constater que le secret entoure bien ces fameuses études ce qui bloque considérablement la recherche d'une utilisation technique avec ses avantages et ses limites.

La formule de base est aisée à retrouver : 16 % de soufre, 80 % de térébenthine de pin et 4 % d'huile de lin. Bon... Commençons par les questions en vrac : le soufre est sous quelle forme ? La térébenthine, gomme ou huile essentielle (appelée parfois aussi essence) ? Intérêt de l'huile de lin ?

Finalement, après compilation des maigres données disponibles, l'huile d'Haarlem est une transformation chimique particulière. Elle utilise l'huile essentielle de térébenthine, contenant une large quantité d'α-pinène, mélangée en continu à une température d'environ 150 °C à du soufre minéral pendant 5 heures. Le résultat de la réaction chimique donne l'α-pinène trithione qui est la forme organique du soufre dans l'huile d'Haarlem.

Evidemment, l'huile essentielle de térébenthine ne contient pas que de l'α-pinène, nous sommes en droit de penser qu'il existe des réactions secondaires mais les quelques produits issus ces réactions secondaires sont considérés comme mineurs et ne sont pas forcément connus. Jetons donc un voile pudique sur cette donnée gênante et constatons aussi que l'huile essentielle est obtenue à faible température (de l'ordre de 90 °C) et la réaction nécessite une température de 150°C pendant 5 heures... Il existe forcément des dégradations moléculaires de composés par la température mais lesquelles et est-ce ennuyeux ?

L'un des problèmes de l'huile essentielle de térébenthine est sa composition en monoterpènes (entre 90 et 98 %) d'où sa fragilité vis-à-vis de l'oxydation avec un risque de production de molécules irritantes et même potentiellement toxiques. Là réside l'intérêt de l'huile de lin qui peut être intéressante pour ses propriétés antioxydantes grâce à ses acides gras insaturés.

Le pourcentage faible (4 %) de l'huile de lin montre que du point de vue d'un pharmacien industriel, elle est un excipient et non un « principe actif » de ce mélange.

Parlons de la pharmacocinétique de l'α-pinènetrithione (sensé être le composé voulu) et du reste de la térébenthine. Les données sur la térébenthine sont sur son utilisation par inhalation et non en prise orale qui est contre-indiquée chez l'Homme d'où cette absence de données.

Cela limite grandement notre vision sur le risque d'impact sur la flore digestive puisque plus l'huile essentielle est absorbée au niveau de l'intestin grêle moins elle fera de dégâts sur la flore et inversement. Chez le cheval, nous ne pouvons nous permettre d'ignorer cet élément et quand bien même, on nous assure le contraire, il nous faut des données sérieuses pour se prononcer.

Sans compter que si nous avons une idée quant au métabolisme de l'α-pinène, nous ne connaissons rien de la gestion par l'organisme de l'α-pinène trithione : métabolites, demi-vie, distribution, voie d'élimination, toxicologie... Autant d'éléments qui nous manquent pour estimer la véracité des arguments commerciaux.

En conclusion, le produit possède un fort potentiel pour un apport de soufre organique mais il existe trop d'inconnues et trop de risques toxiques pour une utilisation raisonnée et sûre, à mon avis.

François Kaeffer

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